Koursk K-141
Source: Wikipédia sous licence CC-BY-SA 3.0.
La liste des auteurs de cet article est disponible ici.

Le K-141Koursk " (en russe : ?????) est un sous-marin nucléaire lanceur de missiles de croisière (code OTAN : SSGN) russe de classe Oscar II (aussi désigné sous les dénominations de Vilyuchinsk, Kasatka, K 456, P 949A Antée 7). Mis en service en 1994, il a sombré avec 118 hommes d'équipages lors d'un naufrage le 12 août 2000.

Description du bâtiment

Le Omsk, un sous-marin de classe Oscar II semblable au Koursk
Le Omsk, un sous-marin (Un sous-marin est un navire capable de se déplacer dans les trois dimensions, sous la surface de l'eau ; il se distingue ainsi des autres bateaux et...) de classe Oscar II semblable au Koursk

Mis en chantier à Severodvinsk en 1992, mis en service fin 1994, le Koursk – nommé d'après la province du même nom – fait alors partie des sous-marins les plus perfectionnés de la marine russe.

D'une longueur (La longueur d’un objet est la distance entre ses deux extrémités les plus éloignées. Lorsque l’objet est filiforme ou en forme de lacet, sa longueur est celle de l’objet complètement...) de 155 mètres, haut de quatre étages et pesant 13 500 tonnes, il est le plus grand des sous-marins d'attaque jamais construits. Le bâtiment dispose d'une double coque : la coque extérieure, faite d'acier (L’acier est un alliage métallique utilisé dans les domaines de la construction métallique (voir aussi l’article sur la théorie du soudage...) enrichi en nickel (Le nickel est un élément chimique, de symbole Ni et de numéro atomique 28.) et en chrome (Le chrome est un élément chimique de symbole Cr et de numéro atomique 24.), est hautement inoxydable et sa signature magnétique est très faible ; la coque intérieure, de 5 cm d'épaisseur, le rend " incoulable ". Il est séparé en neuf compartiments, dont le dernier est un " compartiment-refuge ". Ses deux réacteurs nucléaires lui assurent une vitesse (On distingue :) de pointe de 32 nœuds en plongée, et il peut évoluer jusqu'à 300 m de profondeur.

Les sous-marins de la classe Oscar II sont équipés de deux rangées de 12 tubes de lancement inclinés capables de tirer en plongée 24 missiles Granit SS-N-19. Ces sous-marins, conçus lors de la Guerre froide, devaient ainsi pouvoir contrer les porte-avions (Un porte-avions est un navire de guerre permettant de transporter et de mettre en œuvre des avions de combat. C'est en fait une base aérienne flottante et donc mobile, qui permet de déplacer une véritable force de frappe offensive et...) de l'OTAN et leur escorte.

Redevenu le fer (Le fer est un élément chimique, de symbole Fe et de numéro atomique 26. C'est le métal de transition et le matériau ferromagnétique le plus courant dans la vie quotidienne, sous forme pure ou d'alliages. Le fer pur...) de lance de la Flotte du Nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.) de la Marine russe après une décennie (Une décennie est égale à dix ans. Le terme dérive des mots latins de decem « dix » et annus « année.) de coupes budgétaires, le Koursk se distingue lors d'une mission d'espionnage de la sixième flotte de l'US Navy menée avec succès en mer Méditerranée (Méditerranée signifie entre les terres. La mer Méditerranée est une mer intracontinentale presque fermée située entre l'Europe, l'Afrique et l'Asie et qui s'étend sur une superficie...) durant l'été 1999 (pendant la guerre du Kosovo).

Le naufrage

Localisation du naufrage
Localisation du naufrage

Le samedi 12 août 2000, le Koursk est en exercice en mer de Barents (La mer de Barents est la mer de l'océan Arctique qui est située au nord de la Norvège et de la Russie occidentale. Elle est nommée d'après le navigateur néerlandais Willem Barents. Il est d'un plateau assez...), dans le cadre de grandes manœuvres visant à affirmer le retour de la puissance (Le mot puissance est employé dans plusieurs domaines avec une signification particulière :) militaire russe sur les mers. Il doit lancer deux torpilles factices, de type 65-76 (plus familièrement Tolstushka, " grosse fille " ou encore Schkval) sur un croiseur (Un croiseur est un navire de guerre, aujourd'hui, le plus puissant et le plus grand des bâtiments de combat, exception faite des porte-aéronefs.) de classe Kirov. Deux explosions le font sombrer à une profondeur de 108 m, à approximativement 135 km de la ville (Une ville est une unité urbaine (un « établissement humain » pour l'ONU) étendue et fortement peuplée (dont les habitations doivent être à moins de 200 m chacune, par opposition aux villages)...) de Severomorsk, à 69° 40’ N, 37° 35’ E.

Première explosion (Une explosion est la transformation rapide d'une matière en une autre matière ayant un volume plus grand, généralement sous forme de gaz. Plus cette transformation...)

À 11 h 28 heure (L'heure est une unité de mesure  :) locale (7 h 28 GMT), peu après le lancement des torpilles, une première explosion d'une puissance équivalente à 100 kg de TNT et d'une magnitude sismique de 1,5 se produit dans le compartiment avant du sous-marin. Une fuite de peroxyde (Un peroxyde est un composé chimique de formule générale R-O-O-R', le groupe -O-O- étant appelé peroxyle (abrégé "peroxo" quand il est mis en...) d'hydrogène (L'hydrogène est un élément chimique de symbole H et de numéro atomique 1.) (employé pour initier la propulsion (La propulsion est le principe qui permet à un corps de se mouvoir dans son espace environnant. Elle fait appel à un propulseur qui transforme en force...) des torpilles) a réagi avec le cuivre (Le cuivre est un élément chimique de symbole Cu et de numéro atomique 29. Le cuivre pur est plutôt mou, malléable, et présente sur ses surfaces fraîches une teinte rosée à pêche. C'est un métal...) et le laiton des compartiments à torpille, conduisant à une réaction en chaîne (Le mot chaîne peut avoir plusieurs significations :).

La cloison étanche qui sépare la salle des torpilles du reste du bâtiment étant ouverte pour éviter une surcompression d'air (L'air est le mélange de gaz constituant l'atmosphère de la Terre. Il est inodore et incolore. Du fait de la diminution de la pression de l'air avec l'altitude, il...) lors du lancement des torpilles, l'onde de choc (Une onde de choc est un type d'onde, mécanique ou d'une autre nature, associé à l'idée d'une transition brutale. Elle peut prendre la forme d'une...) se propage aux deux premiers compartiments, tuant probablement sur le coup les sept marins du premier et blessant grièvement les trente-six présents dans le second.

Au cours des deux minutes ( Forme première d'un document : Droit : une minute est l'original d'un acte. Cartographie géologique ; la minute de terrain est la carte originale, au crayon, levée sur le terrain. ...) qui suivent, le capitaine du navire (Un navire est un bateau destiné à la navigation maritime, c'est-à-dire prévu pour naviguer au-delà de la limite où cessent de s'appliquer les règlements...), qui officie dans le troisième compartiment, ne lance pas de signal ( Termes généraux Un signal est un message simplifié et généralement codé. Il existe sous forme d'objets ayant des formes particulières. Les signaux lumineux sont employés depuis la nuit des temps par les...) de détresse. Aucune balise de détresse n'est lâchée, alors qu'un dispositif automatique (L'automatique fait partie des sciences de l'ingénieur. Cette discipline traite de la modélisation, de l'analyse, de la commande et, de la régulation des systèmes dynamiques. Elle a pour fondements théoriques les...) réagit normalement à tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) feu (Le feu est la production d'une flamme par une réaction chimique exothermique d'oxydation appelée combustion.) ou explosion dans le sous-marin. Mais un incident survenu l'été précédent dans la Méditerranée, lors duquel un lancement de balise mal évalué avait risqué de dévoiler la position du sous-marin à la flotte américaine, avait amené l'équipage à désamorcer ce dispositif.

Seconde ( Seconde est le féminin de l'adjectif second, qui vient immédiatement après le premier ou qui s'ajoute à quelque chose de nature identique. La seconde est une unité de mesure du temps. La...) explosion

Deux minutes et quinze secondes après le premier choc (Dès que deux entitées interagissent de manière violente, on dit qu'il y a choc, que ce soit de civilisation ou de particules de hautes énergies.), une explosion bien plus importante ébranle le Koursk. Les stations de mesure sismique d'Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un continent à part entière, mais aussi comme l’extrémité occidentale du continent...) du Nord montrent que cette explosion intervient au niveau du fond marin, ce qui tend à prouver que le sous-marin a alors heurté le fond ; ce choc mêlé à la hausse de température (La température est une grandeur physique mesurée à l'aide d'un thermomètre et étudiée en thermométrie. Dans la vie courante, elle est reliée aux sensations de froid et de...) due à la première explosion a déclenché (Un déclenché (ou tonneau déclenché) est une figure de voltige aérienne.) l'explosion d'autres torpilles. Cette seconde explosion a une puissance équivalente à 3 à 7 tonnes de TNT, ou une demi-douzaine de têtes de torpilles explosives ; les mesures montrent une magnitude sismique de 3,5.

La coque, prévue pour résister à des pressions de 1 000 m de profondeur, est éventrée sur une surface (Une surface désigne généralement la couche superficielle d'un objet. Le terme a plusieurs acceptions, parfois objet géométrique, parfois frontière physique, et est souvent...) de 2 m² ; l'explosion ouvre également des voies d'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.) vers le troisième et le quatrième compartiment. L'eau s'y engouffre à 90 000 litres par seconde, tuant tous les occupants de ces compartiments, dont cinq officiers. Le cinquième compartiment contient les deux réacteurs nucléaires du sous-marin, et il est protégé par une paroi de 13 cm d'acier ; les cloisons résistent. Les barres commandant les réacteurs restent donc en place.

L'agonie de l'équipage

Les neuf compartiments du Koursk
Les neuf compartiments du Koursk

Dans les compartiments six à neuf, 23 hommes survivent aux deux explosions. Ils se rassemblent dans le neuvième compartiment, qui contient le second caisson de secours (le premier caisson, situé dans le deuxième compartiment, est détruit et hors d'atteinte). Le capitaine-lieutenant Dmitri Kolesnikov (un des trois officiers de ce rang ( Mathématiques En algèbre linéaire, le rang d'une famille de vecteurs est la dimension du sous-espace vectoriel engendré par cette famille. ...) ayant survécu suite à ces évènements) prend le commandement et dresse une liste des survivants.

La pression (La pression est une notion physique fondamentale. On peut la voir comme une force rapportée à la surface sur laquelle elle s'applique.) dans le caisson est la même qu'en surface ; il est donc théoriquement possible pour les rescapés d'utiliser une écoutille (Écoutille : Mot issu de l'espagnol Escotilla qui, en vieux français, a donné Écoste et enfin le mot que nous connaissons. Littéralement, ce mot signifie Échancrure.) de secours pour sortir dans la mer (Le terme de mer recouvre plusieurs réalités.) arctique (L’Arctique est la région entourant le pôle nord de la Terre, à l’intérieur et aux abords du cercle polaire. Elle se situe à l'opposé de l'Antarctique. L'Arctique inclut une partie du Canada, du Groenland (territoire du Danemark),...) et nager sur 100 m jusqu'à la surface dans une combinaison (Une combinaison peut être :) de survie, à condition que des secours attendent au-dessus. La raison pour laquelle cette possibilité n'est pas exploitée n'est pas connue – l'écoutille est peut-être hors d'usage (L’usage est l'action de se servir de quelque chose.) ou les survivants préfèrent attendre qu'un submersible vienne s'y arrimer.

On ne sait pas avec exactitude combien de temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.) les rescapés survivent. Les réacteurs nucléaires s'étant automatiquement éteint, le poste électrique de secours décline rapidement en puissance et l'équipage est plongé dans une obscurité totale et une température proche de zéro (Le chiffre zéro (de l’italien zero, dérivé de l’arabe sifr, d’abord transcrit zefiro en italien) est un symbole marquant une position vide dans l’écriture des nombres en...).

Kolesnikov écrit quelques mots durant les dernières heures de l'équipage. Dans son dernier message (La théorie de l'information fut mise au point pour déterminer mathématiquement le taux d’information transmis dans la communication d’un message par un canal de communication, notamment en présence de parasites...), il écrit :

" Il fait trop sombre ici pour écrire, mais je vais essayer au toucher (Le toucher, aussi appelé tact ou taction, est l'un des cinq sens de l'homme ou de l'animal, essentiel pour la survie et le développement des êtres vivants,...). Il semble qu'il n'y ait pratiquement aucune chance, 10 - 20 %. J'espère qu'au moins quelqu'un lira ceci. Voici la liste de membres d'équipage des autres sections qui sont maintenant dans la neuvième et qui vont essayer de sortir. Salut à tous, pas besoin (Les besoins se situent au niveau de l'interaction entre l'individu et l'environnement. Il est souvent fait un classement des besoins humains en trois grandes catégories : les besoins primaires, les...) d'être désespéré. Kolesnikov. "

Les opinions divergent sur la durée de l'agonie des rescapés. Certains commentateurs, notamment du côté russe, se prononcent pour une mort (La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre (même si on a pu parler de la mort dans un sens cosmique plus général, incluant par exemple la mort des...) rapide. Sur un sous-marin de classe Oscar II immobile, des fuites apparaissent sur l'arbre (Un arbre est une plante terrestre capable de se développer par elle-même en hauteur, en général au delà de sept mètres. Les...) porte-hélice ; à une profondeur de plus de 100 m, il aurait été impossible de les reboucher. D'autres pointent que beaucoup des cartouches d'absorbeur de dioxyde de carbone (Le dioxyde de carbone, communément appelé gaz carbonique ou anhydride carbonique, est un composé chimique composé d'un atome de carbone et de deux atomes d'oxygène et...), qui servent (Servent est la contraction du mot serveur et client.) à maintenir une composition chimique viable dans l'air du caisson de sauvegarde (En informatique, la sauvegarde (backup en anglais) est l'opération qui consiste à dupliquer et à mettre en sécurité les données contenues dans un système informatique.), ont été retrouvées utilisées après le remorquage, ce qui tendrait à prouver que les rescapés auraient survécu pendant plusieurs jours (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début (par rapport à minuit heure locale) et sa...). Ces cartouches semblent d'ailleurs avoir été la cause de la mort des derniers survivants : au contact de l'eau de mer (L'eau de mer est l'eau salée des mers et des océans de la Terre.), elles prennent feu. L'enquête officielle démontre qu'un tel incendie a probablement eu lieu, et que quelques membres d'équipage y auraient survécu en plongeant sous l'eau – les marques de carbonisation sur les murs indiquent qu'à ce moment, l'eau devait arriver au niveau du buste de ceux qui étaient dans le compartiment inférieur. Malheureusement, l'incendie consomma rapidement l'oxygène (L’oxygène est un élément chimique de la famille des chalcogènes, de symbole O et de numéro atomique 8.) résiduel, tuant les derniers survivants par asphyxie (L'asphyxie est un terme médical signifiant l'arrêt plus ou moins long de la circulation d'oxygène dans le corps. L'asphyxie de l'humain est une urgence médicale.).

La tentative de sauvetage

Ce n'est qu'en fin de soirée que la Marine russe s'inquiète de ne plus recevoir de nouvelles du Koursk. Elle minimise l'incident et les premiers communiqués de presse mentionnent seulement des " difficultés techniques mineures " du Koursk. Vladimir Poutine, élu président de la Fédération de Russie trois mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) auparavant, n'interrompt pas ses vacances (Les vacances (au pluriel, du latin vacare, « être sans ») sont une période de temps (de quelques jours, semaines, voire mois) pendant laquelle une personne cesse son...) pour si peu ; les medias le montrent 24 h après l'accident en bras de chemise à l'occasion d'un barbecue avec des amis dans sa villa de la mer Noire (La mer Noire est une mer située entre l’Europe et l’Anatolie. Large d'environ 1 150 km d’ouest en est et de 600 km du nord au sud, elle s’étend sur une superficie de...).

Le navire de sauvetage Rudnitsky arrive sur les lieux du drame le lendemain, vers 8 h 40, et contient deux petits submersibles d'assistance en haute profondeur de classe AS-32 et Priz. Cependant, les batteries du premier ont une capacité insuffisante et le mauvais temps va empêcher le second d'atteindre l'épave. Lorsqu'il y arrive, quatre jours plus tard, il ne parvient pas à s'y arrimer.

La Russie accepte l'aide britannique et norvégienne, mais seulement le 16 août. Les navires de sauvetage partis de Norvège arrivent sur le lieu du sinistre le 19 août. Plusieurs tentatives de sauvetage sont lancées, à l'aide d'un mini-submersible britannique, le 20 août. En raison de l'inclinaison (En mécanique céleste, l'inclinaison est un élément orbital d'un corps en orbite autour d'un autre. Il décrit l'angle entre le plan de l'orbite et le plan de référence (généralement le plan de...) du sous-marin, le mini-submersible ne peut se fixer sur les issues de secours du Koursk. Les secours peuvent uniquement constater que le neuvième compartiment du sous-marin, censé servir de compartiment de secours, est complètement (Le complètement ou complètement automatique, ou encore par anglicisme complétion ou autocomplétion, est une fonctionnalité informatique permettant à l'utilisateur de limiter la quantité...) inondé. Les chances de trouver des survivants sont donc nulles, et la mission de sauvetage est interrompue.

À l'époque de l'accident, les causes sont encore inconnues et trois hypothèses sont évoquées : une explosion de torpille, une collision (Une collision est un choc direct entre deux objets. Un tel impact transmet une partie de l'énergie et de l'impulsion de l'un des corps au second.) avec un sous-marin étranger ou l'explosion d'une mine marine de la Seconde Guerre mondiale.

Le renflouage du Koursk

Le renflouage du Koursk est un véritable exploit, puisqu'il s'agit de remonter un sous-marin de 13 500 tonnes du fond marin. Vladimir Poutine prend l'initiative de l'opération afin de récupérer les corps des victimes et de déterminer les causes de son naufrage. C'est la société hollandaise Mammoet qui décroche le contrat de 65 millions de dollars. Elle envoie sur place un bateau (Un bateau est une construction humaine capable de flotter sur l'eau et de s'y déplacer, dirigé ou non par ses occupants. Il répond aux besoins du transport maritime ou fluvial, et permet diverses activités telles que le transport...) spécialisé dans ce genre d'opérations, le Giant 4.

Le compartiment avant du sous-marin est d'abord découpé par un filin-scie géant actionné par des robots disposés sur le fond marin de part et d'autre du bâtiment. Ce compartiment (qui contiendrait peut-être des torpilles non explosées) est laissé au fond. Le périscope (Le périscope est un instrument d'optique pour l'observation d'un objet distant sans être vu depuis celui-ci.) et les antennes sont sciés et retirés de la partie centrale pour ne pas gêner le remorquage.

26 câbles sont ensuite fixés sur la partie principale du sous-marin par un système analogue à celui des chevilles expansives (type " Molly "). Chaque câble est constitué de 54 filins de près de 2 cm de diamètre (Dans un cercle ou une sphère, le diamètre est un segment de droite passant par le centre et limité par les points du cercle ou de la sphère. Le diamètre est aussi la longueur de ce...), eux-mêmes tressés à partir de 7 fils d'acier. La remontée, effectuée depuis le Giant 4 par 26 vérins de levage géants, prend 11 heures.

Le sous-marin amputé, qui contient encore 115 corps, deux réacteurs nucléaires et un nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».) indéterminé de torpilles, est ensuite remorqué au port de Roslyakovo dans le Golfe (Un golfe (italien golfo, grec kolpos, pli) est une partie de mer avancée dans les terres, en général selon une large courbure.) de Mourmansk pour être mis en cale sèche. L'opération se termine le 8 octobre 2001, soit plus d'un an après le naufrage.

Le renflouage du Koursk permet l'identification et la mise en terre (La Terre est la troisième planète du Système solaire par ordre de distance croissante au Soleil, et la quatrième par taille et par masse...) des corps. L'équipage est décoré par le gouvernement russe de l'ordre du courage, et son capitaine, Gennady Lyachin, est nommé Héros de la Fédération de Russie. Un témoignage manuscrit est retrouvé sur l'un d'entre eux, ce qui aide les enquêteurs à déterminer les circonstances de l'accident.

Les causes du naufrage

Vladimir Poutine confie l'enquête à son procureur des basses œuvres, Vladimir Oustinov. Ses conclusions, basées notamment sur une inspection de quatre mois de l'épave renflouée, avalisent l'hypothèse de l'explosion accidentelle d'une torpille due à une fuite de gaz (Un gaz est un ensemble d'atomes ou de molécules très faiblement liés et quasi-indépendants. Dans l’état gazeux, la matière...) propulseur.

Les Américains, les Norvégiens et les Britanniques ont confirmé cette thèse (Une thèse (du nom grec thesis, se traduisant par « action de poser ») est l'affirmation ou la prise de position d'un locuteur,...).

La controverse

Presque immédiatement après l'accident, l'agence de presse tchétchène indépendante Kavkaz-Center annonce que l'explosion serait due à un attentat-suicide d'un islamiste du Daguestan embarqué dans le sous-marin. Cette hypothèse est cependant vite écartée par les autorités russes.

D'autre part, des indices sérieux semblent accréditer la présence de bâtiments étrangers (notamment américains) sur zone, dont un sous-marin de classe Los Angeles qui aurait été surpris accidenté dans un port norvégien quelques jours après le drame.

Jean-Michel Carré (Un carré est un polygone régulier à quatre côtés. Cela signifie que ses quatre côtés ont la même longueur et ses quatre angles la même mesure. Un carré...), journaliste (Un journaliste est une personne dont l'activité professionnelle est le journalisme. On parle également de reporter (de l'anglais : report, rapporter) car il rapporte des faits dans l'objectif...), mène une longue contre-enquête sur cette catastrophe (Une catastrophe est un événement brutal, d'origine naturelle ou humaine, ayant généralement la mort et la destruction à grande échelle pour conséquence.) en étudiant des faits qui contredisent la thèse officielle. Sa thèse fait l'objet (De manière générale, le mot objet (du latin objectum, 1361) désigne une entité définie dans un espace à trois dimensions, qui a une fonction précise, et qui peut...) d'un documentaire (Koursk, un sous-marin en eaux troubles) diffusé sur France 2 le vendredi 7 janvier 2005 au soir (qui a fait partie de l'émission spéciale de Découverte, au Québec), et d'un article dans le journal Libération, dans la même semaine.

Les faits

Cette thèse s'appuie sur des faits avancés, notamment :

  • le refus de la Russie d'une aide étrangère pour remonter le Koursk ;
  • les déclarations sur l'état de la mer (Le terme de mer recouvre plusieurs réalités.) qui aurait retardé les secours ;
  • les premières déclarations des responsables militaires russes, qui ont mis en cause les États-Unis ;
  • l'apparition, trois jours après le drame, du Toledo dans le port de Håkonsvern en Norvège, et le refus des autorités américaines de le laisser inspecter par des non-Américains, certains ont écrit qu'il était endommagé ;
  • le voyage (Un voyage est un déplacement effectué vers un point plus ou moins éloigné dans un but personnel (tourisme) ou professionnel (affaires). Le voyage s'est considérablement développé et démocratisé, au cours du...) secret à Moscou () du directeur de la CIA trois jours après le naufrage ;
  • la décision de laisser le compartiment des torpilles détruit au fond de la mer sans enquête ;
  • un trou circulaire dans l'épave du Koursk provoqué par l'entrée d'un objet extérieur ;
  • la censure des messages issus des cadavres de sous-mariniers ;
  • le fait que les restes du Koursk ont été fondus et détruits après l'inspection ;
  • l'annulation d'une dette russe à l'égard des États-Unis peu après l'accident et l'autorisation donnée (Dans les technologies de l'information, une donnée est une description élémentaire, souvent codée, d'une chose, d'une transaction, d'un événement, etc.) à la Russie de contracter un nouveau prêt ;
  • la rumeur (La rumeur est un phénomène de transmission large, par tout moyen de communication formel ou informel, d'une histoire à prétention de vérité et de révélation. Le terme recouvre donc des réalités très...) concernant la récupération d'une bouée de détresse venant d'un sous-marin américain, cette information n'a pas été confirmée.

La thèse de Jean-Michel Carré

La catastrophe a lieu pendant des manœuvres navales et aériennes russes dans la mer de Barents. Ces manœuvres ont notamment un but commercial (Un commercial (une commerciale) est une personne dont le métier est lié à la vente.), celui de promouvoir la torpille Schkval. Cette torpille de deux tonnes peut fonctionner à 500 km/h alors que les torpilles traditionnelles n'atteignent officiellement que 70 km/h.

L'armée américaine s'intéresse donc de près à cette opération, d'autant plus que des militaires de l'Armée populaire de libération chinoise ont été invités pour la démonstration (En mathématiques, une démonstration permet d'établir une proposition à partir de propositions initiales, ou précédemment...). Les sous-marins américains Memphis et Toledo seraient dans la mer de Barents au moment des manœuvres. À la veille des manœuvres, un Américain, Edmond Pope aurait d'ailleurs été condamné par un tribunal (Le tribunal ou juridiction (de jus dicere : littéralement, « dire le droit ») est un lieu où est rendue la justice. C'est là que les personnes en conflit viennent...) russe à vingt ans de prison pour avoir tenté d'acheter les plans de la torpille.

Pendant les manœuvres, suite à une collision accidentelle entre le Toledo et le Koursk, le Memphis aurait lancé une torpille contre le Koursk pour protéger la fuite du Toledo endommagé. La torpille aurait provoqué la catastrophe.

Les États-Unis seraient donc responsables du naufrage du Koursk ; au nom de la raison d'État, Vladimir Poutine aurait volontairement laissé mourir les survivants. La vérité aurait rendu (Le rendu est un processus informatique calculant l'image 2D (équivalent d'une photographie) d'une scène créée dans un logiciel de...) impossible un rapprochement avec les États-Unis, et pire elle aurait pu déclencher un conflit. Elle aurait donc été soigneusement cachée par l'enquête officielle.

Jean-Pierre Petit, ancien chercheur (Un chercheur (fem. chercheuse) désigne une personne dont le métier consiste à faire de la recherche. Il est difficile de bien cerner le métier de chercheur tant les domaines de recherche sont diversifiés et impliquent d'importantes...) au CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand organisme de recherche scientifique public français (EPST).), avance une thèse qui couvre en partie celle de Jean-Michel Carré. Il va cependant plus loin et pose la question suivante : " Et si le Koursk avait été coulé volontairement par les Américains ? " Il avance comme argument déterminant l'opposition des Américains au transfert technologique russo-chinois.

Contre-arguments

Cette thèse est contredite par d'autres observations (L’observation est l’action de suivi attentif des phénomènes, sans volonté de les modifier, à l’aide de moyens d’enquête et d’étude appropriés. Le plaisir procuré...), parmi lesquelles :

  • concernant le trou dans la coque : il s’agit du point (Graphie) d’entrée initial du pod de fixation du cable qui a sectionné la partie avant pendant le renflouage du bateau , pod qui est resté à sa place tout au long du voyage de la barge de transport (Le transport est le fait de porter quelque chose, ou quelqu'un, d'un lieu à un autre, le plus souvent en utilisant des véhicules et des voies de communications (la route, le...).
  • la présence d'une quinzaine de bâtiments de surface et d'au moins trois autres sous-marins russes sur la zone de l'exercice auraient rendu toute approche de sous-marins étrangers très difficile dans ces eaux peu profondes, encore plus une fuite après l'accident ;
  • le tonnage d'un sous-marin de type Oscar II est deux fois plus important que celui d'un sous-marin de classe 688 (cas du Toledo) ; il est donc fort improbable qu'en cas de choc, ce soit le Koursk qui ait subi le plus de dommages ;
  • les " règles d'engagement " (rules of engagement ou ROE) américaines sont formelles : il n'est pas envisageable qu'un sous-marin américain ouvre le feu sur un sous-marin russe sans avoir été attaqué auparavant ;
  • si la collision avait eu lieu, il est fort improbable que le Memphis aurait lancé une torpille acoustique (L’acoustique est une branche de la physique dont l’objet est l’étude des sons et des ondes mécaniques. Elle fait appel aux phénomènes...) de classe MK-48 sur le Koursk, le risque de dégât collatéral sur le Toledo, encore proche, aurait été trop grand ;
  • au sujet des prêts à la Russie, les négociations avec les organismes internationaux étaient en cours avant cet accident.

Une explication simple mais réaliste des circonstances de l'opération de sauvetage et du manque de réaction des autorités russes réside dans l'état de décrépitude dans lequel se trouvait la marine russe à ce moment. Au temps de la marine soviétique, pas moins de sept sous-marins nucléaires ont été perdus et de plusieurs accidents ont eu lieu depuis.

Conséquences du naufrage

  • Cet accident a tué cent dix-huit membres de l'équipage.
  • Les torpilles Tolstushka type 65-76, permettant une grande vitesse par cavitation (La cavitation décrit la naissance et l'oscillation radiale de bulles de gaz et de vapeur dans un liquide soumis à une dépression. Si cette dépression est suffisamment élevée, la pression peut devenir inférieure à la pression...), et utilisées par la marine russe depuis 1957, sont retirées du service après cet accident. L'inflammabilité du gaz propulseur est jugée trop dangereuse.
Page générée en 1.746 seconde(s) - site hébergé chez Amen
Ce site fait l'objet d'une déclaration à la CNIL sous le numéro de dossier 1037632
Ce site est édité par Techno-Science.net - A propos - Informations légales
Partenaire: HD-Numérique