Poliomyélite
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Introduction

Poliomyélite
(Maladie de Heine-Medin)

Classification et ressources externes
Polio sequelle.jpg
CIM-10 A80., B91.
CIM-9 045, 138
DiseasesDB 10209
MedlinePlus 001402
eMedicine ped/1843  pmr/6
MeSH C02.182.600.700

La poliomyélite (du grec polios (πολίός) « gris », -myelos (µυελός) « moelle » et -ite « inflammation »), également appelée maladie de Heine-Medin, paralysie spinale infantile ou simplement polio, est une maladie infectieuse (Une maladie infectieuse est une maladie provoquée par la transmission d'un micro-organisme : virus, bactérie, parasite, champignon. Les virus ne sont...) aiguë et contagieuse spécifiquement humaine causée par trois virus (Un virus est une entité biologique qui nécessite une cellule hôte, dont il utilise les constituants pour se multiplier. Les virus existent sous une forme extracellulaire ou intracellulaire. Sous la forme...) à ARN du genre Entérovirus, les poliovirus.

L'infection à poliovirus, transmise par voie digestive (oro-fécale), est inapparente chez 90 à 95 % des sujets et se traduit dans le reste des cas par des symptômes le plus souvent bénins et non spécifiques (pharyngite, syndrome (Un syndrome est un ensemble de signes cliniques et de symptômes qu'un patient est susceptible de présenter lors de certaines maladies, ou bien dans des...) grippal, vomissements). L'infection du système nerveux (Le système nerveux est un système en réseau formé des organes des sens, des nerfs, de l'encéphale, de la moelle épinière, etc. Il coordonne les mouvements musculaires, contrôle le fonctionnement des...) central, la plus sérieuse, complique environ un cas sur cent. Elle entraîne une méningite (Une méningite est une inflammation des méninges, le plus souvent d'origine infectieuse.) et s'accompagne, dans la moitié des cas, d'une lésion des motoneurones de la corne antérieure de la moelle épinière (La moelle épinière, ou moelle spinale, désigne la partie du système nerveux central prolongeant en dessous la medulla oblongata, ou bulbe rachidien, du tronc...) qui définit la poliomyélite proprement dite ou poliomyélite antérieure aiguë. Il en résulte une paralysie flasque asymétrique intéressant le plus souvent les membres inférieurs.

La poliomyélite a été décrite et étudiée au XIXe siècle par Heine et Medin. Des années 1880 jusqu'à la seconde ( Seconde est le féminin de l'adjectif second, qui vient immédiatement après le premier ou qui s'ajoute à quelque chose de nature identique. La seconde est une unité de mesure du temps. La seconde d'arc est une...) moitié du XXe siècle, la maladie a sévi dans le monde (Le mot monde peut désigner :) entier sur un mode épidémique et handicapé ou tué plusieurs millions de personnes. Les progrès de l'hygiène (L'hygiène est un ensemble de mesures destinées à prévenir les infections et l'apparition de maladies infectieuses. Elle se base essentiellement sur trois actions :) et surtout la vaccination (La vaccination est un procédé consistant à introduire un agent extérieur (le vaccin) dans un organisme vivant afin de créer une réaction immunitaire positive contre une maladie infectieuse. La substance active...), découverte par Salk et Sabin, ont permis un recul considérable de son incidence. Depuis 1988, l'éradication de la poliomyélite fait l'objet (De manière générale, le mot objet (du latin objectum, 1361) désigne une entité définie dans un espace à trois dimensions, qui a une fonction précise, et qui peut être désigné par une...) d'une initiative mondiale sous l'égide de l'OMS, de l'Unicef (Le Fonds des Nations unies pour l'enfance (abrégé en UNICEF ou Unicef pour United Nations of International Children's Emergency Fund en anglais) est une agence de l'Organisation...) et du Rotary International. La campagne (La campagne, aussi appelée milieu rural désigne l'ensemble des espaces cultivés habités, elle s'oppose aux concepts de ville, d'agglomération ou de milieu urbain. La campagne est...) de vaccination de masse (Le terme masse est utilisé pour désigner deux grandeurs attachées à un corps : l'une quantifie l'inertie du corps (la masse inerte) et l'autre la contribution du corps à la force de...) a fait passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) son incidence de 350 000 nouveaux cas par an en 1988 à environ 1 500 en 2008 et son éradication est officielle sur tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) le continent (Le mot continent vient du latin continere pour « tenir ensemble », ou continens terra, les « terres continues ». Au sens propre, ce terme désigne une...) américain, en Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un continent à part entière, mais aussi comme l’extrémité occidentale du continent eurasiatique,...) et dans les régions OMS du Pacifique occidental, Chine comprise. En 2008, la maladie n'était encore endémique que dans quatre pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision de la civitas gallo-romaine. Comme la...) (Nigeria, Inde, Pakistan et Afghanistan) qui concentraient la quasi-totalité des cas. Une flambée de cas au Tadjikistan au début de l'année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.) 2010 rappelle cependant que le virus circule toujours.

Historique

Stèle égyptienne représentant une victime de poliomyélite, 18e dynastie (1403-1365 avant Jésus-Christ)

Bien que les premières épidémies de poliomyélite n'aient été identifiées qu'au XXe siècle, le poliovirus est probablement pathogène (Le terme pathogène (du grec παθογ?νεια ! « naissance de la douleur ») signifie : qui...) pour l'homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par distinction, l'homme prépubère...) depuis plusieurs millénaires. Il est difficile cependant de dater les grandes épidémies d'avant le XXe siècle, l'obligation officielle de notifier les cas de polio, dans chaque pays, n'ayant été prise qu'au début du siècle (Un siècle est maintenant une période de cent années. Le mot vient du latin saeculum, i, qui signifiait race, génération. Il a ensuite indiqué la durée d'une génération humaine et faisait 33 ans 4 mois (d'où peut être...) (d'abord en Suède et en Norvège - 1905 -, puis aux USA en 1909, en Grande-Bretagne (La Grande-Bretagne (en anglais Great Britain) est une île bordant la côte nord-ouest de l'Europe continentale. Elle représente la majorité du territoire du...) en 1911 et en France en 1936).

Jusqu'au XIXe siècle le poliovirus était un agent endémique et quiescent ; à partir de 1910, les épidémies deviennent régulières dans tout le monde industrialisé, principalement dans les villes et durant les mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) d'été. Conjointement au progrès des savoirs, cette évolution de la maladie, avec ses crises épidémiques parfois dramatiques, conditionna la connaissance que les médecins – et la population – purent en avoir.

De l'antiquité à la découverte d'un virus

Certaines gravures de l'Égypte antique représentent des personnages handicapés moteurs (Un moteur est un dispositif transformant une énergie non-mécanique (éolienne, chimique, électrique, thermique par exemple) en une énergie mécanique ou travail.[réf. nécessaire]) avec certaines caractéristiques de la poliomyélite (adultes aux membres amyotrophiés, enfants marchant à l'aide de cannes) et des égyptologues anglais ont, il y a une cinquantaine d'années, reconnu des traces (TRACES (TRAde Control and Expert System) est un réseau vétérinaire sanitaire de certification et de notification basé sur internet sous la responsabilité de la...) de polio sur un squelette (Le squelette est une charpente animale rigide servant de support pour les muscles. Il est à la base de l'evolution des vertébrés. Celui ci leur a fourni un avantage sélectif conséquent suite au besoin d'un organisme...) datant de 3 400 ans avant J.-C.. Dans ce que la tradition impute à Hippocrate (Hippocrate le Grand ou Hippocrate de Cos (en grec : Ἱπποκράτης), né vers 460 av. J.-C dans l’île de Cos et...) d'abord et à Gallien ensuite, on trouve quelques mentions de paralysies qui peuvent évoquer la poliomyélite.

Si les médecins Michael Underwood en 1784 puis Giovanni Battista Monteggia en 1813, sont crédités des premières descriptions de la poliomyélite : affection caractérisée par une période fébrile (Terme médical (du latin febrilis, de febris signifiant fièvre) signifiant « accompagné de fièvre ».) de quelques jours (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début (par rapport à minuit heure locale) et sa...), suivie par une paralysie des jambes (symptômes parfois présentés par d'autres maladies comme la diphtérie), ce n'est qu'à partir des années 1860 que les médecins commencent à décrire les dommages spécifiques causés à la moelle épinière par la maladie, et cette dernière ne se voit baptisée de son nom scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui se consacre à l'étude d'un domaine avec la rigueur et les méthodes...) de « poliomyélite » – qui signifie « inflammation de la substance grise de la moelle épinière » – qu’en 1874 (l'expression poliomyelitis anterior acuta est d'Adolphe Kussmaul). Jusqu'alors les symptômes de la poliomyélite avaient été décrits successivement, au début du XIXe siècle, sous les noms de paralysie dentaire, paralysie spinale infantile, paralysie essentielle de l'enfant ( Barthez et Rilliet, 1851), paralysie régressive, myélite des cornes antérieures (Séguin), téphromyélite (du grec tephros, « cendre grise » ; Charcot 1872), paralysie regressive (Barlow) et paralysie du matin(West, 1843).

C'est à Jakob Heine que l'on doit la première description précise, quoiqu'incomplète, de la maladie exposée dans son ouvrage de 1840 Beobachtungen über Lähmungszustände der untern Extremitäten und deren Behandlung. Il n'introduit toutefois le terme de Spinale Kinderlähmung que dans la seconde édition publiée en 1860 sous le titre Spinale Kinderlähmung. Monograph. Cet orthopédiste allemand crée l'entité clinique qu'il distingue clairement de la paralysie cérébrale infantile, et de l'hémiplégie (L'hémiplégie est un défaut de commande volontaire complète ou partielle affectant une moitié du corps à la suite d'une lésion des...). Il émet l'hypothèse du caractère épidémique de la maladie et suggère la localisation des lésions dans la corne antérieure de la moelle épinière.

Cette dernière hypothèse, également émise par Guillaume (Guillaume est un prénom masculin d'origine germanique. Le nom vient de Wille, volonté et Helm, heaume, casque, protection.) Duchenne de Boulogne dans De l'Électrisation fut confirmée par les autopsies pratiquées par André Victor Cornil en 1863 et par son élève Jean-Martin Charcot en 1870 qui y trouvèrent effectivement des altérations histologiques. Il semble qu'avant Duchenne, la localisation des lésions dans les cornes antérieures étaient bien acceptées concernant les paralysies spinales de l'enfant ; l'originalité de Duchenne aura été de suggérer semblable localisation pour la paralysie spinale de l'adulte.

En 1885 le neurologue allemand Adolf Strümpell décrit une maladie - portant depuis son nom - qu'il prend alors pour une forme cérébrale de la poliomyélite.

À l'automne (L'automne est l'une des quatre saisons des zones tempérées. Elle se place entre l'été et l'hiver.) 1881, un médecin (Un médecin est un professionnel de la santé titulaire d'un diplôme de docteur en médecine. Il est chargé de soigner les maladies, pathologies, et blessures de ses patients. Son métier est...) suédois Nils August Bergenholtz diagnostique treize cas de poliomyélite antérieure aiguë (chez des enfants et deux adolescents) et en suggère le caractère épidémique. N'ayant pas été publiée, cette observation (L’observation est l’action de suivi attentif des phénomènes, sans volonté de les modifier, à l’aide de moyens d’enquête et d’étude...) est restée inaperçue de ses contemporains (et des historiens jusqu'à récemment).

En 1887, un pédiatre suédois expérimenté Karl Oskar Medin qui n'avait jusqu'alors rencontré que des cas isolés de poliomyélite eut à faire face d'un coup à 44 cas à la polyclinique de Stockholm. Ses observations attentives lui permirent d'établir que la paralysie qui définissait jusqu'alors la maladie, n'était en fait que la deuxième phase (Le mot phase peut avoir plusieurs significations, il employé dans plusieurs domaines et principalement en physique :) d'un processus signalé d'abord par de la fièvre (La fièvre est l'élévation de la température corporelle chez un être à sang chaud par dérèglement du « thermostat » central. Il s'agit...), des maux de tête et des malaises. Il établit aussi que la maladie pouvait se limiter à cette première phase. Enfin Medin fut aussi le premier à signaler le caractère épidémique de la maladie. Il publia ses travaux en 1890, année même où il acquit une reconnaissance internationale lors du 10e Congrès Médical International de Berlin.

Sur la base d'observations méthodiques faites pendant la vague (Une vague est un mouvement oscillatoire de la surface d'un océan, d'une mer ou d'un lac. Les vagues sont générées par le vent et ont une amplitude crête-à-crête allant de...) épidémique de 1905 en Suède (qui fit 1 031 victimes), c'est le docteur Ivar Wickman qui devait apporter des preuves épidémiologiques de la contagiosité signalée précédemment par Oskar Medin. Enquêtant sur plus de mille cas, visitant lui-même les domiciles de plus de 300 patients, cherchant auprès des médecins des informations précises sur les autres, il arriva (Arriva est un groupe privé britannique spécialisé dans le transport public de voyageurs. Il exploite des services de bus et de trains, principalement en Grande-Bretagne, mais aussi dans plusieurs pays d'Europe.) à la conclusion que la poliomyélite était souvent transmise par des personnes apparemment en bonne santé (La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité.) mais qui étaient tout de même affectées de façon mineure par la maladie, ce que Wickman lui-même appellera « poliomyélite abortive ». Sur ce point (Graphie) l'originalité de Wickman n'aura pas tant été de signaler ces cas bénins, que de souligner leur grande occurrence et leur rôle dans la propagation de la maladie. Par ailleurs, Wickman établit différents temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) d'incubation (L'incubation est la période pendant laquelle les ovules sont couvés, de manière à les maintenir au chaud et à permettre le développement de l'embryon.) de la maladie et en relève aussi la saisonnalité marquée. Il s'étonnera de ce que les malades n'étaient pas que des enfants : 21,4 % avaient plus de 14 ans. Enfin, c'est lui qui nomma la maladie maladie de Heine-Medin. Ses travaux conduisirent la Suède à rendre obligatoire la déclaration des cas de poliomyélite, tandis que l'épidémie de 1911-1913 donnant aux chercheurs l'occasion de confirmer ses travaux lui apportera une reconnaissance internationale.

La maîtrise (La maîtrise est un grade ou un diplôme universitaire correspondant au grade ou titre de « maître ». Il existe dans plusieurs pays et correspond à...) des souches virales

La preuve définitive du caractère infectieux de la maladie est toutefois apportée par Karl Landsteiner (Karl Landsteiner (14 juin 1868 à Vienne en Autriche - 26 juin 1943), était un biologiste et médecin autrichien. On lui doit le premier système de classement des groupes...) et Erwin Popper en 1908'. Landsteiner injecta un extrait de la moelle épinière d'un jeune garçon décédé de polio à des rats, des cobayes, des souris (Le terme souris est un nom vernaculaire ambigu qui peut désigner, pour les francophones, avant tout l’espèce commune Mus musculus, connue aussi comme animal...) ainsi qu'à deux singes (l'un Macaca mulatta, l'autre Papio hamadryas) : les singes - et seulement eux - furent rapidement paralysés, l'un des deux aux deux jambes ; à l'examen microscopique, leur moelle épinière présentait le même aspect que celle d'enfants décédés de polio.

Lors de ces expériences, Landsteiner et Popper ne réussirent toutefois pas à démontrer le caractère contagieux ; ils ne purent pas transmettre la maladie de singe (Un singe (du latin simius, pluriel Simia) est un animal faisant partie du groupe constitué par l'ordre des primates. Parmi les primates, il n'est pas simple de définir à partir de quelle espèce, le terme de...) à singe. Cela fut réalisé peu après en 1909 par plusieurs équipes : Römer, Flexner et Lewis, Leiner et von Wiesner, enfin Landsteiner et Levaditi (Landsteiner ayant rallié provisoirement l'Institut Pasteur (L’Institut Pasteur est une fondation française privée à but non lucratif qui se consacre à l'étude de la biologie, des microorganismes, des...) pour profiter de son animalerie). La nature de l'agent infectieux ne put être établie. Flexner et Lewis n'ayant pu mettre en évidence aucun agent bactérien, concluent qu'il doit s'agir de ce qui était alors appelé un virus filtrant (la nature bactérienne de l'agent a eu ses défenseurs au moins jusqu'en 1952'').Malgré ces découvertes, la grande presse continuera encore à affirmer pendant des années aux États-Unis que le germe (En botanique, un germe est un embryon de plante contenu dans une graine. Le terme désigne également une excroissance qui se développe depuis un...) de la polio n'avait pas encore été découvert.

Sur la base d'expériences pratiquées sur des singes par eux-mêmes, mais aussi par Leiner et Von Wiesner, Simon Flexner et P.A. Lewis avancent en 1910 que le poliovirus accède au système nerveux central le long des voies nerveuses à partir de la muqueuse (Les muqueuses (du latin mucus) sont des minces couches de tissus d'origine ectodermique constituées de cellules épithéliales, et de tissu conjonctif sous-jacent qui...) nasale. Une des raisons de cette conception erronée tient au fait que Flexner avait conduit ses expériences sur une des rares espèces de singes à ne pouvoir être infectée que par injections dans le système nerveux central. Par ailleurs - ainsi qu'on ne put le mettre en évidence qu'à la suite des découvertes d'Enders en 1949 - les expériences réitérées de Flexner conduisirent à une sélection des souches virales (MV strain ; mixed virus) qui ne purent plus se développer que sur des tissus d'origine nerveuse et n'induisant qu'une faible virémie. Cette conception d'un neurotropisme exclusif du poliovirus, ainsi que de son entrée par la voie nasale, dominante jusque dans les années 1930, occultera les résultats d'expériences qui ne rentraient pas dans son cadre explicatif.

C'est ce qui arriva aux travaux du Suédois Carl Kling (en collaboration avec Wilhelm Wernstedt et Alfred Pettersson) : prolongeant l'expérience de Lansteiner de 1909, il put montrer que l'injection (Le mot injection peut avoir plusieurs significations :) d'extraits de tissus de la gorge, du larynx (Le larynx est un organe situé au niveau de la gorge. Il est situé après la jonction du pharynx. Il est l'intermédiaire entre le pharynx et la trachée et abrite les cordes vocales. Il fait partie des voies aériennes...) ou des intestins provenant d'adolescents décédés de polio produisait également une paralysie chez les singes. Il en conclut que la contamination pouvait se faire par un virus présent dans la salive (La salive est un liquide biologique sécrété par les glandes salivaires, à l'intérieur de la bouche.) ou les intestins des personnes atteintes : c'est ce que l'on a appelé la théorie (Le mot théorie vient du mot grec theorein, qui signifie « contempler, observer, examiner ». Dans le langage courant, une théorie est une idée...) de la voie intestinale ou également, en anglais, "the oral-fecal route (Le mot « route » dérive du latin (via) rupta, littéralement « voie brisée », c'est-à-dire creusée dans la roche, pour ouvrir le chemin.)". Par ailleurs, Kling put confirmer de manière expérimentale ( En art, il s'agit d'approches de création basées sur une remise en question des dogmes dominants tant sur le plan formel, esthétique, que sur le plan culturel et politique. En science, il s'agit...) ce que Wickman avait conclut de ses observations, à savoir que des personnes ne présentant aucun symptôme (Un symptôme représente une des manifestations subjectives d'une maladie ou d'un processus pathologique, tel qu'exprimé par le patient....) pouvaient héberger le virus dans leur gorge ou leur intestin (L'intestin est la partie du système digestif qui s'étend de la sortie de l'estomac à l'anus. Chez les humains et la plupart des mammifères, il est divisé en deux parties appelées l'intestin grêle et le gros...). Quand Kling et son équipe présentèrent leurs travaux à une conférence à Washington en 1912, Flexner, directeur du Rockfeller Institute for Medical Research – alors le pôle principal de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue de produire et de développer les connaissances scientifiques. Par extension...) sur la polio – ne voulut leur accorder aucune crédibilité. Les chercheurs américains n'ayant pu aboutir aux résultats présentés par les Suédois après avoir repris leurs expériences, ils se détournèrent longtemps de la théorie de la voie intestinale. Il faudra attendre les travaux de Trask et de Paul de l'université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures)....) Yale et surtout ceux d'Albert Sabin et de Robert Ward en 1941 pour que s'impose définitivement l'importance de la voie intestinale ; toutefois dès les années 1920 en Suède, les vues de Flexner s'accommodaient de celles de Kling fût-ce de façon marginale].

Les travaux de Kling ont sans doute souffert d'arriver aux États-Unis au moment où les chercheurs américains - dans le sillage de Milton Rosenau et bientôt sous la pression (La pression est une notion physique fondamentale. On peut la voir comme une force rapportée à la surface sur laquelle elle s'applique.) des évènements de 1916) - étaient enclins à voir dans la mouche (Mouche est un nom vernaculaire ambigu en français. Le terme mouche (/muʃ/) provient du mot italien musca, qui désigne de nos jours principalement un genre (Musca)...) des étables (Stomoxys calcitrans) le vecteur (En mathématiques, un vecteur est un élément d'un espace vectoriel, ce qui permet d'effectuer des opérations d'addition et de multiplication par un...) de la maladie.

Au même moment Simon Flexner découvrit des "germicidals substances" (appelées aujourd'hui anticorps), ayant d'abord extrait du sang (Le sang est un tissu conjonctif liquide formé de populations cellulaires libres, dont le plasma est la substance fondamentale et est présent chez la plupart des animaux. Un humain adulte est doté d’environ 5...) de singes convalescents un sérum, puis en avoir injecté à d'autres singes en même temps que de la moelle infectée, il avait pu constater que ses sujets d'expérience ne manifestaient aucune paralysie. Arnold Netter avait fait une découverte semblable en 1909-1910 avec Constantin Levaditi. En 1915 il s'implique dans la promotion de ce sérum (issu de convalescents, humains ou simiens) qui fut largement utilisé lors de la sérieuse épidémie de 1916 aux États-Unis. Faute tant d'évaluations que de traitements alternatifs cette sérothérapie fut utilisée jusqu'en 1935 aux USA, jusqu'en 1940 au Canada.

Entre 1928 et 1931 Pierre Lépine démontre la survivance du virus de la poliomyélite dans les milieux extérieurs et, en particulier dans l'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.), la transmission du virus par la voie digestive au singe, l'action du chlore (Le chlore est un élément chimique de la famille des halogènes, de symbole Cl, et de numéro atomique 17.) sur le virus. En 1929 dans le cadre de l’Office international d’hygiène publique, Carl Kling et Constantin Levaditi montrent sur la base d'études épidémiologiques menées en Saxe et en Roumanie, que la majorité des cas de polio ont lieu dans le voisinage (La notion de voisinage correspond à une approche axiomatique équivalente à celle de la topologie. La topologie traite plus naturellement les notions...) de cours d'eaux : c'est l’hypothèse hydrique.

En 1931 comparant la souche Rockefeller MV avec une souche locale isolée à Melbourne, Sir Frank Macfarlane Burnet et Dame Jean MacNamara montrent qu'il existe au moins deux souches de virus (article publié en 1931 dans the British Journal of Experimental Pathology). Provenant de chercheurs inconnus situés sur un continent éloigné, ces résultats furent accueillis avec beaucoup de scepticisme. Leur importance ne fut vraiment reconnue que plus tard par Hammon, Francis et Rivers, à la lumière (La lumière est l'ensemble des ondes électromagnétiques visibles par l'œil humain, c'est-à-dire comprises dans des longueurs...) de l'échec des vaccins de 1935.

Dans les années 1934-35 apparurent deux vaccins américains rivaux et indépendants : l’un de type « inactivé » mis au point par le docteur Maurice Brodie, l’autre étant une version « atténuée » élaborée par le docteur John Kolmer. Malheureusement, leur utilisation à la hâte dans certaines parties des États-Unis se révéla inefficace, voire, dans certains cas, fatale. Pendant les vingt années qui suivirent cette expérience infructueuse, les chercheurs hésitèrent à se lancer dans un autre vaccin. C'est à cette période que le Docteur Claus W. Jungeblut proposa un traitement préventif et curatif par la vitamine C (La vitamine C est une vitamine hydrosoluble sensible à la chaleur et à la lumière.). Albert Sabin – déjà une autorité à l'époque – ne put obtenir les mêmes résultats ; le Docteur Fred R. Klenner proposera de nouveau cette approche en 1948 mais ne sera pas suivi. De la même façon, à la même époque, divers traitements par instillation nasale furent proposés et évalués, pour finir par être rejetés une fois leur inefficacité et leur nocivité établies.

En 1939 Charles Armstrong réussit à multiplier la souche Lansing dans le corps de souris, ce qui allait faciliter la recherche. Max Theiler, mais aussi Maurice Brodie semblent y être parvenus précédemment sans que cela ne soit relevé à l'époque.

En 1941 une équipe de l'Hôpital (Un hôpital est un lieu destiné à prendre en charge des personnes atteintes de pathologies et des traumatismes trop complexes pour pouvoir être traités à...) Johns Hopkins de Baltimore précisa le cycle du virus dans le corps humain (Le corps humain est la structure physique d'une personne.). Ils montrèrent notamment que le virus devait pénétrer dans le sang avant de pouvoir accéder à la moelle épinière. Cette découverte ouvrait des perspectives pour un futur vaccin : si l'on arrivait à induire des anticorps dans le sang, alors le virus pourrait être neutralisé avant de provoquer des atteintes bulbaires.

En 1945 on pouvait encore s'interroger sur l'éventualité de réservoirs animaux du virus autres que les singes, par exemple les chiens'.

En 1946, Thomas Francis, dûment interrogé sur ce point, rappelle que les populations afro-américaines ne sont pas moins exposées à la poliomyélite ainsi que l'opinion commune semblait le croire'.

En 1949, au moment même où deux spécialistes éminents de la polio, Sir MacFarland Burnet et William Hammon, expriment leur pessimisme quant aux perspectives de contrôle (Le mot contrôle peut avoir plusieurs sens. Il peut être employé comme synonyme d'examen, de vérification et de maîtrise.) de la maladie, trois Américains font une découverte majeure. Dans un article paru dans la revue Science du 28 janvier 1949, Enders, Weller et Robbins, font savoir qu'ils sont parvenus à cultiver le virus poliomyélitique - souche Lansing - sur des cellules embryonnaires humaines, sur des prépuces, des reins humains puis des reins de singes'. Cette découverte – dont l'importance ne fut pas immédiatement perçue par tous les chercheurs – allait rapidement donner un nouvel élan à la recherche. Dorénavant les chercheurs purent disposer de grandes quantités de virus à moindre frais : jusqu'alors, en dépit de la découverte d'Armstrong d'une part, et de la publication de Sabin et Olitsky de 1936 de l'autre, le virus n'était multiplié qu'in vivo, et sur des singes (Constantin Levaditi avait pourtant montré dès 1913 qu'il était possible de cultiver le virus sur des cellules d'origine non nerveuses). Dans l'éventualité de la mise au point d'un vaccin c'était aussi une garantie de sécurité. On connaissait en effet les risques de paralysie et de mort (La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre (même si on a pu parler de la mort dans un sens cosmique plus...) (0,4 % des inoculés) attachés au vaccin antirabique de Pasteur et qui résultaient d'une réaction immunitaire à l'injection de myéline (La myéline est une substance constituée principalement de lipides (sphingomyéline) dont les couches alternent avec des couches de protides, elles forment...) contenue dans le vaccin : en cultivant le virus destiné au vaccin sur des cellules autres que d'origine nerveuse on pourrait s'affranchir de ce risque. Dans le cadre de ces travaux, Enders, Weller et Robbins découvrirent aussi un moyen rapide et peu cher de détection du virus (jusqu'alors la présence du virus n'était avérée que lorsqu'un singe avait été paralysé suite à une injection). Ces découvertes leur valurent le prix Nobel de médecine (La médecine (du latin medicus, « qui guérit ») est la science et la pratique (l'art) étudiant l'organisation du corps humain...) en 1954'. Peu de temps après, en 1952, les laboratoires Lederle firent savoir que deux de leurs équipes avaient réussi à cultiver un des virus de la poliomyélite (souche MEFI) sur des embryons de poulet (Un poulet est une jeune volaille, mâle ou femelle, de la sous-espèce Gallus gallus domesticus, élevé pour sa chair.).

En 1949 toujours, Bodian et Morgan établissent que quatorze souches différentes de poliovirus se ramènent à trois sérotypes (en 1951 un comité de la National Foundation for infantile Paralysis précisera que toutes les souches se regroupent bien en trois sérotypes, et seulement en trois).

En 1950, William Hammon (Université de Pittsburgh) parvint à purifier des gamma globulines à partir du plasma sanguin (Le plasma sanguin est le composant liquide du sang, dans lequel les cellules sanguines sont en suspension. Il constitue 55 % du volume total du sang.) des patients ayant guéri de la poliomyélite. Hammon proposa l'injection de sérum anti-polio pour prévenir la maladie et réduire la sévérité des symptômes chez les patients atteints. Un grand essai clinique (Un essai clinique est une étude scientifique réalisée en thérapeutique médicale humaine pour évaluer l'innocuité et l'efficacité d'une méthode diagnostique ou d'un...) donna des résultats encourageants, laissant supposer que les gamma globulines anti-poliomyélitiques pouvaient prévenir la survenue d'une poliomyélite paralytique dans environ 80 % des cas. Cependant l'immunisation passive par sérothérapie s'avéra impossible à mettre en œuvre à grande échelle (La grande échelle, aussi appelée échelle aérienne ou auto échelle, est un véhicule utilisé par les sapeurs-pompiers, et qui emporte...), principalement en raison de la quantité (La quantité est un terme générique de la métrologie (compte, montant) ; un scalaire, vecteur, nombre d’objets ou d’une autre manière de dénommer la valeur d’une collection ou un groupe de...) insuffisante de sérum disponible. La recherche se détourna de cette stratégie (La stratégie - du grec stratos qui signifie « armée » et ageîn qui signifie « conduire » - est :) et se focalisa sur la mise au point du vaccin.

Dans le même temps, William Haast et Murray Sanders – financés par la March of Dimes – élaborèrent un traitement à base de venin (Le venin est une substance toxique qui est un mélange complexe de substances chimiques variées, surtout des enzymes qui servaient à l'origine à faciliter la digestion des proies. Plus ces...) de cobra (Le nom Cobra (/kɔbʁa/) désigne plusieurs espèces de serpent venimeux, notamment du genre Naja ou encore plus communément, une...), qui tomba dans l'oubli suite aux découvertes de Salk et Sabin.

L'ère des vaccins

En 1948, le Dr Isabel M. Morgan Mountain de la Johns Hopkins University démontra sur des singes l'efficacité d'un vaccin inactivé, ce qui eut une grande importance théorique : à l'époque le consensus scientifique voulait que, pour ce qui était de la poliomyélite, seul un vaccin vivant était capable de conférer une immunité. On doit rappeler ici que Jonas (JOnAS est un serveur d'application open-source (licence LGPL) multi-systèmes d'exploitation, et multi bases de données, permettant de bâtir aisément des services applicatifs métier. Il est adapté aux applications...) Salk fut à cette époque le collaborateur de Thomas Francis Jr. qui mit au point le premier vaccin contre la grippe (La grippe (ou influenza) est une maladie infectieuse fréquente et contagieuse causée par trois virus à ARN de la famille des Orthomyxoviridae...) – un vaccin vivant inactivé – en 1944.

Le 17 et 27 février 1950, Hilary Koprowski, assisté du Dr Jervis et de Mr Norton, inocule avec succès un vaccin vivant atténué (souche TN) à quelques enfants handicapés (après avoir obtenu une autorisation des parents,mais pas de ses autorités de tutelle)''. Koprowsky fait part de ses travaux à une réunion de la Foundation for infantile Paralysis en 1951 à Hershey.Cet essai vaccinal sur des êtres humains suscita un grand scandale aux États-Unis ; Koprowski s'aliéna ce faisant tout soutient des autorités gouvernementales qu'il dut alors chercher auprès du secteur privé .Sur le territoire (La notion de territoire a pris une importance croissante en géographie et notamment en géographie humaine et politique, même si ce concept est utilisé par d'autres sciences...) américain, il poursuivit ses essais en 1952, en 1953, en 1954 et en 1955 .

En 1952 Dorothy Hortsmann de l'université Yale arriva enfin à mettre en évidence la présence du virus dans le sang (ce que confirmera David Bodian à Johns Hopkins Hospital).

Le 21 octobre 1952, le docteur Howard Howe de la Johns Hopkins University fait état d'un essai de vaccin trivalent à virus inactivé au formaldéhyde pratiqué sur six enfants handicapés (cinq autres enfants servant de contrôle). Les enfants ne furent pas soumis au virus : on mesura leur taux d'anticorps suite à l'inoculation des souches vaccinales'''.

Fin 1952, utilisant le milieu 199 de Hanks fourni (Les Foúrnoi Korséon (Grec: Φούρνοι Κορσέων) appelés plus...) par Connaught et après se l'être injecté à lui-même et à sa famille, Salk administra le vaccin aux résidents d’une institution pour enfants infirmes, le D.T. Watson Home for Crippled Children. Il conduisit un autre essai à la Polk State School en Pennsylvanie. À l'automne 1953, Salk avait testé son vaccin sur 637 personnes dans la région de Pittsburg. En 1953 Salk publie les résultats de ces essais, ce qui lui vaut immédiatement une renommée nationale' et des critiques : on craint que l'adjuvant (Un adjuvant est quelque chose ou quelqu'un qui aide à l'accomplissement d'un processus.) utilisé – une huile (L'huile est un terme générique désignant des matières grasses qui sont à l'état liquide à température ambiante et qui ne se mélangent pas...) minérale – ne soit cancérigène : il passe à une solution aqueuse.

La Fondation nationale pour la paralysie infantile demanda aux laboratoires de lui fournir la quantité de fluide (Un fluide est un milieu matériel parfaitement déformable. On regroupe sous cette appellation les gaz qui sont l'exemple des fluides compressibles, et les liquides, qui sont des fluides peu...) viral nécessaire pour conduire un essai sur le terrain en double aveugle sans précédent aux États-Unis, qui devait commencer le 26 avril 1954. L’essai fut l’une des plus vastes expériences médicales de l’histoire. Il impliquait le suivi détaillé de près de 1 800 000 enfants de 5 à 8 ans qui, ayant reçu soit le Milieu 199 comme placebo soit le vrai vaccin, devaient être observés pour voir s’ils contractaient ou non la polio. Le 12 avril 1955, l'annonce du succès de l'expérience fut un énorme événement médiatique. Les fabricants américains lancèrent en hâte leur vaccin pour répondre à la demande. Cela se fit dans le cadre de la Poliomyelitis Vaccination Assistance Act.

Le 25 avril 1955, c'est le Cutter incident : on découvrit les premiers de 205 cas de polio dus au vaccin produit par les laboratoires Cutter, en Californie ; 79 étaient des enfants vaccinés, et les autres s’étaient trouvés en contact avec ces derniers. Les trois-quart des malades furent atteints de paralysie et onze périrent. Le 27 avril, le Médecin Général américain fit retirer tous les vaccins de Cutter du marché et le 8 mai, après le lancement d'une vaste enquête, tout le programme de vaccination aux États-Unis qui fut interrompu. Au total ( Total est la qualité de ce qui est complet, sans exception. D'un point de vue comptable, un total est le résultat d'une addition, c'est-à-dire une somme....), cette première campagne de vaccination massive (Le mot massif peut être employé comme :) aura été marquée par la fourniture d'un important lot défectueux (virus vivant non atténué) aboutissant à près de 220 000 contaminations dont 70 000 malades, 164 paralysies sévères et dix décès.

En 1956 Sabin inocule son vaccin à 9 000 singes (macaques ?), 150 chimpanzés et 133 jeunes adultes dans une prison de l'Ohio. La même année, George Dick - connu pour avoir travaillé sur le vaccin atténué contre la fièvre jaune (La fièvre jaune, parfois appelée vomi noir (vomito negro) ou peste américaine, est une maladie virale aiguë. C'est une arbovirose zoonotique des grands singes de la forêt...) - invite H. Koprowski à conduire un vaste essai en Irlande. George Dick interrompra l'essai après avoir constaté que la souche vaccinale atténuée avait pu regagner de sa virulence (La virulence désigne le caractère pathogène, nocif et violent d'un micro-organisme (bactérie ou champignon). La virulence d'un pathogène létal est facilement mesurable mais celle des pathogènes à...).

En 1957, Salk et Pierre Lépine publient à quelques semaines d'intervalle les résultats de leurs travaux. Les deux vaccins diffèrent par les souches employées. Pour prévenir tout risque d'infection, Lépine a procédé à une double inactivation du virus, d'abord par le formol, puis par adjonction de béta-propiolactone.

En juillet 1957, l'OMS appelle à l'organisation (Une organisation est) d'essais à grande échelle pour les vaccins atténués qui respecteraient six critères de sécurité. C'est dans le prolongement de cette déclaration que le vaccin oral d'Albert Sabin fut testé à partir de 1957 sous l'égide de l'OMS en dehors des USA sur 80 millions de personnes (Russie, Hollande, Mexique, Chili, Suède et Japon). Le 18 août 1958, H. Koprowsky débute une vaste campagne de vaccination, avec le vaccin oral CHAT (Le chat domestique (Felis silvestris catus) est un mammifère carnivore de la famille des félidés. Il est l’un des principaux animaux de compagnie et compte aujourd’hui...), au Congo belge, qui se prolongera jusqu'en 1960''.De 1958 à 1960, il vaccinera également 40,000 enfants en Allemagne et plus de sept millions en Pologne ( CHAT (sérotype 1)et/ou W-Fox(sérotype 3)) ; de 1960 à 1961 des essais ont lieu en Suisse ; et en 1961 en Croatie.Les essais conduits par Cox en Floride et à Berlin montrant que des souches vaccinales redevenaient virulentes, les laboratoires Lederle abandonnèrent les recherches avec les souches utilisées par Cox..

En 1959, le comité spécial crée un an auparavant par le National Institutes of Health afin d'évaluer les souches destinées au vaccin oral établit la supériorité de celles de Sabin sur celles de Koprowski et de Cox (et sur celles cultivées à l'université Yale). Cela conduira le Surgeon General à en recommander l'usage (L’usage est l'action de se servir de quelque chose.).


Le 24 avril 1960 c'est le Sabin Sunday : premier test massif (Le mot massif peut être employé comme :) du vaccin Sabin aux États-Unis. Le vaccin oral monovalent de type 1 (MOPV1) et celui de type 2 (MOPV2) obtinrent leur agrément en 1961 aux USA, le MOPV3 l'obtint en 1962.

En mai 1962 le Congrès américain examine un projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a priori à l’identique, nécessitant le concours et l’intégration...) gouvernemental visant à édifier le cadre de futures campagnes de vaccinations massives (US Congressional Hearings HR10541). À l'occasion des multiples auditions menées à cet effet, le Congrès prend connaissance notamment de la position critique du Pr.Bernard Greenberg. Ce dernier signale l'existence de différents biais statistiques (La statistique est à la fois une science formelle, une méthode et une technique. Elle comprend la collecte, l'analyse, l'interprétation de données ainsi que la présentation de ces ressources afin de les rendre...) ayant conduit à surestimer l'effet des premières vaccinations antipolio – avec le vaccin Salk – qu'il juge (Le juge peut être un professionnel du droit, désigné ou élu pour exercer son office. Il peut également être un simple citoyen appelé temporairement à rendre la justice : c'est notamment le cas des personnes...) responsables au contraire d'une augmentation des cas de polio. La loi est finalement adoptée la même année sous le nom de Vaccination Assistance Act PL 87-868 : elle débloque des fonds fédéraux pour l'achat de vaccins et pour l'établissement de statistiques.

En 1963 le vaccin oral Sabin trivalent (tOPV) obtient son autorisation.Suite à l'agrément du vaccin Sabin, le recours au vaccin Salk diminua rapidement pour ne représenter que 2% des vaccins polio utilisés annuellement aux USA.

La vaccination devient obligatoire et par conséquent gratuite en France en 1964. Elle avait précédemment été introduite dans le calendrier (Un calendrier est un système de repérage des dates en fonction du temps. Ces systèmes ont été inventés par les hommes pour mesurer, diviser et organiser le temps sur de longues durées. Initialement conçus pour être en accord avec les...) vaccinal français en 1958 (Salk), puis en 1962 (Sabin).

Une épidémie est enrayée aux États-Unis en 1965. Le taux de nouvelles contaminations est tombé à 1 pour 10 millions de personnes.

Fin 1987 le "vaccin Salk amélioré" ,"enhanced potency IPV" obtient son autorisation aux USA ( il avait été mis au point en 1978 ; procédé : culture (La définition que donne l'UNESCO de la culture est la suivante [1] :) sur cellules diploïdes humaines ; laboratoires Connaugh ).

En 1997 l'Advisory Committee on Immunization Practices recommande l'usage du vaccin inactivé pour les deux premières injections, les deux autres étant pratiquées avec un vaccin oral . Le 17 juin 1999 l'ACIP ne recommande plus que le seul vaccin inactivé.

Le 11 septembre 2000 la Royal Society de Londres (Londres (en anglais : London - /?l?nd?n/) est la capitale ainsi que la plus grande ville d'Angleterre et du Royaume-Uni. Fondée il y a plus de 2 000 ans par les Romains, la ville est...) invalide l'hypothèse de Edward Hooper postulant l'origine du sida dans les campagnes de vaccination antipolio menées par Koprowsky au Congo Belge à la fin des années 1950'.

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