CSS Virginia
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Le CSS Virginia, ex-Merrimack.
Le CSS Virginia, ex-Merrimack.

Le cuirassé CSS[1] Virginia[2], alias Merrimac ou Merrimack, est un navire (Un navire est un bateau destiné à la navigation maritime, c'est-à-dire prévu pour naviguer au-delà de la limite où cessent de...) de la Guerre de Sécession. C'est le premier cuirassé mis en œuvre par la Marine des États Confédérés d'Amérique (L’Amérique est un continent séparé, à l'ouest, de l'Asie et l'Océanie par le détroit de Béring et l'océan Pacifique; et à l'est, de...), les Sudistes.

Malgré sa brève existence, sa célébrité viendra pour avoir pris part au premier combat de l'Histoire mettant aux prises des navires cuirassés sans mâture, à Hampton Roads.

Contexte (Le contexte d'un évènement inclut les circonstances et conditions qui l'entourent; le contexte d'un mot, d'une phrase ou d'un texte inclut les mots qui l'entourent. Le concept de...) historique en 1861

La guerre de Sécession a commencé le 12 avril 1861. La Première bataille de Bull (Bull est une société française spécialisée dans l'informatique professionnelle.) Run assure la tranquillité du Sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.) pour un temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.).

Toutefois, le Sud n'a pas de marine. Son économie agricole est pourtant axée sur l'exportation de coton vers l'industrie des grandes puissances économiques d'Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un continent à part entière, mais aussi comme l’extrémité occidentale du continent eurasiatique, voire...) occidentale, la France et surtout le Royaume-Uni. Il a donc besoin (Les besoins se situent au niveau de l'interaction entre l'individu et l'environnement. Il est souvent fait un classement des besoins humains en trois grandes...) d'en créer une rapidement pour battre en brèche ( La Brêche ou Brèche est une rivière française située dans le département de l'Oise. La brèche est une roche. La Brèche est la place centrale de la ville de Niort ) le blocus maritime instauré par la flotte des Etats-Unis et prévenir son économie de l'asphyxie (L'asphyxie est un terme médical signifiant l'arrêt plus ou moins long de la circulation d'oxygène dans le corps. L'asphyxie de l'humain est une...).

Historique de la coque

Le Merrimack d'origine

La frégate Merrimack d'origine
La frégate Merrimack d'origine

La frégate Merrimack est l'une des six frégates à vapeur () dont la construction est autorisée par le Congrès des États-Unis en 1854. Ce trois-mâts (Un trois-mâts est un navire à voile comportant trois mâts. Il s'agit du gréement courant pour les navires avant l'arrivée de la propulsion à la vapeur.) de 3 500 tonnes et 40 canons, est lancé le 15 juin 1855 à Boston[3]. Son nom vient d'une rivière (En hydrographie, une rivière est un cours d'eau qui s'écoule sous l'effet de la gravité et qui se jette dans une autre rivière ou dans un fleuve, contrairement au...) du New-Hampshire qui se jette dans l'Atlantique au terme d'un trajet de 300 kilomètres (Le mètre (symbole m, du grec metron, mesure) est l'unité de base de longueur du Système international. Il est défini comme la distance parcourue par la lumière dans le vide en...) environ.

Cette frégate avance à la voile et est aussi équipée d'une hélice (Hélice est issu d'un mot grec helix signifiant « spirale ». Un objet en forme d'hélice est dit hélicoïdal.) comme force (Le mot force peut désigner un pouvoir mécanique sur les choses, et aussi, métaphoriquement, un pouvoir de la volonté ou encore une vertu morale « cardinale » équivalent au courage (cf. les...) propulsive d'appoint. Mais sa machine à vapeur (La machine à vapeur est une invention,dont les évolutions les plus significatives datent du XVIIIe siècle. C'est un moteur thermique à combustion externe, il transforme...) sera source de problèmes à répétition. Son armement est de quarante canons, répartis en vingt-quatre canons de 9 pouces Dahlgren, deux de 10 pouces et quatorze de 8 pouces.

Au déclenchement des hostilités, la frégate[4] Merrimack est en réparation à l'arsenal de Gosport, près de Norfolk en Virginie. Ses machines à vapeur, qui n'ont jamais donné satisfaction, ont besoin d'une révision complète et ont été démontées.

Le 17 avril 1861, à l'approche des troupes rebelles, ses machines sont remontées en urgence mais sa tentative d'appareillage tourne court, les sudistes ayant sabordé des embarcations en aval de l'arsenal, bloquant ainsi le passage. Les nordistes évacuent la région. En partant, dans la nuit du samedi 20 avril, ils mettent le feu (Le feu est la production d'une flamme par une réaction chimique exothermique d'oxydation appelée combustion.) à l'arsenal ainsi qu'aux navires restants[5] dont le Merrimack. La mâture et les superstructures de la frégate brûlent mais elle coule avant que le reste de sa coque ne soit ravagé.

Récupération

La frégate Merrimack en flammes
La frégate Merrimack en flammes

Il semble plus rapide aux sudistes, pour créer leur marine, de partir de navires déjà existants plutôt que de construire totalement de nouvelles unités : ainsi, la valeur du Merrimack renfloué est estimé à $250 000 ; sa remise en état comme frégate, à $450 000 au moins. La transformation en cuirassé était, elle, estimée à $172 523[6]. Ceci explique l'intérêt porté à l'épave du Merrimack.

Une société privée locale, moyennant $6 000, effectue le renflouage de l'épave qui avait coulé dans l'Elizabeth River, en eaux peu profondes, et la transporte, le 24 mai 1861, dans la cale sèche de l'arsenal que les nordistes ont négligé de saboter.

Le bateau (Un bateau est une construction humaine capable de flotter sur l'eau et de s'y déplacer, dirigé ou non par ses occupants. Il répond aux besoins du transport...) est remis en état, modifié, et réceptionné le 17 février 1862 par la Marine de la Confédération sous le nom de Virginia[7]. Mais son nouveau nom sera tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) bonnement ignoré par les nordistes qui feront toujours référence au Merrimack. Même les sudistes utiliseront fréquemment le nom d'origine.

Transformation

Le Merrimack d'origine était un voilier (Un voilier (ou bateau à voiles, navire à voiles) est un bateau ou navire propulsé par la force du vent. Historiquement, les voiliers ont été le premier moyen de transport à moyenne et longue...). Il va devenir un monstre cuirassé uniquement propulsé à la vapeur, sans le moindre mât (Le mât est un espar vertical (mis à part le beaupré) servant à soutenir les voiles sur un bateau à voiles. De manière générale, c'est un pylône...) ni la moindre voile. La Confédération n'a pas les ressources disponibles pour construire la marine souhaitée. Il faut faire au mieux avec ce qu'il y a. C'est pourquoi l'épave sera récupérerée.

Allure générale

Une grange flottante, lit-on généralement dans les relations faites par les témoins, dont seul le toit (Le toit est la structure couvrant la partie supérieure d'un édifice, permettant principalement de protéger son intérieur contre les intempéries et...) émerge. Sa longueur (La longueur d’un objet est la distance entre ses deux extrémités les plus éloignées. Lorsque l’objet est filiforme ou en...) est de 275 pieds (83,8 m) et sa largeur (La largeur d’un objet représente sa dimension perpendiculaire à sa longueur, soit la mesure la plus étroite de sa face. En géométrie...) 38 pieds 6 pouces (11,6 m). La casemate (La casemate désigne un local d'une fortification ou d'un fort qui est à l'épreuve des tirs ennemis, souvent partiellement enterré. On peut classer les casemates en deux...) fait 178 pieds de long (54 m) ; sa hauteur (La hauteur a plusieurs significations suivant le domaine abordé.) est de 7 pieds (2,1 m). Le tirant d'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.) atteint 23 pieds (près de 7 mètres), plus du double de celui du Monitor, son futur adversaire. Son déplacement ( En géométrie, un déplacement est une similitude qui conserve les distances et les angles orientés. En psychanalyse, le déplacement est...) est quatre fois celui du Monitor.

Le nouveau cuirassé présente maintenant un décalage avec les ponts d'origine. Le pont (Un pont est une construction qui permet de franchir une dépression ou un obstacle (cours d'eau, voie de communication, vallée, etc.) en passant par-dessus cette...) principal est devenu le toit de la casemate. Le pont batterie est le pont principal. En dessous, on retrouve un pont inférieur puis la cale. On passe d'un pont à l'autre par l'intermédiaire d'escaliers placés au centre du navire, suffisamment larges pour que deux hommes puissent s'y croiser.

Le pont inférieur présente, à l'avant, les cabines des officiers. Par manque de temps, elles ne sont constituées que de cloisons en toile, démontées, selon l'usage (L’usage est l'action de se servir de quelque chose.), lors du branle-bas de combat. Celle du capitaine reste et sert alors de poste de soins. Les quartiers dévolus à l'équipage se trouvent donc maintenant au dessous du niveau de l'eau, et sont particulièrement insalubres, par l'humidité (L'humidité est la présence d'eau ou de vapeur d'eau dans l'air ou dans une substance (linge, pain, produit chimique, etc.).) constante qui y règne, aggravée par la chaleur (Dans le langage courant, les mots chaleur et température ont souvent un sens équivalent : Quelle chaleur !) que diffusent les chaudières. L'avant de la cale abrite la soute (Une soute est la partie d'un bateau aménagée dans l'entrepont ou la cale où l'on entrepose le matériel ou les provisions et les vivres.) à charbon. Derrière, on trouve les chaudières, sur leur socle de briques.

Alors que le navire est quasiment terminé, on découvre une erreur de calcul : le Merrimack est beaucoup plus haut sur l'eau que prévu. En conséquence, la proue (La proue est le nom donné à la partie avant d'un bateau ; le terme est aujourd'hui délaissé en faveur d'étrave, qui reste plus technique.) dépasse hors de l'eau; mais cette proue n'est pas cuirassée. Elle ne l'avait pas été puisque les plans prévoyaient que la proue serait submergée. En conséquence, il faut l'alourdir de plusieurs tonnes de gueuses de fonte.

Cuirasse

Les sudistes vont construire une casemate de 178 pieds de long et 7 de hauteur. Sa forme est globalement celle d'une baignoire retournée. Sur une structure en poutres de pin (Pin désigne :) et de chêne (Le chêne est le nom vernaculaire de nombreuses espèces d'arbres et d'arbustes appartenant au genre Quercus, et à certains genres apparentés, notamment Cyclobalanopsis et Lithocarpus de la famille des...), de deux pieds d'épaisseur (61 cm), vont être posées deux couches superposées de plaques de tôle de fer (Le fer est un élément chimique, de symbole Fe et de numéro atomique 26. C'est le métal de transition et le matériau ferromagnétique le plus courant dans la vie...).

Déjà un problème; seule la fonderie (La fonderie est l'un des procédés de formage des métaux qui consiste à couler un métal ou un alliage liquide dans un moule pour reproduire, après refroidissement, une...) de Tredegar, près de la capitale (Une capitale (du latin caput, capitis, tête) est une ville où siègent les pouvoirs, ou une ville ayant une prééminence dans un domaine social, culturel, économique ou sportif, dans ce cas on parle aussi de...) du Sud, Richmond, est capable de fournir les plaques de blindage nécessaires. Mais elle ne peut fournir que des plaques de 1 pouce d'épaisseur, ses machines n'étant pas réglées pour une épaisseur supérieure. Les flancs de la casemate sont inclinés d'environ 35 degrés pour dévier plus facilement les projectiles l'atteignant.

Mais un essai est fait pour apprécier la résistance du blindage proposé par la fonderie. Le lieutenant Catesby ap Roger Jones[8] fait construire la réplique d'une portion de la casemate. Il la recouvre de trois plaques de blindage de un pouce, superposées. Il tire alors dessus avec un canon[9] distant de 327 yards (299 m). Le coup perce le blindage, pénétrant la structure. Il recommence avec deux plaques mais de deux pouces d'épaisseur, et un canon plus puissant[10]. Cette fois, seule la première couche est traversée. La seconde ( Seconde est le féminin de l'adjectif second, qui vient immédiatement après le premier ou qui s'ajoute à quelque chose de nature identique. La seconde est une unité de mesure du temps. La seconde d'arc est...) est fissurée mais la structure reste intacte.

En conséquence, la fonderie de Tredegar reçoit l'ordre de fournir des plaques de 2 pouces et va fonctionner à la limite de ses capacités 7 jours sur 7 jusqu'en février 1862 pour fournir les plaques. Celles-ci feront 10 pieds de long ( 3, 05 m) sur 6 pouces de large (15 cm). Leur épaisseur sera de 2 pouces, le maximum possible pour Tredegar. La fonderie en fournira 725 tonnes, qui lui seront payées $123 615.

La première couche du blindage est faite de plaques horizontales sur laquelle seront placées verticalement celles de la seconde. Les deux extrémités de la casemate étant arrondies, seront difficilement réalisées, Tredegar manquant de presses hydrauliques capables de préformer les plaques. Le blindage descend bas sur les flancs, 3 pieds sous le niveau de l'eau, protégeant totalement la coque.

Le toit de la casemate n'est pas blindé. Sur les flancs sont percés quatre ouvertures pour les canons. Ces ouvertures sont protégées par des mantelets qu'une chaîne (Le mot chaîne peut avoir plusieurs significations :) permet de relever sur le côté pour pouvoir tirer. Les deux extrémités arrondies de la casemate sont percées de trois embrasures, pour permettre à un canon monté sur pivot de tirer dans différentes directions. En supplément, la cuirasse est couverte d'une bonne couche de graisse (La graisse est un corps gras se présentant à l'état solide à température ordinaire. Le terme s'oppose aux huiles qui se présentent...) pour l'empêcher de rouiller, mais aussi dans l'espoir de mieux faire ricocher les projectiles l'atteignant.

Machines

On distingue l'éperon à l'avant
On distingue l'éperon à l'avant

Les confédérés n'ont pas le choix : faute d'avoir la capacité de construire rapidement de nouvelles machines pour leur navire, il faut remettre en état celles d'origine. Déjà sources de nombreux problèmes, celles-ci n'ont pas été arrangées par le naufrage. Officiellement, elles étaient capables de donner douze nœuds ; en réalité, le Virginia en atteindra péniblement quatre.

Les machines sont d'origine. Ce sont elles qui avaient justifié son immobilisation pour être remplacées. Mais le Sud, incapable de construire de nouvelles machines ou d'en trouver d'autres, ne pouvait faire autrement que de les remettre en état. Elles se composent de quatre chaudières alimentant deux moteurs (Un moteur est un dispositif transformant une énergie non-mécanique (éolienne, chimique, électrique, thermique par exemple) en une énergie mécanique ou travail.[réf. nécessaire]) à vapeur. La puissance (Le mot puissance est employé dans plusieurs domaines avec une signification particulière :) donnée (Dans les technologies de l'information, une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction, d'un événement, etc.) est de 972 chevaux-vapeur. Le bon fonctionnement des chaudières dépend du tirage : pour cela le rôle de la cheminée (Une cheminée (lat. caminus) est un conduit vertical aménagé dans un bâtiment, (un véhicule), pour évacuer les gaz et fumées toxiques d'un feu brûlant dans son...) est primordial.

L'hélice en bronze (Le bronze est le nom générique des alliages de cuivre et d'étain. Le terme airain désigne aussi le bronze, mais est plutôt employé en poésie et dans les textes littéraires,...) est à deux pales. Contrairement au Monitor, elle n'est pas protégée, tout comme le gouvernail (Le gouvernail est une partie mobile d'un bateau, ou d'un avion.). Pour alimenter les chaudières, le Merrimack embarque 150 tonnes de charbon. Comme il n'y a pas de réserves disponibles à l'Arsenal de Gosport, il faudra chercher tout le charbon disponible dans la région. La cale à charbon est située à l'avant du navire. Ce détail aura son importance lors du combat avec le Monitor. Sa consommation, sous sa première apparence, était donnée pour 2 800 livres de charbon à l'heure (L'heure est une unité de mesure  :). On peut estimer sans crainte qu'elle sera bien plus importante désormais.

Éperon

Le Merrimack est aussi doté à la proue d'un éperon en fer, d'un poids (Le poids est la force de pesanteur, d'origine gravitationnelle et inertielle, exercée par la Terre sur un corps massique en raison uniquement du voisinage de la Terre. Elle est égale à l'opposé de la...) de 1 500 livres, en forme de bec (Un bec, au sens strict, est une structure anatomique externe qui permet la prise alimentaire et donc la nutrition chez les oiseaux. Mais il permet aussi la toilette de l'animal,...). Il se trouve à un mètre (Le mètre (symbole m, du grec metron, mesure) est l'unité de base de longueur du Système international (SI). Il est défini, depuis 1983, comme la distance parcourue par la lumière dans...) sous la surface (Une surface désigne généralement la couche superficielle d'un objet. Le terme a plusieurs acceptions, parfois objet géométrique, parfois frontière physique, et est souvent...) de l'eau. On envisage donc de se servir du nouveau cuirassé autant comme un bélier (Le bélier est le mâle non châtré de l'espèce Ovis aries réservé pour la reproduction (production d'agneaux). On désigne le mâle et la femelle, sans faire de distinction de sexe, sous...) que comme une batterie flottante [11]. Malheureusement, cet éperon est mal fixé. Ceci aura des conséquences importantes quand le Merrimack ira au combat. Si l'on en croit C.G. Hearn, ceci ne serait que la conséquence de dissensions entre les différents constructeurs du cuirassé, chacun d'eux cherchant à discréditer l'autre.

Mise en œuvre

Équipage

Le cuirassé sudiste est commandé par le commandant Franklin Buchanan. Né en 1800, il est capitaine de vaisseau lorsque l'on s'attend à la déclaration de sécession du Maryland. Il présente alors sa démission. Buchanan va tenter de revenir sur sa démission par la suite, au moment où il s'avère que cet état va rester dans l'Union, sans que l'on puisse affirmer que les deux faits sont liés. L'Union refuse de ne pas tenir compte de sa lettre de démission, et va le pousser à offrir ses services à la Confédération. Buchanan est nommé officier amiral (flag officer) de la Marine Confédérée de Virginie. À ce titre, il prend le commandement du navire le plus puissant, le CSS Virginia.

Son commandant en second est le lieutenant Catesby Ap Roger Jones. Né en 1821, il est entré dans la Marine en 1836. En 1851, il fait partie de l'équipe de J. A. Dahlgren qui met en place un nouveau système de canons de marine. Il servira ensuite sur la frégate Merrimack en tant qu'officier d'artillerie. Il démissionne, rejoint la Confédération et est nommé commandant en second du cuirassé Merrimack, fonction qu'il tiendra jusqu'au 25 mars 1862. À la suite de la blessure (Une blessure est une lésion, physique ou psychique, faite involontairement ou dans l'intention de nuire.) du Commandant Buchanan, il prendra le commandement et c'est lui qui dirigera le cuirassé sudiste lors de son combat avec le Monitor.

Les autres officiers comprennent un officier mécanicien, le lieutenant Ramsay, six lieutenants et sept enseignes. On ajoutera un capitaine de fusiliers-marins (marines) un chirurgien et un officier-payeur. L'équipage devait être composé de 320 marins.

Si trouver des officiers ne semble pas trop compliqué, il n'en va pas de même des matelots. La Confédération n'ayant pas de marine, les matelots sont soit au Nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.), soit déjà engagés dans les unités de l'Armée de Terre (La Terre est la troisième planète du Système solaire par ordre de distance croissante au Soleil, et la quatrième par taille et par masse croissantes....). Le lieutenant John Taylor Wood est envoyé chercher des volontaires. Il en trouvera une grande partie dans les régiments du général Magruber qui défend la Péninsule. À Yorktown, où stationnent deux bataillons venant de la Nouvelle-Orléans, dans les rangs desquels il pense trouver d'anciens marins, il reçoit l'autorisation d'haranguer les soldats. Deux cents environ se portent volontaires. Wood en choisit quatre-vingts ayant une expérience de la mer (Le terme de mer recouvre plusieurs réalités.) ou de la manœuvre du canon. Il recommence à Richmond et Petersburg et finit par compléter son équipage.

Le 8 mars, si l'on retire les malades et les absents, le nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) réel doit plutôt être proche de 200, 160 marins et 28 fusiliers-marins ("marines") si l'on en croit l'état des effectifs cité (La cité (latin civitas) est un mot désignant, dans l’Antiquité avant la création des États, un groupe d’hommes...) par le site "civilwarhome", mais 250-260 si l'on suit l'estimation du médecin (Un médecin est un professionnel de la santé titulaire d'un diplôme de docteur en médecine. Il est chargé de soigner les maladies, pathologies, et blessures de ses...) de bord, Dinwiddie B. Philipps. Le navire embarque, en plus des détachements d'artilleurs comme ceux du United Artillery of Norfolk, 31 hommes commandés par le capitaine Kevill.

Armement

Le CSS Virginia est armé de 10 canons. De chaque côté, il y en a quatre. Ce sont trois canons à âme lisse, de type Dahlgren 9 pouces, similaires à ceux qui équipaient le Merrimack d'origine. En plus, on installe 2 canons rayés de 6,4 pouces Brooke. À chaque extrémité, est installé un canon rayé de 7 pouces Brooke, sur pivot. Grâce à trois embrasures, ces canons peuvent tirer dans l'axe du navire ou sur le côté.

Les canons peuvent tirer des obus explosifs, des projectiles pleins ou des boites à mitraille. Le Virginia emmène en plus des boulets sous-calibrés qui pourront être chauffés et utilisés à la manière des boulets rouges d'antan. Seul, de chaque côté, le canon Dahlgren le plus proche des chaudières est équipé pour tirer de tels projectiles.

Le 8 mars 1862, quand le Merrimack part combattre les Nordistes, à Hampton Roads, il n'emporte que des obus explosifs car ils seront plus efficaces, pense-t-on avec raison, contre les navires à coque en bois qu'il va attaquer. Les seuls boulets pleins restants à bord sont ceux destinés à être chauffés. Quand il retournera finir le travail, le dimanche, il n'aura pas refait le plein de munitions et, contre le cuirassé Monitor, ses obus explosifs n'auront que peu d'effets.

Autre problème pour les confédérés, la poudre (La poudre est un état fractionné de la matière. Il s'agit d'un solide présent sous forme de petits morceaux, en général de taille inférieure au dixième de millimètre (100 µm).). Il n'y en a pas de disponible à Gosport. Il faudra littéralement aller faire la quête dans les unités militaires de la région pour lui permettre de compléter ses soutes.

Navigation (La navigation est la science et l'ensemble des techniques qui permettent de :)

La timonerie est placée à l'avant, en haut de la sorte de cône que forme la cuirasse. 5 pilotes peuvent y prendre place. D'étroites meurtrières permettent de voir à l'extérieur et diriger le navire. On y accède par une échelle, à partir du pont batterie. Les machines sont celles du Merrimack d'origine. Elles n'étaient déjà pas satisfaisantes, et le naufrage ne les a pas arrangées, en témoigne la demande du commandant Buchanan à son chef mécanicien, tel que celui-ci l'a rapporté.

De plus, la longueur du bâtiment et la faiblesse de ses machines ont pour conséquence qu'il lui faut environ une demi-heure pour pouvoir faire un demi-tour[12]. Avec son tirant d'eau excessif, 23 pieds soit près de 7 mètres, il lui faut rester dans le milieu du chenal, ce qui explique certaines évolutions curieuses lors du combat.

Le combat de Hampton Roads, 8-9 mars 1862, vu du Merrimack

Carte de Hampton Roads

La carte ci-contre montre les lieux du combat. On notera la limite donnée de la profondeur d'eau minimale de 18 pieds (line of 18 feet depth of water), en gardant en mémoire (D'une manière générale, la mémoire est le stockage de l'information. C'est aussi le souvenir d'une information.) que le Merrimack a un tirant d'eau de 23 pieds. Et on aura une meilleure idée des limitations imposées pour les évolutions du cuirassé et des inquiétudes des pilotes embarqués.

Le premier jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début (par rapport à minuit heure...), samedi 8 mars

Le 8 mars 1862, à 11 heures du matin, le Virginia quitte son mouillage et commence à descendre la Elizabeth River. Il est accompagné par deux remorqueurs, le Raleigh et le Beaufort. Il arbore le pavillon sudiste sur son arrière et, sur son avant, le pavillon bleu (Bleu (de l'ancien haut-allemand « blao » = brillant) est une des trois couleurs primaires. Sa longueur d'onde est comprise approximativement...), marque de l'officier commandant les Forces Navales de la Confédération en Virginie.

Plusieurs de ses marins, dans les relations qu'ils ont laissés, rapportent les encouragements et les larmes de la population au départ de la flotille. Le cuirassé est déjà si difficile à manœuvrer que c'est à la remorque (Une remorque est un véhicule (généralement dépourvu de moteur) que l'on attelle à un autre véhicule, dit tracteur, pour le déplacer et dont la...) du Beaufort qu'il arrive sur Hampton Roads.

Le commandant Buchanan a décidé de couler d'abord la frégate Cumberland, le navire nordiste le plus à l'ouest (L’ouest est un point cardinal, opposé à l'est. C'est la direction vers laquelle se couche le Soleil à l'équinoxe, le couchant (ou ponant).), apparemment parce que sont artillerie serait, selon les renseignements sudistes, la plus redoutable. En passant, il passe à portée du Congress et lui envoie une bordée qui cause de gros dégâts. Lui-même devient la cible des canons du Congress et des batteries côtières mais les projectiles ricochent ou se brisent sur sa cuirasse.

Le Cumberland pivote[13] pour que son artillerie puisse tirer sur l'arrivant. Mais, ce faisant, il présente son flanc, facilitant la tâche du Merrimack. Son tir est sans effet mais le canon avant du cuirassé sudiste, tirant à mitraille, lui cause de nombreuses pertes humaines.

Éperonnage du Cumberland
Éperonnage du Cumberland

Le Merrimack éperonne le Cumberland. Il file alors à toute vapeur[14] et, se souvient le lieutenant Ramsay[15], avant le choc (Dès que deux entitées interagissent de manière violente, on dit qu'il y a choc, que ce soit de civilisation ou de particules de hautes énergies.) deux coups de cloche donnent l'ordre de stopper puis, presque immédiatement, trois coups donnent celui de battre en arrière. Le Commandant Buchanan se montre donc prudent dans l'usage de son arme d'étrave (L'étrave est la pièce saillante de la coque d'un navire qui prolonge la quille vers l'avant. Plus généralement, l'avant, le nez, d'un bateau. La proue, terme désignant la meme pièce du navire, n'est plus tellement...). Le choc est peu sensible pour le sudiste, pourtant il fracasse les protections anti-torpilles et enfonce le flanc du voilier, le brisant " comme une coquille d'œuf ". Il se dégage, avec difficulté selon certains témoins, laissant un trou " suffisamment large pour laisser passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) un cheval (Le cheval (Equus ferus caballus ou equus caballus) est un grand mammifère herbivore et ongulé appartenant à l'une des sept espèces de la famille des équidés. Il a évolué au cours des dernières...) et son chariot " dira le commandant Buchanan.

La frégate nordiste sombre, sans cesser de tirer. Un de ses obus explosera sur le sabord (Le sabord est un terme d'architecture navale désignant une ouverture dans le flanc d'un navire, par laquelle passent les fûts de canons, les avirons ou simplement une prise d'air.) avant causant les seules pertes humaines à l'équipage du Merrimack pendant tout le combat, tuant deux des marins occupés à recharger leur canon, en blessant plusieurs autres. D'autres coups viendront endommager deux des canons bâbord du sudiste, leur enlevant un morceau du tube; ce qui ne les empêchera pas de continuer à tirer, même si chaque tir, désormais, met le feu à la charpente autour (Autour est le nom que la nomenclature aviaire en langue française (mise à jour) donne à 31 espèces d'oiseaux qui, soit appartiennent au genre Accipiter, soit constituent les 5 genres Erythrotriorchis, Kaupifalco,...) du sabord !

L'éperon du cuirassé sudiste a été brisé dans l'action. Il lui fera défaut le lendemain.

Le Merrimack, toujours sous le feu des batteries côtières auxquelles il répond avec succès, affirme le Lieutenant Wood dans le récit qu'il a laissé de l'engagement, et sous le feu du Congress, décide d'attaquer maintenant ce dernier. Pour ce faire, il a besoin de faire demi-tour, manœuvre longue et délicate pour lui.

Il se place sur l'arrière du Congress. Celui-ci ne peut lui opposer que deux canons vite démontés. Sans défense, échoué, le navire nordiste amène son pavillon. Mais le feu venant de la terre ne s'arrête pas et empêche les sudistes de s'emparer du navire. Le commandant du Merrimack est grièvement blessé par une balle et donne l'ordre d'incendier le navire nordiste, ce qui est fait avec des obus incendiaires et des boulets rouges.

Abandonnant le Congress en flammes, le Merrimack fait route (Le mot « route » dérive du latin (via) rupta, littéralement « voie brisée », c'est-à-dire creusée dans la roche, pour ouvrir le chemin.) maintenant vers le troisième des ses cinq adversaires, le Minnesota. Celui-ci s'est échoué aussi. Il échappe cependant au sort des précédents car la marée (La marée est le mouvement montant (flux ou flot) puis descendant (reflux ou jusant) des eaux des mers et des océans causé par l'effet conjugué des forces de gravitation de la Lune...) descendante ne permet pas au cuirassé sudiste de s'approcher suffisamment. Le canon pouvant tirer des boulets rouges sur bâbord est l'un de ceux endommagés par le Cumberland, et les pilotes affirment que le risque d'échouage devient trop important avec la marée qui descend.

Le Merrimack victorieux et sa flottille vient s'ancrer sous les batteries de Sewell's Point (Graphie)[16]. Ce n'est que vers minuit que l'équipage pourra dîner. Il passera la nuit à côté de ses canons. Il n'y aura pas de ravitaillement en charbon, ni en munitions.

Le second jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début (par rapport à...), dimanche 9 mars

Le combat des cuirassés
Le combat des cuirassés

Le 9 mars 1862, au lever du soleil (Le Soleil (Sol en latin, Helios ou Ήλιος en grec) est l'étoile centrale du système solaire. Dans la classification astronomique, c'est une étoile...), le Virginia revient sur Hampton Roads, au confluent (Un confluent, ou point de confluence, est le lieu où se rejoignent deux (parfois plus) cours d'eau.) de la James River et de la Chesapeake, pour affronter ce qui reste de l'escadre nordiste qu'il a bien étrillé la veille. Il doit aller vers l'ouest mais pour rester dans le chenal où il a suffisamment d'eau sous la quille, il doit d'abord aller vers l'est puis tourner. Le brouillard (Le brouillard est le phénomène météorologique constitué d’un amas de fines gouttelettes ou de fins cristaux de glace, accompagné de fines...) gène (Un gène est une séquence d'acide désoxyribonucléique (ADN) qui spécifie la synthèse d'une chaîne de polypeptide ou d'un acide ribonucléique (ARN)...) la visibilité (En météorologie, la visibilité est la distance à laquelle il est possible de distinguer clairement un objet, quelle que soit l'heure. On...) et le cuirassé sudiste attend qu'il se dissipe suffisamment. Vers 8h30, il reprend sa route vers les navires nordistes qu'il a l'intention d'envoyer par le fond. Le lieutenant Jones voit ce qu'il avait d'abord pris pour une barge de ravitaillement se détacher du Minnesota et se diriger vers lui. Le bruit (Dans son sens courant, le mot de bruit se rapproche de la signification principale du mot son. C'est-à-dire vibration de l'air pouvant donner lieu à la création d'une sensation auditive.) sonore d'un boulet frappant et rebondissant sur la cuirasse montre que le nouveau venu est le " cuirassé d'Ericsonn ", le Monitor[17].

Pendant près de quatre heures, les deux monstres cuirassés vont se canonner sans résultat, souvent à bout portant. Ils se sépareront alors, persuadés chacun de leur victoire.

Le tir, de chaque côté, est assez lent. Le Merrimack tire par bordées, c'est-à-dire que tous les canons d'un même côté font feu en même temps. Il lui faut donc attendre que tous les canons soient prêts avant de tirer. De plus, il lui faut attendre que le nordiste entre dans le champ (Un champ correspond à une notion d'espace défini:) de tir, limité, de ses canons, qui sont placés sur les côtés; ou bien essayer de manœuvrer pour pouvoir le prendre pour cible. Comme le Monitor tire, lui, toutes les 8-10 minutes ( Forme première d'un document : Droit : une minute est l'original d'un acte. Cartographie géologique ; la minute de...), le combat semble épisodique. Ce sont les batteries côtières des deux camps, et les batteries des autres vaisseaux nordistes présents, tirant sans discernement sur les deux cuirassés, qui assurent le spectacle entre-temps.

Combat rapproché entre les deux navires
Combat rapproché entre les deux navires

Les marines embarqués tirent comme ils peuvent par les sabords. Ils visent les sabords de la tourelle du Monitor et la timonerie. Ils ne semblent pas avoir causé grand dommage, bien que le commandant nordiste croit nécessaire de rappeler cette menace à son équipage[18].

Le commandant du Merrimack, le lieutenant Catesby Ap Jones, pense obtenir un résultat plus rapide en éperonnant le Monitor plutôt qu'en le canonnant. Bien que son éperon soit resté la veille dans le flanc du Cumberland, il pense que la masse (Le terme masse est utilisé pour désigner deux grandeurs attachées à un corps : l'une quantifie l'inertie du corps (la masse inerte) et l'autre la...) de son navire devrait suffire pour que le choc soit fatal au petit nordiste. Il lui faudra près d'une heure (L’heure est une unité de mesure du temps. Le mot désigne aussi la grandeur elle-même, l'instant (l'« heure qu'il est »), y compris en sciences (« heure...) de manœuvres pour trouver une position favorable. Mais il ne peut porter son coup à pleine vitesse (On distingue :), faute de pouvoir prendre son élan. Le choc est sans résultats pour le Monitor, mais cause une inquiétante voie d'eau à son agresseur.

Plus tard, le Merrimack, qui fait route au nord, se plante (Les plantes (Plantae Haeckel, 1866) sont des êtres pluricellulaires à la base de la chaîne alimentaire. Elles forment l'une des subdivisions (ou...) dans un banc de vase. Toujours sous le feu du Monitor, des autres navires nordistes et des batteries côtières, il doit impérativement se dégager ou terminer piteusement sa carrière, échoué. La machine est poussée (En aérodynamique, la poussée est la force exercée par le déplacement de l'air brassé par un moteur, dans le sens inverse de l'avancement.) à son maximum mais cela ne suffit pas. Dans une tentative désespérée, les mécaniciens vont jeter dans la chaudière (Une chaudière est un appareil (voire une installation industrielle, selon sa puissance), permettant de transférer en continu de l'énergie thermique à un fluide caloporteur (le plus généralement de...) tout ce qui peut brûler, au risque de la faire exploser. Ils vont ainsi y jeter de la thérébenthine, bloquer les valves de surpression. Finalement, toujours sous les tirs de ses adversaires, le Merrimack glisse lentement en arrière et retrouve sa liberté de mouvement.

Constatant l'absence de résultats des tirs sur la cuirasse de son petit adversaire[19], Le commandant Jones donne l'ordre de viser la timonerie, sur l'avant du Monitor. C'est à ce moment que le Monitor tente d'éperonner son adversaire, visant l'arrière dans le but de détruire l'hélice et le gouvernail, non protégés. Il rate (La rate (en grec ancien σπλήν (splēn), en latin lien, d'où les adjectifs splénique et liénal) est un organe fragile, profond, situé dans l'hypochondre gauche en regard de la 10e côte...) sa cible, de peu, mais il la rate. Le lieutenant Wood, qui commande (Commande : terme utilisé dans de nombreux domaines, généralement il désigne un ordre ou un souhait impératif.) la pièce arrière, voit le cuirassé nordiste défiler devant son canon. Il fait viser la timonerie. L'obus éclate juste sur cette cible. Pas de dégâts apparents, mais le Monitor semble perdre la tête. Il continue sa route, au nord, où les eaux sont trop peu profondes pour que le Merrimack puisse le suivre.

Le cuirassé sudiste attend près de trois quarts d'heure, dit-il[20], le retour de son adversaire, toujours sous le feu des batteries côtières et, épisodiquement, sous les bordées du Minnesota. Persuadé que son adversaire a pris la fuite, il entreprend la tâche toujours laborieuse pour lui, de virer vers la frégate Minnesota. Il pense couler le nordiste échoué, sans défense.

Mais le sort n'est plus du côté du Sud. Les pilotes du Merrimack, alarmés par l'état de la marée descendante, craignent de ne pouvoir éviter l'échouage du cuirassé, ce qui le laisserait à la merci de ses ennemis. L'accès à la Elisabeth River devenant impossible, il faudrait passer la nuit à portée des nordistes, sans espoir de ravitailler. La discussion est vive entre les pilotes et les officiers qui voudraient d'abord incendier la frégate nordiste mais, finalement, le commandant Jones donne l'ordre de quitter Hampton Roads et de regagner Norfolk.

Le Merrimack qui s'éloigne est toujours en état de combattre. Certes, la perte, la veille, de son éperon l'a privé d'une arme efficace. Mais sa cuirasse, martelée par les canons nordistes, est quasiment intacte. En revanche il manœuvre toujours plus mal. Sa cheminée criblée, par manque de tirage, diminue la puissance, déjà faible, de ses chaudières. La consommation de ses réserves de charbon l'a fait remonter sur l'eau et l'avant de sa coque, non protégée, est presque offerte aux coups de ses adversaires. Ravitaillé, il serait prêt à reprendre le combat, contrairement à ce que clament les nordistes.

Le Merrimack reviendra sur Hampton Roads plusieurs fois, mais les deux cuirassés éviteront soigneusement de se retrouver face à face. De chaque côté, on veut éviter de flétrir les lauriers généreusement auto-accordés lors du premier combat.

Destruction

Destruction du navire le 11 mai 1862.
Destruction du navire le 11 mai 1862.

En mai 1862, les troupes de l'Union menaçent Norfolk et son arsenal. Les sudistes veulent faire partir le CSS Virginia et lui faire remonter la James River, vers Richmond, capitale de la Confédération avant d'évacuer la région.

Mais le tirant d'eau du bâtiment est trop important. Son équipage l'échoue, le 11 mai 1862, près de Craney Island. Une tentative est faite pour l'alléger, mais de l'avis (Anderlik-Varga-Iskola-Sport (Anderlik-Varga-Ecole-Sport) fut utilisé pour désigner un projet hongrois de monoplace de sport derrière lequel...) des pilotes, c'est insuffisant pour espérer gagner Richmond. Son commandant décide alors de le faire sauter. Ainsi, comme son adversaire, le Monitor, le Virginia ne verra pas la fin de sa première année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.) d'existence.

Conséquences

Les deux camps ayant réclamé la victoire à Hampton Roads, le Virginia deviendra le modèle à partir duquel seront dessinés les cuirassés fluviaux que la Confédération construira tout au long de la guerre.

Après la guerre, le modèle n'aura pas de suite, les différentes marines préférant le système à tourelle du Monitor à la casemate du Virginia ; mais surtout, préférant des modèles ayant des qualités marines plus évidentes que les combattants de ce premier duel de cuirassés. Cela n'empêchera pas la France d'acheter deux de ces genres de cuirassé aux USA, l'un à casemate, type Merrimack, et l'autre à tourelles, type Monitor (le Dunderberg, rebaptisé Rochambeau, pour l'un, et le Onondaga, pour l'autre) [21]. L'usage de l'éperon dans la destruction du Cumberland, usage conforté par la bataille de Lissa, en 1866, sera à l'origine de la vogue de cette arme jusqu'à la veille de la Première Guerre mondiale.

Sources et notes

Sources

(A compléter)

  • James M. McPherson, La Guerre de Sécession (1861-1865), Robert Laffont, 1991. ISBN 2-221-06742-8

Construction du cuirassé p. 305, 341, 404-406 ; Attaque de la flotte de l'Union à Hampton Roads p. 407, 455 ; combat contre le Monitor p. 408-409 ; sabordage p.466

Notes

  1. Confederate States Ship
  2. Il y aura un second cuirassé confédéré nommé Virginia pendant la guerre de Sécession. Lancé en 1863 à Richmond, il sera sabordé le 3 avril 1865, après avoir opéré sur la James River.
  3. On le verra en France en 1856. Le Merrimack fera escale (Une escale est un arrêt marqué par un véhicule de transport durant un trajet au long cours. Dans sa dimension technique, elle a généralement un caractère obligatoire car elle permet le réapprovisionnement en...) à Brest et à Toulon.
  4. Il peut paraître curieux qu'un navire de cette puissance soit nommé frégate. La classification utilisée est toujours celle utilisée lors des guerres napoléoniennes, basée sur le nombre de canons. Moins de 50 bouches à feu, c'est une frégate.
  5. La destruction de l'Arsenal a été plutôt bâclée. Les sudistes récupéreront pas moins de 1 195 canons de gros calibre qui leur permettront d'équiper à peu de frais leurs navires et leurs batteries côtières tout au long de leurs côtes.
  6. J.T. Sharf, History of the confederate State Navy, Roger&Sherwood, New-York, 1887.
  7. Virginia est le nom de l'État sécessionniste dans lequel il vient de revivre.
  8. Ce lieutenant au nom curieux (origine galloise, semble-t-il; si l'on en croit sa famille, ce serait à l'un de ses ancêtres revendiqués que Richard III s'adresse (Les adresses forment une notion importante en communication, elles permettent à une entité de s'adresser à une autre parmi un ensemble d'entités. Pour qu'il n'y...) en réclamant, dans une formule célèbre " un cheval, un cheval, mon royaume pour un cheval ", dans la pièce de Shakespeare) prendra le commandement lorsque le lieutenant Buchanan sera blessé. C'est lui qui mènera le Merrimack au combat le 9 mars, à Hampton Roads.
  9. Le canon est un 8 pouces (203 mm) Columbiad (canon lisse dérivé d'un obusier de batterie côtière), tirant un projectile plein avec une charge (La charge utile (payload en anglais ; la charge payante) représente ce qui est effectivement transporté par un moyen de transport donné, et qui donne...) de 10 livres de poudre.
  10. Le canon utilisé est maintenant un 9 pouces (229 mm) Columbiad.
  11. voir lettre de Mallory à Brooke à ce sujet.
  12. cité par le lieutenant John T. Wood, dans le récit qu'il a laissé du combat. Il commandait le canon de l'arrière, celui qui mettra hors de combat le commandant du Monitor.
  13. Le Cumberland avait posé des croupières sur ses câbles d'ancre. C'est-à-dire des câbles joignant, par exemple, l'arrière du bâtiment au câble d'ancre placé sur l'avant. Ainsi, en tirant sur cette croupière à l'aide d'un [[cabestan (accastillage)|]], on peut faire aisément pivoter le bâtiment sur place.
  14. Mais on garde en mémoire que sa vitesse maximale est d'environ 7 kilomètres/heure…
  15. C'est l'officier qui s'occupe des machines.
  16. c'est la plus puissante des batteries que les sudistes ont établi pour protéger l'accès à Norfolk. On y trouve le seul canon de 11 pouces dont ils disposent
  17. Chaque camp connaissait bien ce que tramait l'adversaire. Les journaux des deux bords donnaient tous les détails possibles. Ceci explique le manque de surprise.
  18. cité par W. F. Keeler, officier-payeur du Monitor, dans les lettres qu'il a laissées.
  19. Tous les réçits font état des paroles du Lt Eggleston, commandant les canons 4 et 5, et qui répond à Jones surpris de voir les marins au repos : " …notre poudre et précieuse, et je n'obtiendrais pas un meilleur résultat en lui donnant une pichenette toutes les deux minutes… "
  20. pas plus de vingt minutes, plaideront les nordistes…
  21. Il est vrai que la rumeur (La rumeur est un phénomène de transmission large, par tout moyen de communication formel ou informel, d'une histoire à prétention de vérité et de révélation. Le terme recouvre donc des réalités très diverses :) disait la Prusse intéressée par ces bâtiments, ce qui a pu motiver la Marine Française...
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