Claude Nicolas Ledoux
Source: Wikipédia sous licence CC-BY-SA 3.0.
La liste des auteurs de cet article est disponible ici.
Rotonde de la Villette à Paris, ancien pavillon du mur des Fermiers généraux
Rotonde de la Villette à Paris, ancien pavillon du mur des Fermiers généraux
Saline royale d'Arc-et-Senans
Saline royale d'Arc-et-Senans
Bâtiment futuriste selon les plans exacts de Claude Nicolas Ledoux
Bâtiment futuriste selon les plans exacts de Claude Nicolas Ledoux (Claude Nicolas Ledoux est un architecte et urbaniste français né à Dormans le 21 mars 1736 et mort à Paris le 18 novembre 1806.)

Claude Nicolas Ledoux est un architecte (L'architecte est le professionnel du bâtiment dont la fonction est de concevoir et de diriger la réalisation d'une œuvre d'architecture pour le compte d'un...) et urbaniste français né à Dormans le 21 mars 1736 et mort (La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre (même si on a pu parler de la mort dans un sens cosmique plus général,...) à Paris (Paris est une ville française, capitale de la France et le chef-lieu de la région d’Île-de-France. Cette ville est construite sur une boucle de la Seine, au centre du bassin parisien, entre les confluents de la Marne et de...) le 18 novembre 1806.

Il fut l'un des architectes les plus actifs à la fin de l'Ancien Régime, mais une grande partie des constructions qu'il a édifiées ont été détruites au XIXe siècle. Il fut l'un des principaux créateurs du style néoclassique.

Biographie

Claude-Nicolas Ledoux est né en 1736 à Dormans, dans la Marne, fils d'un modeste marchand champenois. Sa mère, Françoise Domino, et sa marraine, Françoise Piloy, l'initièrent au dessin, ainsi qu'il le rapporte lui-même. La protection de l'abbé de Sassenage lui permit d'obtenir une bourse et d'étudier à Paris au collège (Un collège peut désigner un groupe de personnes partageant une même caractéristique ou un établissement d'enseignement.) de Beauvais (1749-1753), où il découvrit les littératures anciennes. Il fut ensuite employé chez un graveur et étudia l'architecture (L’architecture peut se définir comme l’art de bâtir des édifices.) sous la direction de Jacques François Blondel (Jacques François Blondel est un architecte, urbaniste, et théoricien français (Rouen, 1705 - Paris, 1774).), qui le tenait en haute estime.

Il fit un stage (Un stage est le plus souvent une période de formation, d'apprentissage ou de perfectionnement qui dure quelques jours à plusieurs mois dans un lieu adapté :) dans le cabinet de Pierre Contant d'Ivry, et entra également en rapport avec celui de Jean-Michel Chevotet, deux maîtres qui pouvaient lui procurer d'utiles relations parmi leurs riches clientèles : grâce à Contant d'Ivry, Ledoux entra en rapports avec le baron Crozat de Thiers qui lui confia l'aménagement d'un appartement dans son hôtel (Un hôtel est un établissement offrant un service d’hébergement payant, généralement pour de courtes périodes. Dans sa définition de l’hôtel,...) de la place Vendôme tandis que, parmi les clients de Chevotet, il fit la connaissance du président Hocquart et entra dans les bonnes grâces de la présidente et de sa sœur, Mme de Montesquiou.

Contant et Chevotet incarnaient un style Louis XV en voie de passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) de mode mais, sans doute par l'intermédiaire de Louis-François Trouard, qui était revenu de Rome en 1757, Ledoux découvrit l'architecture antique, notamment les temples de Paestum, qui devaient exercer une grande influence sur son esthétique, et l'œuvre de Palladio.

Les œuvres de jeunesse (1762-1770)

En 1762, le jeune Ledoux créa pour le café Godeau, rue (La rue est un espace de circulation dans la ville qui dessert les logements et les lieux d'activité économique. Elle met en relation et structure les...) Saint-Honoré, fréquenté par des officiers, l'époustouflant décor conservé depuis 1969 au musée Carnavalet : sur les murs, il dressa, en guise de pilastres, des faisceaux de piques sommés de casques, entre lesquels il fit alterner des miroirs avec de larges panneaux ornés de trophées d'armes, d'un dessin original et hardi.

Château de Mauperthuis, 1763 (détruit)
Château (Un château est à l'origine une construction médiévale destinée à protéger le seigneur et à symboliser son autorité au sein du fief. Les...) de Mauperthuis, 1763 (détruit)
Hôtel d'Hallwyll, 1766. Élévation de la façade sur la rue Michel-le-Comte.
Hôtel d'Hallwyll, 1766. Élévation de la façade sur la rue Michel-le-Comte.
Pavillon de Mme du Barry, Louveciennes, 1770-1771.
Pavillon de Mme du Barry, Louveciennes, 1770-1771.

L'année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.) suivante, le marquis Anne-Pierre de Montesquiou-Fézensac appela Ledoux dans son vaste domaine de Mauperthuis, dans la Brie. L'architecte rebâtit le château au sommet d'une colline, créa des jeux d'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les organismes vivants connus.) alimentés par un aqueduc (Un aqueduc est un ouvrage destiné à l'adduction d'eau pour la consommation d'une ville. Le mot aqueduc vient du latin aquaeductus, de aqua...), une orangerie, une faisanderie et de vastes dépendances dont seuls subsistent aujourd'hui quelques vestiges.

Pour la présidente Hocquart, il bâtit en 1764 à la chaussée d'Antin un pavillon de style palladien orné, comme le château de Mauperthuis, d'un ordre colossal (L' Ordre colossal est un Ordre architectural régnant sur plusieurs étages. Cette disposition est apparue timidement au cours du XVe siècle, et s'est généralisée au milieu du XVIe siècle.), forme que Ledoux devait décliner fréquemment, et que condamnait en principe la stricte tradition française, fidèle au principe de superposition (En mécanique quantique, le principe de superposition stipule qu'un même état quantique peut possèder plusieurs valeurs pour une certaine quantité observable (spin, position,...) des ordres[1].

Le 26 juillet 1764 à Saint-Eustache, Ledoux épousa Marie Bureau, fille d'un musicien du Roi. Un ami champenois, Joseph Marin Masson de Courcelles, lui obtint une place d'architecte des Eaux et Forêts en remplacement de Claude-Louis Daviler. Pour le compte de cette administration, il travailla, entre 1764 et 1770, à réparer ou à construire des dépendances du domaine forestier telles que des églises, ponts, puits, fontaines, écoles, dans le Tonnerrois, le Sénonais et le Bassigny. Parmi les témoignages conservés de cette activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) on peut citer le pont (Un pont est une construction qui permet de franchir une dépression ou un obstacle (cours d'eau, voie de communication, vallée, etc.) en passant par-dessus cette séparation. Le...) de Marac, le pont Prégibert à Rolampont, les églises de Fouvent-le-Haut, de Roche-et-Raucourt, de Rolampont, de Cruzy-le-Châtel (nef, collatéraux et premier ordre du portail), le chœur de Saint-Étienne d'Auxerre.

À Paris, Ledoux se fit connaître en 1766 avec l’hôtel d'Hallwyll, dans le quartier du Marais (En géographie, un marais est un type de formation paysagère, au relief peu accidenté, où le sol est recouvert, en permanence ou par intermittence, d'une couche d'eau stagnante, en général peu profonde, et couvert de...). Les commanditaires, Franz-Joseph d'Hallwyll, colonel des Suisses et sa femme, Marie-Thérèse Demidorge, veillaient de près à la dépense. Ledoux dut réutiliser une partie des bâtiments existants et imagina deux colonnades doriques conduisant à un nymphée orné d'urnes renversées pour tenir lieu du jardin que l'exiguïté de la parcelle ne permettait pas d'aménager. Il fit peindre une colonnade (En architecture, une colonne est un élément vertical de soutien de forme cylindrique.) en trompe l'œil sur le mur (Un mur est une structure solide qui sépare ou délimite deux espaces.) aveugle du couvent (Un couvent est un établissement religieux, généralement chrétien, où des clercs mènent une vie religieuse en communauté. Le couvent n'a pas de vocation monastique, il...) de Carmélites voisin, de l'autre côté de la rue de Montmorency, afin d'étendre la perspective, procédé astucieux qui frappa les contemporains.

Ce bâtiment relativement modeste lui permit d'obtenir en 1767 la commande (Commande : terme utilisé dans de nombreux domaines, généralement il désigne un ordre ou un souhait impératif.) beaucoup plus importante du somptueux hôtel d'Uzès, construit pour le duc d'Uzès rue Montmartre. Là aussi, Ledoux conserva les structures d'un bâtiment plus ancien. Les boiseries du salon de compagnie, sculptées par Joseph Métivier et Jean-Baptiste Boiston, sont conservées au musée Carnavalet : elles constituent un exemple précoce du style néoclassique.

Le château de Bénouville, au nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.) de Caen (département du Calvados), fut construit en 1768-1769 pour le marquis de Livry. Avec ses volumes massifs, son vaste péristyle (Un péristyle (du grec περ?στυλον peristulon) est une galerie de colonnes faisant le tour d'un édifice à l'intérieur de son mur d'enceinte. Ce qui le distingue...), c'est la plus importante des œuvres de jeunesse de Ledoux. On remarque particulièrement le superbe escalier (L’escalier est une construction architecturale constituée d'une suite régulière de marches, les degrés, permettant d'accéder à un étage, de passer d'un...) d'honneur sous coupole (Une coupole est une voûte hémisphérique, de profil semi-circulaire, elliptique ou polygonal, parfois exhaussée par un tambour. La toiture de cette voûte est un dôme. Le terme...) conduisant au premier étage.

Ledoux fit un voyage (Un voyage est un déplacement effectué vers un point plus ou moins éloigné dans un but personnel (tourisme) ou professionnel (affaires). Le voyage s'est considérablement développé...) en Angleterre (L’Angleterre (England en anglais) est l'une des quatre nations constitutives du Royaume-Uni. Elle est de loin la plus peuplée, avec 50 763 000 habitants (en 2006), qui représentent 83,8%...) dans les années 1769-1771 où il put se familiariser avec le palladianisme, et ses figures obligées telles que les serliennes, dont il usera. Il construisit de nombreux pavillons de style palladien, de volume (Le volume, en sciences physiques ou mathématiques, est une grandeur qui mesure l'extension d'un objet ou d'une partie de l'espace.) généralement cubique et ornés d'un péristyle qui donnait de l'allure même aux constructions de petite taille. Dans ce genre, il bâtit à la chaussée d'Antin la maison (Une maison est un bâtiment de taille moyenne destiné à l'habitation d'une famille, voire de plusieurs, sans être considérée comme un...) de la Guimard, célèbre danseuse, la maison de Mlle Saint-Germain, rue Saint-Lazare, le pavillon d'Attilly au faubourg Poissonnière, le pavillon du poète Saint-Lambert à Eaubonne, et surtout le pavillon de musique de Mme du Barry à Louveciennes, inauguré le 2 septembre 1771.

La maturité

Sa réputation s'affirmant, Ledoux commença à construire des édifices beaucoup plus ambitieux, comme l’hôtel de Montmorency à la chaussée d'Antin, qui comportait en façade un ordre ionique (L'ordre ionique (appelé également colonne ionique) se caractérise notamment par son chapiteau à volutes, par son fût orné de 24 cannelures et par sa base moulurée.) sur un soubassement rustique et un toit (Le toit est la structure couvrant la partie supérieure d'un édifice, permettant principalement de protéger son intérieur contre les...) à l'italienne (Italienne est le nom communément utilisé pour le cordage servant a manœuvrer un enrouleur. Il s'enroule sur un tambour quand on déroule la voile, et on tire dessus pour enrouler la voile.) orné des statues de huit connétables. Mais, constatant l'appauvrissement relatif de la noblesse, il cherchait à se rapprocher des milieux de la finance, aux moyens beaucoup plus considérables.

Dans le même temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.), il suivait de près les opérations des administrations et songeait à se mettre à leur service, ne dédaignant pas des travaux à la frontière (Une frontière est une ligne imaginaire séparant deux territoires, en particulier deux États souverains. Le rôle que joue une frontière peut fortement varier...) entre les compétences de l'architecte et celles de l'ingénieur (« Le métier de base de l'ingénieur consiste à résoudre des problèmes de nature technologique, concrets et souvent complexes, liés à la conception, à la réalisation et à la mise en œuvre de produits, de...). Grâce à la protection de Mme du Barry, Ledoux devint commissaire aux Salines de l'Est, dont la modernisation était engagée à la suite de la construction du canal de Bourgogne. Il fut ensuite promu, en 1771, inspecteur des salines de l'État en Franche-Comté[2].

La saline royale d'Arc-et-Senans (1774-1779)

Saline royale d'Arc-et-Senans, pavillon d'entrée.
Saline royale d'Arc-et-Senans, pavillon d'entrée.
Saline royale d'Arc-et-Senans, atelier de fabrication
Saline royale d'Arc-et-Senans, atelier de fabrication
Saline royale d'Arc-et-Senans, projet pour le pavillon du directeur
Saline royale d'Arc-et-Senans, projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a priori à l’identique, nécessitant le concours et l’intégration...) pour le pavillon du directeur

Le sel était, autrefois, une denrée d'autant plus essentielle qu'elle servait à conserver certains aliments comme la viande ou le poisson (Dans la classification classique, les poissons sont des animaux vertébrés aquatiques à branchies, pourvus de nageoires et dont le corps est le plus souvent couvert...). Sa consommation supportait un impôt fort impopulaire, la gabelle, perçu par la ferme générale. En Franche-Comté, du fait de l'existence dans le sous-sol de gisements de sel gemme (Une gemme est une pierre fine, précieuse ou ornementale ou n'importe quelle matière très dure ou colorée ayant l'aspect de ces pierreries et utilisée comme ornement.), on trouvait des puits salés dont on extrayait le sel par ébullition (L’ébullition est la formation de bulles lors d’un changement violent d’un corps de l’état liquide vers l’état vapeur. Ce...) dans des chaudières chauffées au bois.

À Salins-les-Bains ou à Montmorot, on avait construit les chaudières près des puits et l'on amenait le bois des forêts voisines. Près du premier de ces sites, les fermiers généraux décidèrent d'expérimenter une autre méthode : construire une usine d'extraction du sel à proximité de la forêt (Une forêt ou un massif forestier est une étendue boisée, relativement dense, constituée d'un ou plusieurs peuplements d'arbres et d'espèces associées. Un boisement de...) de la Chaux, au lieu dit le Val d'Amour, entre les villages d'Arc et de Senans, et y amener l'eau salée par une canalisation (Une canalisation, ou un pipeline (de l'anglais) est une conduite destinée à l'acheminement de matières gazeuses, liquides, solides ou polyphasiques, d'un endroit...).

Construite entre 1774 et 1779, la saline royale d'Arc-et-Senans, dont les plans furent approuvés par Louis XV et par Trudaine, est le chef-d'œuvre de Ledoux. On peut y accéder par une route (Le mot « route » dérive du latin (via) rupta, littéralement « voie brisée », c'est-à-dire creusée dans la roche, pour ouvrir le...) rectiligne tracée à travers la forêt de Chaux. L'entrée, précédée par un péristyle d'ordre dorique (L'ordre dorique est le plus simple, le plus dépouillé des trois ordres grecs. Les colonnes doriques se caractérisent notamment par leur chapiteau à échine plate (nue, sans décors), par leur fût orné de 20...), dont les proportions massives, d'allure archaïsante, sont copiées de Paestum, est logée dans une grotte qui donne l'impression de pénétrer dans une mine de sel. L'alliance des colonnes, motif archétypal du néoclassicisme, et de la grotte ornée de concrétions, qui évoque les créations de la Renaissance, marque l'opposition, mais aussi l'articulation, entre les forces élémentaires de la nature et le génie organisateur de l'homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par distinction, l'homme...), qui traduit les réflexions du XVIIIe siècle – on pense notamment à Jean-Jacques Rousseau – sur le rapport entre la technique et la nature.

L'entrée donne sur un vaste espace semi-circulaire entouré de dix bâtiments qui s'ordonnent sur la demi-circonférence et son diamètre (Dans un cercle ou une sphère, le diamètre est un segment de droite passant par le centre et limité par les points du cercle ou de la sphère. Le diamètre est aussi...). Sur la partie circulaire on trouve la tonnellerie, la forge et les deux bâtiments d'habitation pour les ouvriers ; sur la partie rectiligne les ateliers d'extraction du sel (ou bernes) alternent avec des bâtiments administratifs dont, au centre, le pavillon du directeur, qui contenait à l'origine la direction et la chapelle (Une chapelle est un lieu de culte chrétien qui peut, selon le cas, constituer un édifice distinct ou être intégré dans un autre bâtiment.).

La signification de ce plan est ambivalente : le cercle (Un cercle est une courbe plane fermée constituée des points situés à égale distance d'un point nommé centre. La valeur de cette distance est appelée rayon du cercle. Celui-ci étant infiniment variable, il...), figure parfaite, évoque l'harmonie de la Cité (La cité (latin civitas) est un mot désignant, dans l’Antiquité avant la création des États, un groupe d’hommes sédentarisés libres (pouvant avoir des esclaves),...) idéale, lieu de la concorde (Le Concorde est un avion de transport supersonique construit par l’association de Sud-Aviation (devenue par la suite l’Aérospatiale après sa fusion...) dans le travail commun, mais il rappelle aussi les théories contemporaines de l'organisation (Une organisation est) et de la surveillance, particulièrement le panoptisme de Jeremy Bentham.

La saline peine à entrer dans une phase (Le mot phase peut avoir plusieurs significations, il employé dans plusieurs domaines et principalement en physique :) de production industrielle et rentable, en raison de la concurrence des marais salants. Après quelques essais peu fructueux, elle doit s'arrêter définitivement à cause de la Révolution française en 1790. Le rêve d'achèvement d'une manufacture, conçue à la fois comme une demeure royale et une nouvelle ville (Une ville est une unité urbaine (un « établissement humain » pour l'ONU) étendue et fortement peuplée (dont les habitations doivent être à moins de 200 m chacune, par opposition aux villages)...), prend fin.

Le théâtre de Besançon

Théâtre de Besançon, 1784
Théâtre de Besançon, 1784
Projet de palais de justice d'Aix-en-Provence
Projet de palais de justice (Un palais de justice contient un tribunal ou autre juridiction, son administration et divers services liés au droit. C'est l'équivalent francophone de la courthouse des...) d'Aix-en-Provence
Hôtel de Thélusson, 1778
Hôtel de Thélusson, 1778

Faisant de fréquents séjours en Franche-Comté en raison de ses fonctions, Ledoux fut choisi pour construire le théâtre de Besançon. Les salles de spectacles publiques étaient encore peu nombreuses en France.

Jusqu'alors, l'usage (L’usage est l'action de se servir de quelque chose.) était que les nobles seuls étaient assis, le peuple (Le terme peuple adopte des sens différents selon le point de vue où l'on se place.) restant debout. Mais cet état de fait suscitait des critiques auxquelles Ledoux, qui concevait le théâtre comme une communion de tous les spectateurs, à caractère quasi-religieux, souhaita répondre. Il trouva dans l'intendant de Franche-Comté, Charles André (Charles André (1841-1921) est un architecte français, père d'Émile André (1871-1933).) de La Coré, un esprit éclairé qui consentit à le suivre. Ainsi le théâtre de Besançon se trouva-t-il être le premier dont le parterre fut garni de fauteuils destinés aux abonnés. Les officiers s'installèrent au premier balcon (Un balcon (de l'italien balcone, lui-même peut-être issu du persan بالكانه bal-khané signifiant « pièce en...), la noblesse occupa les premières loges et la bourgeoisie les secondes, tandis que le peuple eut des places assises dans l'amphithéâtre : ainsi le théâtre put-il être à la fois le lieu de la communion et celui d'une stricte hiérarchie des classes.

Avec l'aide du machiniste Dard de Bosco, élève de Servandoni, Ledoux dota la cage de scène, à laquelle il donna un grand volume, de tous les perfectionnements. Il fut le premier à dissimuler les musiciens dans une fosse d'orchestre.

L'édifice fut inauguré en 1784 et reçut des éloges. Ledoux présenta ensuite un projet pour le théâtre de Marseille mais il ne fut pas retenu. En 1784, on lui préféra Pierre-Adrien Pâris pour la construction du nouvel hôtel de ville de Neuchâtel. Si le projet spectaculaire qu'il conçut pour le palais de justice et la prison d'Aix-en-Provence reçut, après bien des difficultés, un commencement d'exécution en 1786, il fut interrompu par la Révolution française alors que les murs ne dépassaient pas la hauteur (La hauteur a plusieurs significations suivant le domaine abordé.) du rez-de-chaussée[3].

Initié dans la franc-maçonnerie mystique[4], Ledoux participait, avec son ami William Beckford, à de mystérieuses cérémonies. La loge féminine de la Candeur se réunissait dans l'hôtel qu'il avait construit, rue des Petites-Écuries, pour Mme d'Espinchal. Il était désormais bien introduit dans le milieu de la finance. Pour le trésorier des maréchaussées, Praudeau de Chemilly, il dessina le parc (Un Parc est un terrain naturel enclos,[1] formé de bois ou de prairies, dans lequel ont été tracées des allées et chemins destinés à la chasse, à la promenade ou à...) de Bourneville près de la Ferté-Milon. Pour la veuve du banquier genevois Thélusson, ancien associé de Necker, il construisit à la chaussée d'Antin un hôtel que tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) Paris vint visiter : niché au cœur d'un jardin paysager, il ouvrait sur la rue de Provence par un immense porche en forme d'arc triomphal aux piles surbaissées ; les voitures (Une automobile, ou voiture, est un véhicule terrestre se propulsant lui-même à l'aide d'un moteur. Ce véhicule est conçu pour le transport terrestre de personnes ou de marchandises, elle est équipée en conséquence. C'est un...) pénétraient jusqu'à l'intérieur de l'hôtel dans un passage circulaire et le salon central, également circulaire, avait en son centre un rocher qu'enveloppait une colonnade.

Rue Saint-Georges, pour le créole Hosten, Ledoux construisit également un ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut être...) d'immeubles locatifs selon un principe constructif qui pouvait se développer à l'infini (Le mot « infini » (-e, -s ; du latin finitus, « limité »), est un adjectif servant à qualifier quelque chose qui n'a pas de limite en nombre ou en taille.). Rue Saint-Lazare, autour (Autour est le nom que la nomenclature aviaire en langue française (mise à jour) donne à 31 espèces d'oiseaux qui, soit appartiennent au genre Accipiter, soit constituent les 5 genres Erythrotriorchis, Kaupifalco,...) d'un entrepôt (Un entrepôt est un bâtiment logistique destiné au stockage de biens en vue de leur expédition vers un client (interne ou externe à l'entreprise). Il peut être détenu et...) de commerce, il dessina les jardins de Zéphyr et de Flore (La flore est l'ensemble des espèces végétales présentes dans un espace géographique ou un écosystème déterminé (par opposition à la faune). Le terme « flore »...), dont Hubert Robert a fixé l'apparence.

L'architecte de la ferme générale

Rotonde de Chartres (aujourd'hui : entrée du parc Monceau)
Rotonde de Chartres (aujourd'hui : entrée du parc Monceau)
Barrière Saint-Martin / de La Villette
Barrière Saint-Martin / de La Villette

Dans la suite de ses travaux franc-comtois, Ledoux était devenu architecte de la Ferme générale. Pour cette compagnie, il construisit un grenier (Le grenier (latin granarium) est un local hors-sol destiné au stockage du grain. Il peut être intégré à un bâtiment, ou constituer une petite...) à sel à Compiègne et entreprit de dresser un vaste siège rue du Bouloi à Paris.

Charles Alexandre de Calonne étant contrôleur général des finances, la Ferme obtint, sur une idée du chimiste (Un chimiste est un scientifique qui étudie la chimie, c'est-à-dire la science de la matière à l'échelle moléculaire ou atomique ("supra-atomique"). Le mot chimiste est dérivé d'alchimiste mais prend un...) et fermier général Lavoisier, de dresser une barrière autour de Paris pour limiter la contrebande qui occasionnait une évasion importante des droits d'octroi : ce fut le fameux mur des Fermiers généraux qui devait avoir 6 lieues de tour (24 kilomètres) et comporter 60 bureaux de perceptions. Ledoux fut chargé de dresser ces édifices, qu'il baptisa pompeusement " les Propylées de Paris " et auxquels il voulut donner un caractère de solennité et de magnificence tout en mettant en pratique ses idées sur les liens nécessaires entre la forme et la fonction.

Pour couper court aux protestations de la population parisienne, l'opération fut menée tambour battant : 50 barrières d'octroi (L’octroi est une contribution indirecte perçue autrefois par les municipalités à l'importation de marchandises sur leur territoire....) furent construites entre 1785 et 1788. La plupart ont été détruites au XIXe siècle ; il en subsiste un très petit nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre grammatical ».)[5], dont celles de La Villette et de la place Denfert-Rochereau sont les seules à ne pas avoir été dénaturées. Dans certains cas, la porte était encadrée de deux bâtiments identiques ; dans d'autres, elle ne comportait qu'un seul bâtiment. Les formes se rattachaient à quelques grands types : la rotonde (Monceau, Reuilly) ; la rotonde surmontant une croix grecque (La Villette, La Rapée) ; le cube (En géométrie euclidienne, un cube est un prisme dont toutes les faces sont carrées. Les cubes figurent parmi les solides les plus remarquables de l'espace. C'est un...) à quatre péristyle (Picpus) ; le temple grec (Gentilly, Courcelles) ; la colonne (le Trône). À l'Étoile (Une étoile est un objet céleste émettant de la lumière de façon autonome, semblable à une énorme boule de plasma comme le Soleil, qui est l'étoile...), les pavillons, flanqués de colonnes faisant alterner les éléments cubiques et cylindriques, évoquaient le bâtiment de la direction d'Arc-et-Senans ; au bureau des Bonshommes, une abside (L'abside est un volume qui élargit le fond d'un monument, en forme de demi-cylindre surmonté d'une demi-sphère (voûte en cul de four). Son emploi délimite à l'intérieur du monument un espace privilégié, qui attire...) ouverte par un péristyle rappelait le pavillon de la du Barry et l'hôtel de la Guimard. L'ordre employé était généralement le dorique grec. Ledoux avait également multiplié les bossages rustiques.

Les critiques d'ordre politique adressées à cette construction audacieuse[6] se doublèrent de critiques esthétiques pour l'architecte, accusé d'avoir pris des libertés excessives avec les canons antiques par des commentateurs tels que Dulaure ou Quatremère de Quincy. Bachaumont dénonce un " monument d'esclavage et de despotisme "[7]. Dans son Tableau de Paris (1788), Louis-Sébastien Mercier stigmatise " les antres du fisc métamorphosés en palais à colonnes ", et s'exclame : " Ah ! Monsieur Ledoux, vous êtes un terrible architecte ! ". Ledoux, livré en pâture à l'opinion, fut révoqué de ses fonctions en 1787 tandis que Necker, succédant à Calonne, désavouait l'entreprise.

Les temps difficiles

Au même moment, les travaux du palais de Justice d'Aix-en-Provence étaient suspendus, Ledoux accusé de pousser le Trésor à des dépenses inconsidérées. Lorsque la Révolution éclata, sa riche clientèle prit le chemin de l'émigration ou périt sous la guillotine. Il vit sa carrière et ses projets arrêtés alors même que les premiers coups de pioche s'acharnaient sur l'enceinte déjà désuète des fermiers généraux : si, dès juin 1790, la Ferme générale avait pu installer ses employés dans les pavillons de Ledoux, l'octroi fut supprimé dès mai 1791, rendant l'ouvrage inutile. Symbole malgré lui de l'oppression fiscale, Ledoux, qui avait constitué une belle fortune et menait grand train (Un train est un véhicule guidé circulant sur des rails. Un train est composé de plusieurs voitures (pour transporter des personnes) et/ou de plusieurs wagons (pour transporter des marchandises), et peut être tracté par...), fut arrêté et jeté à la prison de la Force (Le mot force peut désigner un pouvoir mécanique sur les choses, et aussi, métaphoriquement, un pouvoir de la volonté ou encore une vertu morale « cardinale » équivalent au courage...).

Il donna encore un projet d'école d'agriculture pour le duc de Duras, son compagnon de captivité. Peut-être l'intervention du peintre David, gendre de l'entrepreneur Pécoul, considérablement enrichi dans la construction des octrois, lui évita-t-elle la guillotine. Mais il perdit sa fille préférée tandis que l'autre lui intentait un procès.

Ledoux, rendu (Le rendu est un processus informatique calculant l'image 2D (équivalent d'une photographie) d'une scène créée dans un logiciel de modélisation 3D comportant à la fois des...) à la liberté, cessa de construire et s'attacha à préparer la publication de son œuvre complète. Depuis 1773, il avait commencé à faire graver ses constructions et ses projets mais, en raison de l'évolution de son style, il ne cessait de retoucher ses dessins et les graveurs devaient constamment refaire leurs planches. Ledoux évoluait vers une architecture toujours plus détaillée, colossale, avec de vastes parois de plus en plus lisses, des ouvertures de plus en plus rares, etc.

Pendant son emprisonnement, il avait commencé à rédiger un texte pour accompagner les gravures. Seul le premier volume parut de son vivant, en 1804, sous le titre L'Architecture considérée sous le rapport de l'art, des mœurs et de la législation. Il présente le théâtre de Besançon, la saline d'Arc-et-Senans et la ville de Chaux.

Il mourut à Paris en 1806.

L'utopiste

Projet pour la ville de Chaux, autour de la saline royale d'Arc-et-Senans
Projet pour la ville de Chaux, autour de la saline royale d'Arc-et-Senans

Autour de la saline royale, Ledoux formalisa ses conceptions innovantes d'un urbanisme (L’urbanisme est à la fois un champ disciplinaire et un champ professionnel recouvrant l'étude du phénomène urbain, l'action d'urbanisation et l'organisation de la ville et de ses territoires. Les personnes qui exercent...) et d'une architecture destinés à rendre la société meilleure, d'une Cité idéale chargée de symboles et de significations. Il est considéré, avec Étienne-Louis Boullée et ses projets de Cénotaphe de Newton ou de basilique, comme l'un des précurseurs du courant utopiste[8].

Dès 1775, il avait présenté à Turgot les premières esquisses de la ville de Chaux, dont la saline royale devait former le centre. Le projet, constamment perfectionné, fut gravé à partir de 1780.

Utopiste radical de l'architecture, enseignant à l'École royale des beaux-arts, il créé un singulier ordre architectonique, une nouvelle colonne formée d'une alternance de pierres cylindriques et cubiques superposées à l'effet plastique saisissant. L'époque est alors au retour à l'antique, à la distinction et au dépouillement, au goût (Pour la faculté de juger les belles choses, voir Goût (esthétique)) pour le style "rustique".

Principales œuvres

Constructions

Hôtel de Mlle Guimard - Élévation
Hôtel de Mlle Guimard - Élévation
Hôtel de Mlle Guimard - Plan du rez-de-chaussée
Hôtel de Mlle Guimard - Plan du rez-de-chaussée
  • Décor du Café militaire (ou Café Godeau), rue Saint-Honoré, Paris, 1762 (Musée Carnavalet, Paris)
  • Château de Mauperthuis (actuel département de Seine-et-Marne), 1763 (détruit)
  • Hôtel du président Hocquart, 66 rue de la Chaussée d'Antin, Paris, 1764-1765 (détruit)
  • Hôtel d'Hallwyll, 28 rue Michel-le-Comte et 15 rue de Montmorency, Paris, 1766 : C'est la seule construction privée de Ledoux qui a subsisté dans la capitale (Une capitale (du latin caput, capitis, tête) est une ville où siègent les pouvoirs, ou une ville ayant une prééminence dans un domaine social, culturel,...).
  • Hôtel d'Uzès, rue Montmartre, Paris, 1767 (détruit vers 1870) : Les boiseries du salon de compagnie sont conservées depuis 1968 au musée Carnavalet.
  • Château de Bénouville, Bénouville, Calvados (près de Caen), 1768-1769 : Propriété du conseil général du Calvados, il abrite aujourd'hui la chambre régionale des comptes.
  • Hôtel de la présidente de Gourgues, 53 rue Saint-Dominique, Paris (reconstruit)
  • Maison de Mlle Guimard, chaussée d'Antin, Paris (détruit)
  • Maison de Mlle Saint-Germain, rue Saint-Lazare, Paris, 1769-1770 (détruit)
  • Pavillon Saint-Lambert, Eaubonne (détruit)
  • Pavillon d'Attilly, faubourg Poissonnière, Paris, 1771 (détruit)
  • Pavillon de musique de Mme du Barry, Louveciennes, 1770-1771 (subsiste, mais assez largement dénaturé : il a été déplacé et surélevé d'un étage dans les années 30 par Charles Mewès (Charles Frédéric Mewès est un architecte français né en 1858 et mort en 1914.) pour le parfumeur François Coty)
  • Hôtel de Montmorency, angle (En géométrie, la notion générale d'angle se décline en plusieurs concepts apparentés.) de la rue de la chaussée d'Antin et de l'actuel boulevard (Au sens premier, un boulevard est une voie de communication reposant sur d'anciens remparts, puisque le mot vient du néerlandais bolwerc signifiant rempart. Il permet donc de contourner une ville de...) des Capucines, Paris, 1772 (détruit) : Les boiseries du salon circulaire sont conservées au Boston Museum of Fine Arts.
  • Saline royale d'Arc-et-Senans (1774-1779) (classée au titre des monuments historiques de la France et au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1982)
  • Théâtre de Besançon, 1778-1784
  • Hôtel Thélusson, rue de Provence, Paris, 1778 (détruit en 1826 lors du prolongement de la rue Laffitte)
  • Hôtel de Mme d'Espinchal, rue des Petites-Écuries, Paris (détruit)
  • Parc de Bourneville, La Ferté-Milon (Aisne)
  • Grenier à sel de Compiègne (Oise)
  • Siège de la Ferme générale, rue du Bouloi, Paris
  • Pavillons et barrières de l'Octroi de Paris (voir Enceinte des Fermiers généraux) (1785).

Projets

Parmi ses autres conceptions " visionnaires " :

  • Projet de ville de Chaux, autour de la saline royale d'Arc-et-Senans, publié en 1804 :
    • Plan d'ensemble
    • Marché
    • Maison de jardinier
  • Projet de palais de justice et de prison d'Aix-en-Provence, 1785-1786
  • le projet d'" immeuble-loyer ", 1792

Publications

En 1804 est publié un volume comprenant des œuvres allant de 1768 à 1789 : L'Architecture considérée sous le rapport de l'art, des mœurs et de la législation.

Galerie

Bâtiments effectivement réalisés

Projets

La ville idéale de Chaux

Bâtiments publics

Établissements commerciaux et divers

Postérité critique

Lorsqu'elles furent publiées en 1804, les planches gravées de Ledoux furent admirées pour leur qualité d'exécution mais le texte qui les accompagne fut jugé délirant.

L'œuvre de Ledoux a été réévaluée depuis 1925. Reconnu comme un visionnaire par le cubisme, le surréalisme ou le postmodernisme, Ledoux est désormais considéré comme l'un des tout premiers architectes de son temps.

On a pu parler d'un véritable " mythe Ledoux " dont témoignent les films de Pierre Kast (La Morte saison des amours, 1952 ; L'Architecte maudit, 1953) et son roman Le Bonheur ou le pouvoir.

Le bicentenaire de la mort de Claude-Nicolas Ledoux fut célébré en 2006. Le Conseil général du Doubs organisa durant cette année de nombreux événements à destination de tous les publics : expositions, concerts, journées grand public, colloques, visites, etc.

Page générée en 0.395 seconde(s) - site hébergé chez Amen
Ce site fait l'objet d'une déclaration à la CNIL sous le numéro de dossier 1037632
Ce site est édité par Techno-Science.net - A propos - Informations légales
Partenaire: HD-Numérique