Fondation européenne pour les métiers de l'image et du son - Définition et Explications

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Introduction

La fémis
Nom original IDHEC (1943), FEMIS (1986), ENSMIS (1998), La fémis (2000)
Informations
Fondation 1943 (IDHEC)
1986 (FEMIS)
Type École nationale supérieure d'art ;
Établissement public industriel et commercial (Un commercial (une commerciale) est une personne dont le métier est lié à la vente.) (EPIC)
Régime linguistique Français
Budget (Un budget est un document comptable prévisionnel distinguant les recettes et les dépenses.) 9 700 000 €/an
Localisation
Ville (Une ville est une unité urbaine (un « établissement humain » pour l'ONU) étendue et fortement peuplée (dont les habitations doivent être...) Paris (Paris est une ville française, capitale de la France et le chef-lieu de la région d’Île-de-France. Cette ville est construite sur une boucle de la Seine, au centre du...)
Pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas...) France
Direction
Président Raoul Peck
Directeur Marc Nicolas
Chiffres clés
Personnel 60 salariés et 500 intervenants extérieurs par an
Étudiants 152
Divers
Site internet (Internet est le réseau informatique mondial qui rend accessibles au public des services variés comme le courrier électronique, la messagerie instantanée et le World...) www.lafemis.fr/
Entrée de la Fémis (La Fémis, École nationale supérieure des métiers de l'image et du son, est un établissement public d'enseignement supérieur français, relevant de la tutelle du ministère chargé de la culture, qui...), avec l'enseigne conservée de Pathé

La fémis, administrativement École Nationale Supérieure des Métiers de l'Image et du Son (ENSMIS), est un établissement public (En droit français, un établissement public est une personne morale de droit public, disposant d'une certaine autonomie administrative et financière...) d'enseignement (L'enseignement (du latin "insignis", remarquable, marqué d'un signe, distingué) est une pratique d'éducation visant à développer...) supérieur français, relevant de la tutelle du Ministère de la Culture (La Culture est une civilisation pan-galactique inventée par Iain M. Banks au travers de ses romans et nouvelles de science-fiction. Décrite avec beaucoup de précision et de détail, La Culture peut...) et du CNC, qui délivre un enseignement technique et artistique destiné à former des professionnels des métiers de l'audiovisuel et du cinéma (On nomme cinéma une projection visuelle en mouvement, le plus souvent sonorisée. Le terme désigne indifféremment aujourd'hui une salle de projection ou l'art en lui-même.). Elle est fondée en 1986 pour prendre la suite de l' IDHEC, Institut (Un institut est une organisation permanente créée dans un certain but. C'est habituellement une institution de recherche. Par exemple, le Perimeter Institute for Theoretical Physics est un tel institut.) des hautes études cinématographiques. L'Ecole fonctionne sous statut associatif (FEMIS : Fondation européenne des métiers de l'image et du son) jusqu'en 1998 où elle devient alors l'ENSMIS, établissement public du ministère de la Culture (La définition que donne l'UNESCO de la culture est la suivante [1] :) et de la Communication (La communication concerne aussi bien l'homme (communication intra-psychique, interpersonnelle, groupale...) que l'animal (communication intra- ou inter-...). Toutefois est conservée la dénomination désormais reconnue ; La fémis.

Ses locaux sont situés, depuis 1999, à Paris, au no 6 de la rue (La rue est un espace de circulation dans la ville qui dessert les logements et les lieux d'activité économique. Elle met en relation et structure les différents quartiers,...) Francœur, dans les bâtiments des anciens studios Pathé. Elle est avec l'École nationale supérieure Louis-Lumière - placée, elle, sous la tutelle de l’Éducation nationale - l'une des deux grandes écoles publiques de cinéma en France, et fait partie du cercle (Un cercle est une courbe plane fermée constituée des points situés à égale distance d'un point nommé centre. La valeur de cette distance est appelée rayon du cercle. Celui-ci...) restreint des écoles de cinéma à renommée internationale avec la NFTS de Londres (Londres (en anglais : London - /?l?nd?n/) est la capitale ainsi que la plus grande ville d'Angleterre et du Royaume-Uni. Fondée il y a plus de 2 000 ans par les Romains, la ville est aujourd'hui...), la NYU Tisch School de New York (New York , en anglais New York City (officiellement, City of New York) pour la distinguer de l’État de New York, est la principale ville des États-Unis, elle compte a elle seule 8 143 200...), l'USC de Los Angeles (Los Angeles est une ville des États-Unis située au sud de la Californie, sur la côte pacifique. Les Américains l'appellent souvent par son diminutif L.A. prononcé « él ey »....) ou la FAMU de Prague.

La fémis est célèbre pour la difficulté de son concours d'entrée (le taux de réussite s'élève à 3%, et seulement 1% pour le département réalisation) ainsi que pour les moyens techniques dont elle dispose.

Histoire

De l'IDHEC à la FEMIS (1943-1988)

La création d'une école d'État

Le cinéaste Alain Resnais, élève en 1944 de la 1ère promotion de l'IDHEC.

L'IDHEC (ancêtre de La fémis) est fondé le 4 septembre 1943, et ouvre ses portes le 6 janvier 1944. L'école prend la suite du CATJC (Centre artistique et technique des jeunes du cinéma), créé à Nice en 1941. Mais en cette époque difficile, l'école peine à exister et la plupart de ses étudiants prennent le maquis pour échapper au S.T.O. En 1942, le réalisateur Marcel L'Herbier (En botanique et en mycologie, un herbier est une collection de plantes séchées et pressées entre des feuilles de papier qui sert de...) définit les missions de deux nouvelles écoles de cinéma : l'École Louis-Lumière et l'IDHEC. La première s'occupera de la formation des techniciens du cinéma, la seconde ( Seconde est le féminin de l'adjectif second, qui vient immédiatement après le premier ou qui s'ajoute à quelque chose de nature identique. La...) délivrera un apprentissage (L’apprentissage est l'acquisition de savoir-faire, c'est-à-dire le processus d’acquisition de pratiques, de connaissances, compétences, d'attitudes ou de valeurs culturelles, par l'observation,...) plus théorique et artistique, destiné aux métiers de création (réalisateurs et scénaristes). L'IDHEC devient, à son ouverture en 1944, la troisième grande école (Selon le ministère de l'éducation nationale français, une grande école est un établissement public d’enseignement supérieur qui recrute ses élèves par concours et assure des formations de haut niveau.) de cinéma au monde (Le mot monde peut désigner :), après le VGIK de Moscou () et le Centro Sperimentale di Cinematografia de Rome. Dans son discours d'inauguration, Marcel L'Herbier précise le rôle de l'école : il s'agira (Agira est une commune italienne de la province d'Enna dans la région Sicile en Italie.) pour elle de définir « le Cinématographe envisagé comme un Art ». L'idée - assez répandue de nos jours - n'allait pourtant pas de soi : le cinéma reste encore largement considéré comme un divertissement, en opposition aux autres arts dits « sérieux » comme la peinture ou la musique. La formule préfigure également la notion de politique des auteurs chère à André Bazin et qui n'apparaîtra que dix ans après. L'école - qui permet à certains jeunes gens de se soustraire au S.T.O - s'installe dans un hôtel particulier (Un hôtel particulier est un type de logement que l'on trouve en France, consistant en une maison luxueuse et vaste bâtie au sein d'une ville, en principe sur...) rue de Penthièvre à Paris et occupe les anciens bureaux exigus d'une société de produits chimique. Alain Resnais, Stellio Lorenzi, Yannick Bellon, Maurice Cazeneuve, Ghislain Cloquet ou encore René Vautier font partie de la première promotion, baptisée promotion Louis Delluc. L'école jouit presque instantanément d'un certain intérêt dans le milieu de l'art et accueille dès les premières années des hôtes d'importance, tels que Maurice Merleau-Ponty, venu y faire une conférence en 1945 sur les rapports entre cinéma et « nouvelle psychologie », ou Léon Chancerel qui y enseigne l'histoire du théâtre. Des cinéastes de renom y donnent des cours, mais tous n'y restent pas. Jean Epstein, par exemple, quitte l'école faute de captiver ses étudiants. L'école devient également un des hauts lieux des débats cinématographiques d'après-guerre : le Comité de défense du cinéma français s'y réunit en décembre 1947 pour protester contre l'accord Blum-Byrnes.

L'école est alors dirigée par Pierre Gérin. Léon Moussinac, membre du Parti communiste français depuis 1924 et co-directeur du comité de défense du cinéma français, lui succède en 1948. L'école, clairement ancrée à gauche sur l'échiquier politique, est dans la ligne de mire (Une mire est un dispositif permettant la mesure des paramètres d'un système de reproduction d'images.) des anticommunistes. À l'époque, le cinéma français est en effet accusé d'être aux ordres du Parti Communiste français et subit de nombreuses attaques sur ce sujet. En 1948, le journal L'Objectif remet en cause l'école en ces termes : « S'il y a un scandale de l'IDHEC, c'est celui de son existence même ». Deux plus tard, le Cartel des syndicalistes libres des spectacles demande la suppression des subventions accordées à l'IDHEC, présentée comme « une pépinière d'agents staliniens (…) dont l'inutilité n'est plus à démontrer ». En 1950, Léon Moussinac est remplacé par Marcel L'Herbier, dont la carrière de cinéaste avait considérablement faibli après la guerre. Il restera à ce poste durant vingt-cinq ans.

Le cinéaste Andrzej Zulawski, diplômé de l'IDHEC en 1959.

Le rôle de l'école dans le milieu professionnel s'accroît rapidement : il devient presque nécessaire, dans les années 1950, d'avoir fait l'IDHEC pour devenir rapidement décorateur ou monteur de cinéma. Mais cette domination de l'IDHEC sur les grands corps de métier du cinéma ne va pas sans poser problème. L'universitaire américain C. G. Crisp avance l'hypothèse selon laquelle la « qualité française » des années 1950, tant décriée par François Truffaut et ses confrères de la Nouvelle Vague (Une vague est un mouvement oscillatoire de la surface d'un océan, d'une mer ou d'un lac. Les vagues sont générées par le vent et ont une amplitude crête-à-crête allant de quelques centimètres à 34 m (112...), serait en partie due au corporatisme (Le corporatisme est un terme faisant référence à deux concepts. Premièrement, le corporatisme est une doctrine économique et sociale basée sur le regroupement de...) et à la professionnalisation de l'école, contrecarrant quelque peu la spontanéité ou l'invention de formes nouvelles. Constat partagé par Marin Karmitz qui définira comme « formé par l'Idhec au cinéma classique, mais déformé par la Nouvelle Vague », dont il préfèrera prendre le parti.

La formation des futurs (Futurs est une collection de science-fiction des Éditions de l'Aurore.) cinéastes français comme étrangers

Le cinéaste burkinabé Idrissa Ouedraogo, entré à l'IDHEC en 1982

Comme les autres grandes écoles européennes, l'IDHEC joua un rôle prépondérant dans la formation des futures cinématographies des pays pauvres ou en voie de développement. En 1960, 273 des 617 diplômés de l'école sont étrangers. À leur sortie de l'IDHEC, beaucoup de ces étudiants retourneront dans leur pays pour y exercer leur art. Beaucoup d'étudiants latino-américains, attirés par la tradition cinéphilique française (foisonnement des rétrospectives, des revues) et par la politique des auteurs suivent l'enseignement délivré par l'école. Les cinéastes mexicains Felipe Cazals et Paul Leduc ont étudié à l'IDHEC, tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) comme le cinéaste Pham Ky Nam, qui tourna en 1959 le premier film de fiction nord-vietnamien. L'école permet également l'émergence de la première génération des cinéastes d'Afrique (D’une superficie de 30 221 532 km2 en incluant les îles, l’Afrique est un continent couvrant 6 % de la surface terrestre et 20,3 % de la surface des...) Noire, comme Paulin Soumanou Vieyra, Georges Caristan, Blaise Senghor, Yves Diagne. Ne pouvant obtenir l'autorisation ou les moyens nécessaires pour tourner dans leurs pays, la plupart d'entre eux choisissent de faire ce que l'on pourrait appeler « des films africains en France ». C'est ainsi que le guinéen Mamadou Touré tourne en 1953 Mouramani et que Vieyra, Jacques Melokane et Mamadou Sarr réalisent ce que les historiens du cinéma ont coutume de présenter comme le premier long-métrage d'Afrique Noire : Afrique-sur-Seine, dans lesquels ils dénoncent la colonisation française et la vie (La vie est le nom donné :) misérable des immigrés africains à Paris. Beaucoup de cinéastes sénégalais préfèrent cependant retourner dans leur pays après leur sortie de l'école. Ils y deviennent fonctionnaires et travaillent au service des Actualités sénégalaises (le seul organisme audiovisuel du pays), avant de se regrouper dans diverses associations, comme « Cinéastes Sénégalais Associés », puis la « Société des réalisateurs sénégalais », aidés par le Bureau du cinéma du Ministère français de la Coopération (un ancien directeur de l'école, Jean-René Debrix, y est d'ailleurs nommé en 1963). Le premier film camerounais, Aventure en France, a été tourné en 1962 par Jean-Paul Ngassa, diplômé de l'école. Ne trouvant pas dans leurs pays les structures indispensables à la production de films, certains diplômés de l'IDHEC se détournent du cinéma pour la littérature, la poésie et le théâtre. C'est le cas de l'ivoirien Jean-Marie Adé Adiaffi, de Lotfi Maherzi, d'Ahmed Belhachmi (premier Marocain diplômé de l'IDHEC, en 1951) et d'Ahmed Bouanani. La formation de ces étudiants étrangers aura sans doute permis ou suggéré l'éclosion de formes narratives inédites dans le paysage (Étymologiquement, le paysage est l'agencement des traits, des caractères, des formes d'un espace limité, d'un « pays ». Portion de l'espace...) cinématographique de leurs pays. Le film Wechma (1970) d'Hamid Bennani, diplômé trois ans plus tôt comme Merzak Allouache et Moumen Smihi, est ainsi considéré comme un tournant dans le cinéma marocain en raison de ses innovations formelles et dramatiques. L'Algérien Merzak Allouache fera, lui, des allers-retours constants entre son propre pays et la France pour y réaliser ses films. La Tunisienne Moufida Tlatli, diplômé en 1968, devient une des monteuses attitrées du cinéma marocain, puis travaille sur des films tunisiens, palestiniens et algériens. Son premier film en tant que réalisatrice, Les Silences du palais (1994), reçoit une mention spéciale de la Caméra (Le terme caméra est issu du latin : chambre, pour chambre photographique. Il désigne un appareil de prise de vues animées, pour le cinéma, la télévision ou la vidéo.) d'Or au Festival de Cannes.

Le cinéaste Costa-Gavras, reçu à l'IDHEC en 1956.

Les années 1950 et l'essor de la télévision (La télévision est la transmission, par câble ou par ondes radioélectriques, d'images ou de scènes animées et généralement sonorisées qui sont reproduites sur un poste...)

Si la majorité des étudiants de l'IDHEC se destinent au cinéma, certains voient d'un œil curieux l'apparition d'un nouveau médium : la télévision. Celle-ci n'en est qu'à ses débuts et a besoin (Les besoins se situent au niveau de l'interaction entre l'individu et l'environnement. Il est souvent fait un classement des besoins humains en trois grandes catégories : les besoins primaires,...) d'attirer à elle de nombreux professionnels. Marcel L'Herbier l'avait bien compris, lui qui déclarait lors de l'ouverture de l'école : « Ne devons-nous prévoir, si nous ne voulons pas nous faire devancer, l'installation à un rythme accéléré de postes particuliers de télévision ? Et combien de films faudra-t-il pour la consommation de ce nouvel ogre ? Dès lors, combien de créateurs, de techniciens supplémentaires exigera la profession pour préparer cette fabuleuse pâture ? ». L'analyse de L'Herbier s'avérera juste : la télévision n'hésitera pas à puiser dans le vivier de l'école pour constituer ses troupes. Stellio Lorenzi et Maurice Cazeneuve, tous deux issus de la première promotion, deviendront réalisateurs de télévision. Suivront ensuite Pierre Badel, Ange Casta, Alain Boudet, Jean-Christophe Averty, qui intègreront l'ORTF à leur sortie de l'école. Chacun de ses réalisateurs entraînera ensuite d'autres étudiants pour travailler à leurs côtés. C'est ainsi que Jean-Christophe Averty coptera Pierre Trividic. Les pionniers de la fiction télévisuelle, qui connaît ses premiers succès au milieu des années 1950, ont donc souvent été formé à l'IDHEC.

Mai 68

Le producteur, distributeur et exploitant Marin Karmitz, diplômé de l'IDHEC en 1957.

Les étudiants, proches l'extrême-gauche et de la Jeunesse communiste révolutionnaire, occupent leur école à partir du 16 mai 1968, apportent leur soutien aux étudiants du Quartier Latin et mènent une fronde contre l'enseignement dispensé à l'école, jugé trop académique. Les cours sont suspendus et l'école adopte le 22 mai 1968 le principe de « grève active ». Ce mouvement conduit à la démission d'une grande partie de l'administration. Les animateurs du comité d'occupation défendent une organisation (Une organisation est) de l'école inspirée du modèle des usines autogérées : ils se constituent ainsi en association, pour pouvoir "juridiquement" utiliser le matériel de tournage de l'IDHEC et soumettent chaque projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a priori à l’identique, nécessitant le concours et l’intégration d’une grande diversité de...) de films à l'Assemblée Générale des élèves. Marin Karmitz, diplômé dix ans tôt de l'école, et d'autres y créent les États généraux du cinéma, projet radical de cinéma militant et tentative d'auto-gestion. Les étudiants sont délogés des locaux le 10 juillet 1968.

Les étudiants de l'IDHEC ont tenu un rôle important dans la propagation des idées de Mai 68 : nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) d'entre eux ont participé à la réalisation et à la diffusion (Dans le langage courant, le terme diffusion fait référence à une notion de « distribution », de « mise à disposition » (diffusion d'un produit, d'une information), voire de...) des films militants produits dans le sillage des manifestations étudiantes. On peut en voir un exemple dans un film de neuf minutes, Reprise du travail aux usines Wonder, tourné en juin 1968 par deux étudiants de l'école. Le film a été tourné le 10 juin 1968, jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début (par rapport à minuit heure locale) et sa durée...) où les dirigeants de l'usine Wonder de Saint-Ouen avaient convoqué les ouvriers pour leur demander de reprendre le travail. L'équipe ne possède alors qu'une boîte de pellicule et décide de tourner en plan séquence. À l'entrée de l'usine, la caméra saisit en plan-séquence la révolte d'une ouvrière qui refuse de retourner à son poste. La bobine, intitulée « Wonder », est ensuite projetée en Assemblée Générale où il est décidé de la diffuser le plus vite possible, sans lui ajouter d'autres plans. Le film est présenté à l'été au Festival d'Hyères. Dans son numéro d'été, la revue Positif salue la forme « exceptionnellement concise, passionnée et authentique » de ces images. Le film rencontre une audience inattendue, si bien qu'il devient en 1970 le court-métrage d'avant-programme du film Camarades, de Marin Karmitz. Le film continuera d'être vu bien des années après, intégré sous forme d'extraits, dans différents documents comme Histoire de mai (1978) de Pierre-André Boutang et André Frossard, Mai 68, quinze ans après (1983) de Jean Labib, Génération (1988) de Daniel Edinger, Hervé Hamon et Patrick Rotman et dans Reprise (1996) d'Hervé Le Roux. Jacques Rivette dira qu'il est le seul film « révolutionnaire », au sens (SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence) est un projet scientifique qui a pour but l'extension radicale de l'espérance de vie humaine. Par une évolution progressive allant du ralentissement...) strict, qu'il ait jamais vu « parce que c'est un moment où la réalité se transfigure à un tel point (Graphie) qu'elle se met à condenser toute une situation (En géographie, la situation est un concept spatial permettant la localisation relative d'un espace par rapport à son environnement proche ou...) politique en dix minute ( Forme première d'un document : Droit : une minute est l'original d'un acte. Cartographie géologique ; la minute de terrain est la carte originale,...) d'intensité dramatique folle ». Pour Serge Daney et Serge Le Péron, il est « la scène primitive du cinéma militant, La Sortie des usines Lumière à l'envers, un moment miraculeux dans l'histoire du cinéma direct ».

La cinéaste Claire Denis, diplômée de l'IDHEC en 1969

Le film continue d'être distribué par divers collectifs durant les années 1970 : on le trouve dans le catalogue de « Cinéma Rouge », un groupe trotskiste proche de la Ligue communiste révolutionnaire, dans celui de « Ciné Libre » et celui de « Cinélutte ». Les étudiants de l'IDHEC sont très souvent à l'origine de ces nombreux groupes de cinéma militant, parfois initiés au sein même de l'école. Jean-Michel Carré (Un carré est un polygone régulier à quatre côtés. Cela signifie que ses quatre côtés ont la même longueur et ses quatre angles la même mesure. Un carré est à la fois un...), entré en 1969, fonde en 1974 « Les Films Grain (En météorologie maritime: Un grain est un vent violent et de peu de durée qui s'élève soudainement et qui est généralement accompagné de précipitations. Il se produit généralement au passage d'une...) de sable », d'abord sous la forme d'un collectif puis d'une maison (Une maison est un bâtiment de taille moyenne destiné à l'habitation d'une famille, voire de plusieurs, sans être considérée comme un immeuble collectif.) de production cinématographique (toujours en activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) aujourd'hui). Les films produits, inspirés des idées maoïstes, ont pour sujet le droit des femmes, le nucléaire (Le terme d'énergie nucléaire recouvre deux sens selon le contexte :), l'hôpital (Un hôpital est un lieu destiné à prendre en charge des personnes atteintes de pathologies et des traumatismes trop complexes pour pouvoir être traités à domicile ou dans le cabinet d'un médecin.), ou encore l'éducation : « A l’époque, explique Jean-Michel Carré, nous appliquions les principes maoïstes du centralisme démocratique et le cheminement dialectique ‘pratique-théorie-pratique’: aller sur le terrain, tourner, prendre l’avis d’intellectuels et de chercheurs sur notre travail, puis repartir vers le terrain. Le cinéma nous paraissait être l’art le plus adéquat pour l’activisme politique. Nous avions, au sein du groupe, chacun un diplôme (Le diplôme (grec ancien :δίπλωµα, diploma signifiant « plié en deux ») est un acte écrit émanant généralement...) de prise de vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et l'interprétation des rayonnements lumineux.), de montage ou de réalisation (obtenu à l’IDHEC), ce qui nous permettait une rotation des tâches, qui désacralisait le rôle du metteur en scène ». Autre exemple de collectif : le collectif Cinélutte créé en 1973 par François Dupeyron, Alain Nahum, Guy-Patrick Sainderichin et Richard Copans, tous étudiants de l'école, avec le concours de Jean-Denis Bonan et de Mireille Abramovici. Cet organisme prend la forme d’une association non subventionnée, né des mouvements lycéens et étudiants contre la « loi Debré » sur la conscription militaire. Celui-ci ne se revendique d'aucun parti ou organisation politique, mais produit durant 8 années des films militants, fortement impregnés de marxisme-léninisme et parfois du maoïsme, sur les luttes sociales et politiques des années 1970. Le collectif continue à diffuser « Wonder » durant toute cette période.

Vers La fémis

Le cinéaste Patrice Leconte, entré à l'IDHEC en 1967

Après 1968, l'IDHEC connaît une période faste, où les fondamentaux de l'enseignement ont été remis en cause mais où l'émulation entre les élèves s'est accrue. « Tout de suite, on a fait grève parce qu'on n'avait pas assez de moyens et qu'on voulait tourner, explique le documentariste Jean-Michel Carré. Plus question d'accepter des professeurs à l'année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.) nous racontant l'histoire du cinéma et son esthétique. On voulait que les gens de la profession viennent à l'IDHEC pour parler, pour travailler avec eux. Le directeur de l'école était alors complètement (Le complètement ou complètement automatique, ou encore par anglicisme complétion ou autocomplétion, est une fonctionnalité informatique...) dépassé. Pour donner une idée de son ignorance, il ouvrait les boîtes de pellicule pour voir si la pellicule était imprimée. À la première assemblée générale, il a pris une chaise dans la figure et on ne l'a plus jamais revu. Louis Daquin l'a remplacé et, malgré son passé (Le passé est d'abord un concept lié au temps : il est constitué de l'ensemble des configurations successives du monde et s'oppose au futur sur...) de vieux cinéaste au Parti communiste (nous étions tous d'extrême-gauche, de bords différents), il était ouvert. Il nous a dit dès le début : « Il faut faire des films, c'est comme ça qu'on apprend ». Nommé en 1970, Louis Daquin reste directeur de l'IDHEC jusqu'en 1978. En 1971, il engage un triumvirat improbable (Richard Copans, Jean-Denis Bonan et Jean-André Fieschi) qui définira la nouvelle pédagogie (La pédagogie est, étymologiquement, l'action de "conduire les enfants", du grec PAIDAGÔGIA. C'est donc l'art d'éduquer. Le terme désigne les méthodes et...) de l'IDHEC et la nature du concours d'entrée dont il reste des traces (TRACES (TRAde Control and Expert System) est un réseau vétérinaire sanitaire de certification et de notification basé sur internet sous la responsabilité de la Commission...) encore aujourd'hui.

De 1944 à 1985, l'Idhec forme 41 promotions et 1 439 professionnels du cinéma, français et étrangers. Au contraire de la future Fémis, l'école ne propose pas encore de départementalisation. Les étudiants, quel que soit le poste qu'ils souhaitent occuper à leur sortie de l'école, doivent choisir entre deux sections généralistes : image et montage. Si des théoriciens et analystes de cinéma, tels que Georges Sadoul et Jean Mitry enseignent à l'école, la pratique y est relativement libre et l'accès au matériel facilité. Tout le monde peut, peu ou prou, réaliser ses propres films, dans « une utopie (L'utopie (néologisme de l'écrivain anglais Thomas More), synthèse des mots grecs οὐ-τοπος (lieu qui n'est pas) et...) pragmatique où chacun travaillait sur les films des autres », comme l'explique le cinéaste Laurent Cantet. L'école devient ainsi un laboratoire de formes et d'idées, et se veut ouverte à la société qui l'environne.

Le cinéaste Laurent Cantet, diplômé de l'IDHEC en 1986.

Les femmes restent néanmoins largement minoritaires à l'école. Il faudra attendre l'après 68 pour que les femmes y occupent une plus grande place. L'interdiction de les voir intégrer l'ancienne section de mise en scène n'était pas formelle, mais il leur était fortement conseillé de rejoindre des sections considérées comme plus « féminines », comme le montage. Mais les femmes ne sont encore, en 1973, que 4 sur 28 candidatures reçues. L'école aura tout de même permis de former la chef opératrice Nurith Aviv, diplômée en 1967, souvent présentée comme la première femme française à accéder à ce poste, suivie de la cinéaste Claire Denis en 1969, de Dominique Le Rigoleur en 1971, de Caroline Champetier en 1976 ou d'Agnès Godard en 1980.

Les années passent et malgré sa réputation, l'IDHEC (installée, depuis janvier 1974 à Bry-sur-Marne, dans les locaux de l'INA) décline peu à peu, faute d'argent (L’argent ou argent métal est un élément chimique de symbole Ag — du latin Argentum — et de numéro atomique 47.). Avec l'arrivée de la gauche au pouvoir en 1981, on songe à en redéfinir le rôle et le cadre. Un projet de « Palais de l'image » (qui inclurait l'art photographique) est lancé, suivi d'un autre, plus restrictif, nommé « Palais du cinéma ». Le projet tente d'associer une nouvelle école de cinéma et la Bibliothèque du Film. Le rapport Bredin, en juin 1984, propose les règles de la future Fémis, fondée sur un enseignement pluridisciplinaire gratuit, un concours à bac+2, une durée des études de trois ans, la création de sept départements et une ouverture sur le monde professionnel. Jack Gajos, alors directeur de l'Agence pour le développement régional du cinéma, est choisi pour diriger l'institution. En 1986, la droite revient au pouvoir : le secrétaire d'état à la Culture, Philippe de Villiers, reprend le dossier et transforme l'Institut national de l'image et du son (INIS), créé par Jack Lang en février, en Fondation européenne des métiers de l'image et du son (FEMIS). L'école a les statuts d'une association régie par la loi du 1er juillet 1901. En novembre 1986, François Léotard, alors ministre de la culture, inaugure l'école, qui est située au Palais de Tokyo, en face du Musée d'art moderne (On considère en général que la période de l'histoire de l'art que l'on désigne sous l'appellation d'art moderne commence en 1907,...) de la Ville de Paris, et présidée par l'écrivain et scénariste Jean-Claude Carrière. Les cinéastes Noémie Lvovsky, Arnaud des Pallières, Solveig Anspach, Christine Carrière, Emilie Deleuze, Manuel Pradal, Sophie Fillières comptent parmi les élèves de la première promotion. Jean-Luc Godard, qui avait tenté le concours d'entrée à l'IDHEC en 1949, enseigne à l'école et le philosophe Gilles Deleuze y tient une conférence remarquée, intitulée « Qu’est-ce que l’acte de création ? ». L'école fonctionne sous statut associatif jusqu'en 1998.

Des débuts difficiles (1988-1996)

Une remise en cause du concours d'entrée

Le scénariste Jean-Claude Carrière, président de la Fémis de 1986 à 1996.

En 1988, le personnel de l'IDHEC rejoint la Fémis, dans une fusion (En physique et en métallurgie, la fusion est le passage d'un corps de l'état solide vers l'état liquide. Pour un corps pur, c’est-à-dire pour une...) de l'ancienne école avec la nouvelle. L'IDHEC disparaît donc officiellement le 24 mars 1988. En 1990, le concours d'entrée à l'école recense un millier de candidats. Une filière (Une filière est une suite de formalités, d'emplois à remplir avant d'arriver à un certain résultat: la filière administrative.) scripte est créée en 1993. À l'automne (L'automne est l'une des quatre saisons des zones tempérées. Elle se place entre l'été et l'hiver.) 1993, des examinateurs du concours, parmi lesquels Laurent Vachaud et Serge Le Peron, s'aperçoivent que leurs notations sont fréquemment remaniées. Les faits sont corroborés par l'ancien directeur des études Jacques Fraenkel, licencié en juillet de la même année. Soupçonnant des irrégularités dans la notation, il avait conservé la reproduction (La Reproduction. Eléments pour une théorie du système d'enseignement est un ouvrage de sociologie co-écrit par Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron paru en 1970 aux éditions de Minuit.) des notes de deux candidats reçus au concours de 1992. Il apparaît que huit candidats auraient vu leurs notes truquées en 1993 et que cette fraude aurait également bénéficié, en 1992, au fils de Bernard Faivre d'Arcier (conseiller culturel du premier ministre Laurent Fabius, directeur du Théâtre et des Spectacles dans le ministère de Jack Lang, et directeur du Festival d'Avignon). Jack Gajos – qui dirige alors le concours, en plus d'être délégué général et directeur des études - reconnaît avoir favorisé certains candidats, enfants de personnalités amies ou « haut placées » en en modifiant les notes. Pour ne rien arranger, Jean-Claude Carrière justifie maladroitement ces pratiques de repêchage en évoquant un « usage » fondé sur « le flair » du délégué général et regrette ce qu'il qualifie de « campagne de délation ». La grogne monte parmi les professionnels embauchés par l'école, les élèves s'interrogent sur les méthodes de Gajos, de nombreux journaux se font le relais du scandale, auxquels s'ajouteront des rumeurs sur une supposée dérive de la gestion financière de l'établissement. Le journal L'Express résume ainsi la polémique : « à ce stade (Un stade (du grec ancien στ?διον stadion, du verbe ?στημι istêmi, « se tenir droit et ferme ») est un...), la comédie prend la dimension (Dans le sens commun, la notion de dimension renvoie à la taille ; les dimensions d'une pièce sont sa longueur, sa largeur et sa profondeur/son épaisseur,...) d'une affaire d'Etat. Assortie d'un conflit cornélien. Comment ne pas nuire à l'excellente réputation de l'établissement? Comment réparer le préjudice subi par les candidats malheureux ? ». Jacques Toubon demande alors au chef de service de l’inspection générale une mission d’inspection sur la question. Le ministère de la Culture condamne cet abus de pouvoir et Gajos, reconnaissant « une faute grave dont (il) assume toute la responsabilité », donne sa démission le 9 novembre 1993 à la suite du conseil d'administration.

Une nouvelle direction, et de nouvelles tensions

Le cinéaste Jean-Jacques Beineix, Président du concours d'entrée de la Fémis en 1994

Alain Auclaire, membre du CNC, est nommé directeur de l'école, avec l'obligation d'assainir le concours d'entrée. Dès lors, la présidence du concours est donnée (Dans les technologies de l'information, une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction, d'un...) à une personnalité extérieure – Jean-Jacques Beineix en 1994 – et des mesures drastiques sont prises pour éviter toutes fraudes dans le déroulé du concours (anonymat absolu des copies, double ou triple correction, confidentialité renforcée quant au choix des sujets, etc.). Christine Juppé-Leblond, ancienne directrice de la Maison du geste et de l'image (MGI) et ex-épouse du chef de gouvernement d'alors, est nommée déléguée générale avec la mission, s'entend-elle dire par le Ministère de la culture, « de nettoyer les écuries d'Augias ».

Mais le style de Juppé-Leblond, volontariste et maladroit, déplaît aux étudiants et aux intervenants professionnels. Ses attaques contre le cinéma de la Nouvelle Vague ou contre toutes formes d'expérimentations filmiques déclenchent des levées de bouclier. Son projet d'enseigner la publicité (Bien que le terme (Werbung en allemand, Publicity et Advertising en anglais) désignât d'abord le mot qui aux yeux d'Habermas qualifie la Modernité et la Démocratie —( Publicité, sauvegarde du peuple est-il écrit au...) au sein de l'école fait également débat (Un débat est une discussion (constructive) sur un sujet, précis ou de fond, annoncé à l'avance, à laquelle prennent part des individus ayant des avis, idées, réflexions...). La direction passe en outre pour être plus familière du Ministère de l'éducation nationale que de celui du la Culture - entraînant quelques suspicions quant à sa possible fusion avec l'école Louis-Lumière et à son éloignement programmé des milieux cinématographiques. La grogne commence à monter chez les étudiants qui dénoncent un manque de dialogue (Le dialogue est une communication entre deux ou plusieurs personnes ou groupes de personnes. Il doit y avoir au minimum un émetteur et un récepteur. Une donnée émise, c'est le message. Un code, c'est la langue et/ou...) avec la direction, un projet pédagogique flou, ainsi qu'une bureaucratie écrasante. Les élèves de la sixième promotion établissent alors un bilan collectif dans lequel ils critiquent « le manque de contact, de connaissance du milieu professionnel des principaux interlocuteurs directoriaux: responsable du 3e cycle, directeur des études, déléguée générale ». Le rôle de Maurice Failevic, directeur du département Réalisation et Pierre Baquet, directeur des études et adjoint de la déléguée générale, sont en outre remis en cause. Les ressources propres à l'école chutent également à cette même époque, ce qui rajoute à l'agitation (L’agitation est l'opération qui consiste à mélanger une phase ou plusieurs pour rendre une ou plusieurs de ces caractéristiques homogènes....) générale

André Téchiné , ancien enseignant à la Fémis

Le cinéaste Emmanuel Mouret, élève à cette époque, résume le climat (Le climat correspond à la distribution statistique des conditions atmosphériques dans une région donnée pendant une période de temps donnée. Il se distingue de la...) délétère qui règne alors dans l'école : « Nous voulions l’école dont nous avions envie. Or, à l’époque, madame Juppé-Leblond (...) faisait essentiellement venir l’un de ses amis réalisateurs à la télévision. À force (Le mot force peut désigner un pouvoir mécanique sur les choses, et aussi, métaphoriquement, un pouvoir de la volonté ou encore une vertu morale « cardinale » équivalent au...) de protestations, sont intervenus à sa place des gens comme Claude Miller ou Jean-Louis Comolli. ». Mais les tensions ne disparaissent pas entre la direction d'une part et le corps enseignant supporté par les élèves d'autre part. Au mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) de mai 1996, les cinéastes Pascal Bonitzer (ancien directeur du département Scénario, démissionnaire après que des élèves ont évoqué son absentéisme (L’absentéisme est une conduite qui se caractérise par des absences régulières du lieu de travail ou d’études (absentéisme scolaire, appelé couramment "école...) répété), Jean-Louis Comolli, Jean Douchet et André Téchiné publient une tribune dans le journal Libération, dans laquelle ils accusent l'école de "conformisme" : « il est à craindre que la Femis, par absence de projet pédagogique, par faiblesse de pensée, par ignorance des enjeux présents, ne cède à la tentation de privilégier ce qui gêne le moins : la fabrication d'objets audiovisuels supposés satisfaire un spectateur réduit au rôle de consommateur d'effets, éternel immature avide de sensations fortes ». Les quatre cinéastes estiment que l'école privilégie la professionnalisation et la formation technique à une pensée du cinéma - alors que cette dernière devrait être le privilège d'une école. Ils notent également que « l'actuelle ­et contestée direction de la Femis a laissé pour ainsi dire à l'abandon le département réalisation, clé et moteur (Un moteur (du latin mōtor : « celui qui remue ») est un dispositif qui déplace de la matière en apportant de la puissance. Il effectue ce...) de l'ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut être comprise comme un...) de l'école. Sans projet pédagogique, sans plan de travail élaboré, sans objectifs posés, les réalisateurs de la Femis ont été abandonnés à eux-mêmes et à la mauvaise fortune de l'école ». Les étudiants leur apportent leur soutien et demandent la démission de la directrice des études.

Quelques jours plus tard, Christine Juppé-Leblond exprime, par voie de presse, son désir de se débarrasser des « vieux gourous et des ayatollahs » qui s'arrogent, selon elle, « le monopole de la pensée sur le cinéma ». Ces attaques visent nommément Jean Douchet, chargé d'enseigner l'histoire du ciméma, et Jean Narboni, responsable des cours d'analyse filmique. Ses déclarations sur l'enseignement passent très mal (« Les élèves préfèrent être encadrés, maternés, doudounés. Ils sont très fragiles. Ils réclament un papa. Ils croient être autonomes, mais ils manquent terriblement de maturité: ce sont des étudiants. De luxe, certes. Mais des étudiants quand même »; « Moi je réponds [aux étudiants] : « Quand tu auras fait La Guerre du feu, coco, tu pourras parler! ». Ils ne veulent pas être confrontés à un cinéaste qui réalise des films ambitieux. Je leur demande: « Sérieusement, vous avez envie d'être pauvres, de passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) aux Ursulines à 10 heures (L'heure est une unité de mesure  :) du matin? ». Chaque élève de cette école coûte 300.000 francs. Pour ce prix-là, on ne va se faire un cinéma de pauvres! ». Un changement de statut est décidé à la même époque : l'école amorce un virage, passant d'association à un établissement public délivrant un diplôme public. Ce changement ne va pas sans tensions et c'est dans un climat délétère que la direction nommée après Jack Gajos démissionne, en mai 1996.

Une « nouvelle Nouvelle Vague » ?

À la même époque, les premiers diplômés de l'école, entrés en 1986, ainsi que les derniers étudiants de l'IDHEC se font connaître auprès du public sous le terme de « Nouvelle Vague bis » ou de « Nouvelle Nouvelle Vague », expression inventée par l'hebdomadaire Télérama et reprise ailleurs pour désigner cette génération de cinéastes apparue au début des années 1990. Un monde sans pitié d'Éric Rochant, puis La Sentinelle et Comment je me suis disputé… (ma vie sexuelle) d'Arnaud Desplechin, Petits Arrangements avec les morts de Pascale Ferran, Rosine de Christine Carrière, Grande Petite de Sophie Fillières, Oublie-moi de Noémie Lvovsky, La Croisade d'Anne Buridan de Judith Cahen, En avoir (ou pas) de Laetitia Masson sortent sur les écrans : « Tous se démarquent du cinéma de la décennie (Une décennie est égale à dix ans. Le terme dérive des mots latins de decem « dix » et annus « année.) précédente, qui ressemblait fâcheusement - par sa sclérose (La sclérose est une lésion élémentaire en pathologie dermatologique. Elle correspond à la rigidification anormale de la peau. Elle peut être localisée ou généralisée à l'ensemble du...) - à celui des années cinquante. Comme leurs ancêtres de la Nouvelle Vague, ils ont donc décidé de jouer l'invention contre la perfection; la liberté contre la qualité », écrit Claude-Marie Trémois dans Télérama. Fait rare, et sans doute permis par l'existence de l'école : la plupart des films sont dirigés par des femmes. Les premières promotions de la Fémis ont même compté plus de filles que de garçons, même si l'équilibre s'est rétabli en 1990. Si certains décèlent dans ces premiers films un renouveau naturaliste (Le mot naturaliste fait référence au domaine des sciences naturelles. L'adjectif qualifie une personne ou un groupe (association, société savante.. )) et l'expression subtile d'un romanesque désabusé (mettant en scène « la précarité sentimentale de la jeunesse d'aujourd'hui »), l'école se traîne aussi une image élitiste, nombriliste et parisianniste. C'est donc à cette époque qu'on commence à employer l'expression de « style Fémis » pour qualifier cette esthétique cinématographique.

Un établissement public industriel et commercial (depuis 1998)

De nouveaux statuts

Patrice Chéreau, président de la Fémis en 2006.

René Bonnell, ancien directeur de la distribution chez Gaumont, directeur et vice-président du StudioCanal est nommé président de l'école, Patrice Béghain en est le directeur. Carole Desbarat, venue de l'ESAV, devient directrice des études. Le climat de tension (La tension est une force d'extension.) s'apaise. L'école s'exile pour un an et demi dans les studios de la Plaine (Une plaine est une forme particulière de relief, c'est un espace géographique caractérisé par une surface topographique plane, avec des pentes relativement faibles. Elle se trouve...) Saint-Denis, en attendant son emménagement rue Francoeur, dans les anciens studios Pathé qu'il faut mettre aux normes. Les nouvelles technologies numériques font leurs entrées à l'école. C'est à cette époque que l'école est transformée en EPIC, rattachée au Ministère de la culture. La FEMIS devient officiellement l'ENSMIS (École nationale supérieure des métiers de l'image et du son), l'appellation "La fémis", désormais connue et réputée, est conservée. Sous la houlette du centre national de la cinématographie, l'école obtient le statut d’établissement public industriel et commercial, ce qui lui permet de bénéficier à la fois des subsides de l’État (et donc de frais de scolarité modiques : 229 euros par an) et de la possibilité de développer une activité économique. La loi du 16 décembre 1996 et le décret du 13 mai 1998 et confient quatre missions à l'école : la délivrance d'une formation initiale et continue validée par un diplôme d'enseignement supérieur, la promotion et la diffusion de la culture cinématographique et audiovisuelle, la coopération avec des établissements français et étrangers, l'édition et la diffusion de documents pédagogiques intéressants les métiers du cinéma.

À la rentrée 1999, La fémis prend ses quartiers définitifs 6 rue Francœur, dans les anciens studios de la société Pathé situés dans le 18e arrondissement de Paris. Les bâtiments, rachetés 55 millions de francs par la Régie immobilière de la ville de Paris et loués 5 millions de francs par an, sont rénovés par l'architecte (L'architecte est le professionnel du bâtiment dont la fonction est de concevoir et de diriger la réalisation d'une œuvre d'architecture pour le compte d'un...) Yves Lion (Le lion (Panthera leo) est un mammifère carnivore de la famille des félidés du genre Panthera (félins). Il est surnommé « le roi des animaux » car sa crinière lui...). L'identité graphique de l'école est confiée à Philippe Apeloig. Les locaux flambants neufs sont inaugurés par Lionel Jospin, Premier ministre, et Catherine Trautmann, Ministre de la culture. L'ENSMIS redevient La Fémis – dénomination connue et reconnue des professionnels français et étrangers, qu'il fallait conserver. Alain Auclaire prend la présidence de l'école. Gérard Alaux en devient le directeur. Marc Nicolas, proche collaborateur de Jack Lang et directeur adjoint du CNC, lui succédera en 2001. Des stages professionnels sont proposés, des partenariats avec le CNSAD et l'école allemande de Ludwigsburg sont créés, ainsi que des accord d'échange avec l'Université Columbia (L'université Columbia (Columbia University ou tout simplement Columbia) est une université privée située à Manhattan, dans la ville de New York (États-Unis). Fondée en 1784,...) à New York et la NFTS de Londres. La filière distribution-exploitation ouvre ses portes à la rentrée 2003. L'enseignement évolue : le journal Libération note qu'il est devenu avec le temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) « plus pragmatique et ouvert aux expériences ». Le cinéaste et metteur en scène Patrice Chéreau est nommé président de l'école en 2006 - poste dont il démissionnera quelques mois plus tard, en raison d'un emploi du temps surchargé. Claude Miller prendra sa succession en 2007.

La deuxième génération de cinéastes

Le cinéaste François Ozon, diplômé de la Fémis en 1993.
Arnaud des Pallières, diplômé de la Fémis en 1988.

Comme durant les années 1990, une nouvelle génération de cinéastes issus de La fémis émerge sur les écrans au début des années 2000. Plus discrète que la précédente (à la fois par leurs œuvres et la personnalité de leurs auteurs), cette génération rassemble des cinéastes comme Yves Caumon, Jean-Paul Civeyrac, Emilie Deleuze, Solveig Anspach, Arnaud des Pallières, Hélène Angel, Frédéric Videau, Orso Miret, Emmanuelle Bercot, Antony Cordier. Leurs films appartiennent à une veine plus contemplative, mélancolique, voire lyrique que leurs aînés. Ces films ne sont pas non plus dominés par la figure de Paris et la description sociologico-affective d'une génération, mais s'ancrent dans une réalité plus large (le milieu rural ou ouvrier pour Caumon et Cordier, la province pour Orso Miret et Des Pallières, les paysages glacés de l'Islande (L’Islande, (en islandais Ísland, littéralement « terre de glace »), est un État insulaire de l’océan Atlantique Nord, situé entre le Groenland et...) pour Anspach). En parallèle et au même moment, émergent des figures plus marginales - bien que « rattrapées », depuis, par une forme plus classique : François Ozon (5e promotion) avec Sitcom et Les Amants criminels, Marina de Van (9ème promotion) avec Dans ma peau, ou Delphine Gleize (9e promotion) avec Carnages imposent dans leurs premiers films un univers (L'Univers est l'ensemble de tout ce qui existe et les lois qui le régissent.) plus déluré et fantaisiste, parfois potache ou provocant.

Grève de 2009

En mars 2009, la majorité des étudiants de l'école se met en grève en vue d'infléchir les orientations pédagogiques et administrative de l'établissement. Estimant que l'Ecole se noie dans « son administration lourde et l’autosatisfaction de son fonctionnement bien rodé », les étudiants regrettent le manque d'ouverture vers l'extérieur, notamment les autres écoles d'art, et demandent la mise à disposition « des locaux et du matériel à des cinéastes et productions externes ». Le contenu des enseignements - jugé sclérosé, inhibant et trop éloigné du cinéma contemporain - est remis en cause, parce qu'il ne serait pas de nature « à stimuler l’inventivité ». Les étudiants regrettent également « l’élitisme, le cloisonnement des départements et l’individualisme » de leur école, qui dépeint sur leurs propres travaux et leur réputation dans le milieu du cinéma. Le mouvement durera plusieurs mois et sera appuyé par de nombreuses personnalités. En décembre 2009, le Conseil d'administration - dans lequel figurent des anciens étudiants de l'IDHEC comme Pascale Ferran - rend un rapport sur les dysfonctionnements de l'école. Le document (Dans son acception courante un document est généralement défini comme le support physique d'une information.), surnommé "Rapport Miller" (du nom du président de l'école), reprend et approuve les griefs formulés par les étudiants, ce qui provoque quelques grincements de dents au sein du personnel de l'école et des équipes pédagogiques. Le département Réalisation cristallise les rancoeurs : malgré son prestige et la difficulté pour y entrer, l'enseignement qui y serait délivré ne serait pas à la hauteur (La hauteur a plusieurs significations suivant le domaine abordé.) des attentes. Dans un article sur la crise que traverse (Une traverse est un élément fondamental de la voie ferrée. C'est une pièce posée en travers de la voie, sous les rails, pour en maintenir...) l'école, Télérama souligne que les élèves des autres départements s'en sortent nettement mieux - les élèves du département scénario ayant eu, par exemple, le temps de développer, en quatrième année, un scénario de long-métrage : « on cherche en vain, ces dernières années, le nom d'anciens élèves de la section réalisation au générique des films sortis en salles. En revanche, les sections scénario ou image ont récemment offert quelques noms prometteurs, comme Léa Fehner », explique Télérama, auxquels s'ajoutent Céline Sciamma ou Rebecca Zlotowski, toutes issues du département scénario.

Ce mouvement conduit au départ de plusieurs personnalités de l'école, dont Carole Desbarat, la directrice des études ou Marie-Geneviève Ripeau, co-directrice du département scénario. En janvier 2010, sur proposition du ministre de la Culture Frédéric Mitterrand, Raoul Peck succède à Claude Miller, qui est atteint par la limite d'âge, à la présidence de l'école. Marc Nicolas, directeur de l'école, est reconduit dans ses fonctions pour six mois malgré l'hostilité des étudiants à son égard. Frédéric Papon, producteur et ancien coordinateur pédagogique au Fresnoy, et Isabelle Pragier, productrice, sont nommés respectivement directeur des études et directrice adjointe des études, en remplacement de Carole Desbarat.

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