Thomas Jefferson
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Thomas Jefferson, né le 13 avril 1743 à Shadwell et mort le 4 juillet 1826 à Monticello, était le troisième président des États-Unis d'Amérique de 1801 à 1809. Cet homme d'État était également philosophe, agronome, inventeur, architecte (L'architecte est le professionnel du bâtiment dont la fonction est de concevoir et de diriger la réalisation d'une œuvre d'architecture pour le compte d'un...) et il ne cachait pas ses sympathies francophiles. Propriétaire d'une plantation (Une plantation est une exploitation agricole en monoculture de cultures à forte valeur économique destinées à la vente vers des marchés...) en Virginie, il possédait de nombreux esclaves. Pourtant, Jefferson était attaché aux Droits de l'homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo sapiens) ou plus simplement « Homme ». Par distinction, l'homme prépubère est...) pour lesquels il lutta au niveau de son État et du pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue restreinte (de l'ordre de quelques centaines de km²), subdivision...). Il faisait partie de l'élite des Lumières et a connu les plus grands esprits de son temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le changement dans le monde.). Rédacteur d'une partie de la Déclaration d'indépendance, il doubla la superficie (L'aire ou la superficie est une mesure d'une surface. Par métonymie, on désigne souvent cette mesure par le terme « surface » lui-même (par...) des États-Unis par l'achat de la Louisiane.

Thomas Jefferson (Thomas Jefferson, né le 13 avril 1743 à Shadwell et mort le 4 juillet 1826 à Monticello, était le troisième président des États-Unis d'Amérique de 1801 à 1809. Cet homme...)
Thomas Jefferson
N° d’ordre 3e président des États-Unis d'Amérique (L’Amérique est un continent séparé, à l'ouest, de l'Asie et l'Océanie par le détroit de Béring et l'océan...)
Élection {{{élection}}}
Mandat 4 mars 1801 – 4 mars 1809
Date et lieu
de naissance
13 avril 1743

à Shadwell, Virginie

Date et lieu
de décès
4 juillet 1826

à Monticello, Virginie

Profession Architecte, planteur
Parti politique Démocrate-républicain
Vice-président Aaron Burr (1801-1805)
George Clinton (1805-1809)
Processus électoral
Résultats des élections
Liste des Vice-présidents

Biographie

Débuts en Virginie (1743-1773)

Thomas Jefferson naît le 13 avril 1743 à Shadwell dans le Comté d'Albemarle en Virginie. Ses parents, Peter Jefferson et Jane Randolph, font partie de familles de notables installés dans la région depuis plusieurs générations. Thomas Jefferson est le premier fils d'une famille de dix enfants. Son père est propriétaire d'une plantation dans le comté d'Albemarle et consacre une partie de son temps à la cartographie (La cartographie désigne la réalisation et l'étude des cartes géographiques. Le principe majeur de la cartographie est la représentation de...) et à l'arpentage. Autodidacte (Un autodidacte est une personne qui a appris par elle-même, en dehors des institutions éducatives (ce qui constitue l'autodidaxie).), ce dernier tient à ce que son fils Thomas ait une solide éducation.

En 1752, Thomas Jefferson fréquente une école dirigée par le révérend écossais William Douglas qui lui enseigne plusieurs langues, dont le latin, le grec ancien et le français. À la mort (La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre (même si on a pu parler de la mort dans un sens cosmique plus général, incluant par exemple la mort des étoiles). Chez les organismes...) de son père en 1757, il n'est âgé que de 14 ans et il hérite de son immense propriété, sur laquelle travaillent des dizaines d'esclaves. Jefferson parfait sa culture (La définition que donne l'UNESCO de la culture est la suivante [1] :) classique, apprend les sciences naturelles et l'histoire auprès du révérend James Maury à Fredericksburg.

En 1760, Jefferson entreprend des études supérieures au College of William and Mary à Williamsburg où il se forme à des disciplines variées (botanique, géologie (La géologie, du grec ancien γη- (gê-, « terre ») et λογος (logos, « parole »,...), cartographie, grec, latin, droit, histoire, philosophie). Il perfectionne son français. Son professeur de philosophie, William Small, lui donne le goût (Pour la faculté de juger les belles choses, voir Goût (esthétique)) pour les auteurs anglais John Locke, Francis Bacon, Isaac Newton (Sir Isaac Newton était un philosophe, mathématicien, physicien et astronome anglais né le 4 janvier 1643 du calendrier grégorien[1] au manoir de...) et lui apprend à utiliser le doute méthodique. Jefferson fréquente le Flat Hat Club, une société secrète et une fraternité étudiante. Diplômé en 1762, il étudie ensuite le droit auprès de son ami et mentor George Wythe. Il est admis au barreau en 1767 avant d’être élu à l'Assemblée de Virginie en 1769. Jefferson siège à la chambre des Bourgeois de Virginie, entre 1767 et 1775. Après l'incendie du manoir (Un manoir (en latin : manerium) est la résidence ou la demeure (en latin manere : demeurer, rester) d'un noble, son logis seigneurial. Le bâtiment est parfois...) familial en 1770, Jefferson commence la construction de sa maison (Une maison est un bâtiment de taille moyenne destiné à l'habitation d'une famille, voire de plusieurs, sans être considérée comme un immeuble collectif.) qui devient plus tard Monticello. En 1772, il épouse une veuve, Martha Wayles Skelton, avec laquelle il a six enfants : Martha (1772-1836), Jane (1774-1775), un fils mort-né (1777), Mary (1778-1804), Lucy Elisabeth (1780-1781) et Lucy Elisabeth (1782-1784).

 
 
 
 
 
Peter Jefferson (1708-1757)
 
 
 
Jane Randolph (1720-1776)
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Martha Wayles Skelton
(1748 - 1782)
 
Thomas Jefferson (1743 - 1826)
 
9 autres enfants
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Martha
(1772-1836)
Jane Un fils Mary
(1778-1804)
Lucy Elisabeth Lucy Elisabeth

Engagement dans la Révolution américaine (1774-1779)

La montée du mécontentement des colons américains contre la Grande-Bretagne (La Grande-Bretagne (en anglais Great Britain) est une île bordant la côte nord-ouest de l'Europe continentale. Elle représente la majorité du territoire du Royaume-Uni. En son acception politique, ce toponyme désigne...) provoque l’engagement de Jefferson en politique. Il décide de rejoindre le groupe contestataire de Patrick Henry. Il ne se distingue pas par ses talents oratoires mais la valeur de ses écrits est appréciée.

Nourri des œuvres des philosophes du siècle (Un siècle est maintenant une période de cent années. Le mot vient du latin saeculum, i, qui signifiait race, génération. Il a ensuite indiqué la durée d'une génération humaine et faisait 33 ans 4 mois (d'où peut être l'âge du...) des Lumières, Jefferson publie en 1774 son célèbre pamphlet Aperçu sommaire des droits de l'Amérique britannique[1], rapport destiné aux délégués de Virginie du premier Congrès continental. Cet essai ouvre une nouvelle voie vers l'indépendance des colonies et range Jefferson parmi les patriotes du peuple (Le terme peuple adopte des sens différents selon le point de vue où l'on se place.) américain.

Statue de Jefferson devant le préambule de la Déclaration d'indépendance américaine. Jefferson Memorial, Washington DC
Statue de Jefferson devant le préambule de la Déclaration d'indépendance américaine. Jefferson Memorial, Washington DC

Au printemps (Le printemps (du latin primus, premier, et tempus, temps, cette saison marquant autrefois le début de l'année) est l'une des quatre saisons des zones tempérées,...) 1775, Jefferson est choisi pour être délégué du deuxième congrès continental à Philadelphie (Philadelphie (en anglais Philadelphia) est une ville de l'État de Pennsylvanie, aux États-Unis. Quatrième agglomération du pays, Philadelphie comptait 1 463 281 habitants dans la...). En juin 1776, Jefferson prend part à la rédaction de la constitution de la Virginie, ce qui lui permet de proposer les principes auxquels il croit.

Le 1er juillet 1776, l'assemblée de Philadelphie décide la rédaction de la Déclaration d'indépendance des États-Unis ; un comité de rédaction est formé qui comprend cinq hommes, John Adams, Roger Sherman, Benjamin Franklin (Benjamin Franklin (17 janvier 1706 à Boston - 17 avril 1790 à Philadelphie) est l'une des plus illustres figures de l'histoire américaine,...), Robert Livingston et Thomas Jefferson. Ce dernier est chargé de préparer une ébauche et devient de fait le principal auteur du texte. Jefferson reprend les idées de John Locke sur les droits naturels. Après plusieurs modifications, le document (Dans son acception courante un document est généralement défini comme le support physique d'une information.) est approuvé le 4 juillet 1776 : la déclaration représente l'un des textes fondamentaux du pays puisqu'il proclame l'indépendance américaine et le droit de se révolter contre la Grande-Bretagne.

En septembre, Jefferson se fait élire à la nouvelle chambre des délégués de l'État de Virginie. Dans le cadre de cette fonction, il collabore à la réforme législative vers plus de démocratie : dans le domaine de la religion, la liberté de culte ainsi que la séparation (D'une manière générale, le mot séparation désigne une action consistant à séparer quelque chose ou son résultat. Plus particulièrement il est employé dans plusieurs domaines :) des Églises et de l’État sont établies[2]. Les religions ne sont plus financées par l’argent public. La fonction publique est désormais ouverte à tous, sans distinction de croyance. Jefferson cherche à faire de la Virginie une République modèle pour le monde (Le mot monde peut désigner :) entier. Il fait des propositions pour réformer le système éducatif et esclavagiste de sa région. Sous son impulsion, la traite des Noirs est interdite en 1778[3].

Retour en Virginie (1779-1785)

Jefferson occupe ensuite le poste de gouverneur de Virginie entre 1779 et 1781. C'est sous son mandat que la capitale (Une capitale (du latin caput, capitis, tête) est une ville où siègent les pouvoirs, ou une ville ayant une prééminence dans un domaine social, culturel,...) de la Virginie est transférée de Williamsburg à Richmond. Pendant la guerre d'indépendance, son État est envahi à deux reprises par les Anglais. Il faillit être capturé par la cavalerie britannique à Charlottesville, mais il réussit à s'enfuir. Son action est durement critiquée : on lui reproche son manque d’efficacité lors de l'attaque anglaise. Jefferson finit par se retirer sur ses terres de Monticello pour s’occuper de sa femme enceinte et malade. Le décès de celle-ci en 1782 le plonge dans un profond chagrin et il promet de ne jamais se remarier. Pendant cette période de retraite, Jefferson rédige les Observations sur la Virginie (en anglais Notes on Virginia), dans lesquelles il analyse les statuts de l’État.

Jefferson revient aux affaires en décembre 1782 : il devient délégué de la Virginie au congrès continental ; il propose en 1784 une procédure d’adhésion et de découpage pour les nouveaux territoires de l’Union. Le Congrès s'inspire de ces propositions qui servirent de base à l'ordonnance du Nord-Ouest (Le nord-ouest est la direction entre les points cardinaux nord et ouest. Le nord-ouest est opposé au sud-est.) de 1787.

L’ambassadeur (1785-1789)

Au cours de l’été 1784, Jefferson arrive en Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un continent à part entière, mais aussi comme...) pour négocier des traités aux côtés de Benjamin Franklin. Il lui succède en tant qu'ambassadeur en France, de mai 1785 au mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une période de temps arbitraire.) d’août 1789[4]. Après avoir résidé dans plusieurs hôtels parisiens, l’ambassadeur se fixe à l'hôtel (Un hôtel est un établissement offrant un service d’hébergement payant, généralement pour de courtes périodes. Dans sa définition de...) de Langeac, près des Champs-Élysées actuels. Il prend goût à la vie (La vie est le nom donné :) parisienne, fréquente les salons littéraires et les libraires de la capitale. Il visite plusieurs contrées d’Europe de l’Ouest (France, Italie, Angleterre (L’Angleterre (England en anglais) est l'une des quatre nations constitutives du Royaume-Uni. Elle est de loin la plus peuplée, avec 50 763 000 habitants (en 2006), qui représentent 83,8% de la population du Royaume-Uni, et...), Hollande, Rhénanie). Son action en tant qu’ambassadeur vise à développer les relations commerciales entre les deux pays. Il s’emploie à redresser l’image des États-Unis auprès des élites françaises.

Jefferson n'a donc pas pu participer aux débats portant sur la constitution américaine en 1787. Il les suit de loin, grâce à sa correspondance (La correspondance est un échange de courrier généralement prolongé sur une longue période. Le terme désigne des échanges de courrier personnels plutôt qu'administratifs.), et affirme son soutien à la déclaration des droits (en anglais Bill of Rights). C'est en 1785 que paraissent en France ses Notes on Virginia[5]. Lors de son séjour français, Jefferson profite de la vie culturelle de Paris (Paris est une ville française, capitale de la France et le chef-lieu de la région d’Île-de-France. Cette ville est construite sur une boucle de la Seine, au centre du bassin...). Il est très attaché à la France, mais se montre critique vis-à-vis de la monarchie absolue (L'absolue est un extrait obtenu à partir d’une concrète ou d’un résinoïde par extraction à l’éthanol à température ambiante ou plus...) et des mœurs des Français, qu'il juge (Le juge peut être un professionnel du droit, désigné ou élu pour exercer son office. Il peut également être un simple citoyen appelé temporairement à rendre la justice : c'est...) dissolues[6]. Il est témoin des premiers épisodes de la Révolution française. Jefferson commente et annote un projet (Un projet est un engagement irréversible de résultat incertain, non reproductible a priori à l’identique, nécessitant le concours et l’intégration d’une grande diversité de contribution, et...) de déclaration des droits[7] présenté par son ami La Fayette[8] au cours des débats sur la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen de 1789. Jefferson rentre aux États-Unis en novembre 1789.

Jefferson au gouvernement (1790-1800)

Alexander Hamilton, l'adversaire politique de Jefferson
Alexander Hamilton, l'adversaire politique de Jefferson

En mars 1790, Jefferson est choisi comme Secrétaire d’État[9] du premier gouvernement de George Washington (1789–1793). Ses fonctions lui permettent d’organiser le Secrétariat d’État et d'unifier les poids (Le poids est la force de pesanteur, d'origine gravitationnelle et inertielle, exercée par la Terre sur un corps massique en raison uniquement du voisinage de la Terre. Elle est égale à l'opposé de la...) et les mesures. Jefferson soumet l’idée d’un système métrique pour le pays, mais sa proposition n’est pas retenue. Il entre en confrontation avec le Secrétaire au Trésor Alexander Hamilton au sujet de l'importance des dépenses qui creusent le déficit en 1790. Ces dissensions prennent une dimension (Dans le sens commun, la notion de dimension renvoie à la taille ; les dimensions d'une pièce sont sa longueur, sa largeur et sa profondeur/son épaisseur, ou bien son diamètre si c'est une pièce de...) nationale et contribuent à la formation de deux partis politiques distincts (en anglais two-party system) : les Démocrates-Républicains[10] de Jefferson, contre les Fédéralistes d’Hamilton. Le premier prône un pouvoir fédéral très restreint et veut donner aux États fédérés la quasi totalité des pouvoirs sur la politique intérieure. Les deux formations politiques utilisent la presse pour convaincre l’opinion et les membres du Congrès. C'est le début du First Party System aux États-Unis.

Jefferson et Hamilton ne sont pas plus d’accord sur la politique extérieure : le premier soutient la France lorsque la Grande-Bretagne déclare la guerre à la Convention en 1793. Le second ne cache pas ses sympathies anglophiles. Après le Traité de Londres (Londres (en anglais : London - /?l?nd?n/) est la capitale ainsi que la plus grande ville d'Angleterre et du Royaume-Uni. Fondée il y a plus de 2 000 ans par les Romains, la ville...) (1795) (Jay Treaty) qui accorde le soutien de Washington à Londres contre la France, Jefferson préfère se retirer sur ses terres de Monticello. Il se présente aux élections présidentielles en 1796 : il arrive deuxième derrière John Adams, et devient son vice-président[11]. Sa fonction lui permet de retourner fréquemment en Virginie.

Avec la Quasi guerre navale contre la France (1798-1800), les Fédéralistes menés par John Adams font construire une marine de combat et lèvent de nouveaux impôts. Le Congrès adopte les Alien and Sedition Acts (Lois sur les étrangers et la sédition) auxquels s’oppose Jefferson. En 1800, Jefferson se lance à nouveau dans la campagne (La campagne, aussi appelée milieu rural désigne l'ensemble des espaces cultivés habités, elle s'oppose aux concepts de ville, d'agglomération ou de milieu urbain. La campagne est caractérisée par...) présidentielle.

Les résultats de l'élection présidentielle de 1800
Les résultats de l'élection présidentielle de 1800

Ses adversaires politiques le décrivent comme un déiste, un athée et un ennemi de la religion chrétienne. Son rival Alexander Hamilton le traite de démagogue. Jefferson réplique en accusant Hamilton de vouloir établir un régime monarchique. Ce dernier veut soumettre les intérêts individuels à la grandeur de la nation. Jefferson considère que la République doit assurer les droits individuels exprimés dans la Déclaration d’Indépendance.

Finalement, les Fédéralistes perdent les élections présidentielles. Le Collège (Un collège peut désigner un groupe de personnes partageant une même caractéristique ou un établissement d'enseignement.) électoral se réunit le 3 décembre 1800 mais il ne peut départager les deux candidats démocrates-républicains Thomas Jefferson et Aaron Burr. Conformément à la Constitution, c'est la Chambre des représentants qui élit alors le président ; après 36 tours[12], Jefferson emporte la présidence le 17 février 1801, paradoxalement grâce au soutien de son ennemi Alexander Hamilton. Ce dernier le préfère en effet à Aaron Burr, qu'il trouve malhonnête et qui ne mérite pas, selon lui, d'accéder au pouvoir. Jefferson avait également promis à Hamilton de supprimer toutes les taxes intérieures, le gouvernement fédéral n'étant financé qu'à partir des droits de douane. Jefferson proposera la même année (Une année est une unité de temps exprimant la durée entre deux occurrences d'un évènement lié à la révolution de la Terre autour du Soleil.) une abolition progressive de l’esclavage qui sera rejeté par le Sénat.

Première présidence (1801-1805)

Le premier mandat présidentiel de Thomas Jefferson est marqué par d'importants succès (achat de la Louisiane), des réformes politiques et une certaine popularité. Le président prend officiellement ses fonctions le 4 mars 1801. La cérémonie se déroule pour la première fois à Washington DC, qui devient la capitale fédérale. La présidence de Jefferson marque une étape importante dans la tradition démocratique américaine : elle représente en effet la première alternance entre les deux principaux partis politiques du pays.

Réformes politiques

Sur le plan législatif, plusieurs réformes sont entreprises : les impôts directs, l’impôt sur l’alcool et la loi de 1798 sur les étrangers sont supprimées. Le gouvernement fédéral ne peut se financer que sur les droits de douane. Jefferson favorise l'immigration (L'immigration désigne aujourd'hui l'entrée, dans un pays, de personnes étrangères qui y viennent pour y séjourner. Le mot immigration vient du latin migratio...) en assouplissant les règles d'entrée sur le territoire (La notion de territoire a pris une importance croissante en géographie et notamment en géographie humaine et politique, même si ce concept est utilisé par d'autres sciences humaines. Dans le dictionnaire...) américain. Il lutte avec succès contre l'endettement du pays. Le président parvient à calmer l'opposition fédéraliste.

D'autre part, le premier mandat de Jefferson marque un approfondissement des institutions du pays. En 1803, la décision de justice Marbury contre Madison donne à la cour suprême la faculté de vérifier la constitutionnalité des lois. En 1804, le XIIe amendement à la Constitution modifie le système des grands électeurs qui dorénavant votent séparément pour le président et le vice-président, diminuant ainsi le risque d’une cohabitation entre deux personnalités politiquement opposées.

Politique étrangère

En orange, le territoire acheté par les États-Unis en 1803
En orange, le territoire acheté par les États-Unis en 1803

Jefferson envoie deux émissaires auprès de Napoléon pour négocier l'achat de la Nouvelle-Orléans. Ils se voient offrir l'ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection d’objets (les éléments de l'ensemble), « une multitude qui peut être comprise comme un tout », comme l'énonçait...) de la Louisiane française, un territoire d'1,5 million (Un million (1 000 000) est l'entier naturel qui suit neuf cent quatre-vingt-dix-neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf (999 999) et qui précède un million un...) de Km²[13], pour la somme de 80 millions de francs (15 millions de dollars). Jefferson approuve cet achat qui fut ratifié par le Congrès le 30 avril 1803. La souveraineté américaine entre en vigueur le 20 décembre 1803 (acte du Louisiana Purchase). Cette annexion, la première du genre, double la surface (Une surface désigne généralement la couche superficielle d'un objet. Le terme a plusieurs acceptions, parfois objet géométrique, parfois...) des États-Unis. Elle représente l'un des plus beaux succès politiques de Jefferson. Elle constitue un moyen de stabiliser la jeune République en donnant des terres aux colons.

L'expédition Lewis et Clark

L'Expédition Lewis et Clark
L'Expédition Lewis et Clark

Jefferson envoie l'expédition Lewis et Clark (1804-1806) vers la côte Ouest (L’ouest est un point cardinal, opposé à l'est. C'est la direction vers laquelle se couche le Soleil à l'équinoxe, le couchant (ou ponant).) pour reconnaître les territoires situés entre ceux de l'Union et l'océan Pacifique (L'océan Pacifique, qui s'étend sur une surface de 180 000 000 km², est l'océan le plus vaste du globe terrestre. Il comprend entièrement l'Océanie et quelques autres îles...). Il obtient du Congrès une subvention (Une subvention est une aide financière, c’est-à-dire une somme d’argent, qui est allouée par une institution publique ou privée à une...) de 2 500 dollars afin de trouver une voie fluviale qui traverse (Une traverse est un élément fondamental de la voie ferrée. C'est une pièce posée en travers de la voie, sous les rails, pour en maintenir l'écartement et...) les Montagnes Rocheuses. Jefferson rêve de trouver des mammouths, des volcans et des montagnes de sel, et surtout de rechercher le meilleur passage vers l'océan (Un océan est souvent défini, en géographie, comme une vaste étendue d'eau salée. En fait, il s'agit plutôt d'un volume, dont l'eau est en...) Pacifique à travers les Montagnes Rocheuses. L'expédition permet l'étude des tribus amérindiennes, de la flore (La flore est l'ensemble des espèces végétales présentes dans un espace géographique ou un écosystème déterminé (par opposition à la faune). Le terme...), de la faune et de la géologie de ces contrées. Jefferson peut donc être considéré comme l'un des initiateurs de la conquête de l'Ouest.

La fin du premier mandat de Jefferson est ternie par un drame familial : en avril 1804, sa fille Mary meurt des suites d’un accouchement difficile ; Martha est alors la seule survivante de ses six enfants. Jefferson se présente pour un deuxième mandat et remporte les élections le 5 décembre 1804.

Deuxième présidence (1805-1809)

Portrait de Jefferson, peint par Rembrandt Peale, 1805
Portrait de Jefferson, peint par Rembrandt Peale, 1805

Le second mandat présidentiel de Jefferson est plus difficile que le premier. Avec son vice-président George Clinton, il doit faire face à plusieurs problèmes : sur le plan des affaires étrangères, Jefferson tente de préserver la neutralité de son pays face aux troubles des guerres napoléoniennes. En outre, le parti de Jefferson est affaibli par la scission de John Randolph qui forme le groupe des " Quids " ou " Vieux Républicains ", qui se rangent aux côtés de James Monroe. Enfin, la conspiration de Burr menace l'unité du pays.

Affaires intérieures

Au début de l'année 1805, Jefferson apprend la rumeur (La rumeur est un phénomène de transmission large, par tout moyen de communication formel ou informel, d'une histoire à prétention de vérité et de révélation. Le terme recouvre donc des réalités très diverses :) d'un complot mené par Aaron Burr, qui avait été le premier vice-président de Jefferson. Le personnage intriguait pour entraîner une sécession des États de l’Ouest américain. Burr préférait détruire l’Union plutôt que d’accepter la réélection de Jefferson. Après une longue période d'attentisme, le président se décide à le faire arrêter. Burr est finalement jugé en 1807, mais le tribunal (Le tribunal ou juridiction (de jus dicere : littéralement, « dire le droit ») est un lieu où est rendue la justice. C'est là que les personnes en conflit viennent chercher la justice et celles qui n'ont...) décide de l'acquitter.

À la fin du mandat présidentiel, le Congrès vote l'interdiction de la traite des Noirs (1808). Jefferson aurait sans doute remporté une troisième élection présidentielle, mais il décide de se retirer comme l’avait fait George Washington avant lui.

Politique étrangère

Caricature contre l'Embargo Act de 1807
Caricature contre l'Embargo Act de 1807

Sur le plan des relations internationales, Jefferson essaie de maintenir la neutralité des États-Unis dans les guerres napoléoniennes : il refuse de choisir entre la Grande-Bretagne et la France. Le président tente aussi de maintenir ouvertes les voies maritimes face aux attaques des corsaires et pirates, ce qui l’amène à renforcer la marine de guerre.

À ce moment la marine britannique impose un blocus à la France et de nombreux navires marchands américains sont saisis par les Britanniques. Ces derniers tentent parfois d'enrôler de force (Le mot force peut désigner un pouvoir mécanique sur les choses, et aussi, métaphoriquement, un pouvoir de la volonté ou encore une vertu morale « cardinale » équivalent au courage (cf. les articles « force (vertu) » et...) les marins américains.

En réponse à ces pratiques, Jefferson fait voter l'Embargo Act (" Loi sur l'embargo ") en 1807 : aucun bateau (Un bateau est une construction humaine capable de flotter sur l'eau et de s'y déplacer, dirigé ou non par ses occupants. Il répond aux besoins du transport maritime ou...) ne peut entrer ni ne sortir des ports américains. Seuls perdurent quelques échanges clandestins, le commerce entre les États-Unis et le reste du monde disparaissant presque totalement. Cette mesure, destinée à affaiblir la Grande-Bretagne a en fait largement nuit à la prospérité américaine, faisant chuter le revenu réel des États-Unis de 8 %[14] impact inattendu étant donné la faiblesse des échanges américains avec le reste du monde à cette époque.

L'Embargo Act est de plus critiqué car il est en contradiction (Une contradiction existe lorsque deux affirmations, idées, ou actions s'excluent mutuellement.) avec les droits individuels et il affecte l'activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) des marchands de la côte atlantique. Il provoque des manifestations dans les villes. Des libelles contre Jefferson circulent :

" Thomas Jefferson, vous êtes le plus fieffé imbécile auquel Dieu ait donné vie. Que Dieu vous voue au diable [15] " 

Finalement le congrès obtient le pouvoir de réguler le commerce extérieur et décide d'abolir l'Embargo Act, qui est remplacé par la Nonintercourse Law[16]. Cependant, les relations commerciales avec la France et la Grande-Bretagne demeurent suspendues.

Les années de retraite (1808-1826)

Après son second mandat présidentiel, Jefferson se retire dans sa propriété de Monticello, où il dessine les plans de l'université (Une université est un établissement d'enseignement supérieur dont l'objectif est la production du savoir (recherche), sa conservation et sa transmission (études supérieures). Aux États-Unis, au...) de Virginie et s'adonne à satisfaire sa curiosité (voir paragraphe suivant). Il collectionne les livres, gère sa plantation et suit de loin la politique de son pays.

Jefferson meurt le 4 juillet 1826, à une heure (L'heure est une unité de mesure  :) de l'après-midi à l'âge de 83 ans. Le hasard (Dans le langage ordinaire, le mot hasard est utilisé pour exprimer un manque efficient, sinon de causes, au moins d'une reconnaissance de cause...) voulut qu'il décède exactement 50 ans après la signature de la Déclaration d'Indépendance, dont il était le père. John Adams, lui aussi acteur (Un acteur est un artiste qui incarne un personnage dans un film, dans une pièce de théâtre, à la télévision, à la radio, ou même dans des spectacles de rue. En plus de l'interprétation proprement dite, un acteur (ou...) majeur de la Révolution américaine, s'éteint le même jour (Le jour ou la journée est l'intervalle qui sépare le lever du coucher du Soleil ; c'est la période entre deux nuits, pendant laquelle les rayons du Soleil éclairent le ciel. Son début (par rapport à minuit heure locale) et...), quelques heures après son ami. Les derniers mots de Jefferson auraient été " Sommes-nous déjà le 4 ? " ; ceux de John Adams : " Thomas Jefferson vit-il toujours ? " [17]. À l'époque, Jefferson fut célébré comme l'un des pères de la nation, une sorte de " saint laïc "[18].

Jefferson est enterré à Monticello, aux côtés de sa femme et de ses filles. Il est l'auteur de sa propre épitaphe, qui ne fait aucune référence à son rôle de président :

" Ici repose Thomas Jefferson,
Auteur de la déclaration d'indépendance des États-Unis
Auteur de la loi sur la liberté religieuse en Virginie
Fondateur de l'université de Virginie "

Jefferson, un homme des Lumières

Thomas Jefferson a reçu une éducation classique et a côtoyé les élites culturelles de son temps : dès ses études à Williamsburg, il fréquentait le milieu cultivé du palais du gouverneur. Il consignait ses notes de lecture dans un cahier (le Commonplace Book), ce qui permet aux historiens de reconstituer ses influences philosophiques : Henry Home, Charles de Montesquieu, Cesare Beccaria, Thomas Hobbes, Henri Saint Jean de Bolingbroke[19]. Jefferson a beaucoup lu et s'est sans doute inspiré de John Locke pour rédiger la Déclaration d'Indépendance. Jefferson discutait avec les meilleurs esprits français de son temps (d'Alembert, Condorcet, Destutt de Tracy)[20] dans son hôtel parisien de Langeac ou à l'Hôtel des Monnaies. Il a aidé Jean-Nicolas Démeunier à rédiger ses articles sur les États-Unis dans l’Encyclopédie méthodique. Esprit curieux et éclairé, engagé en politique, Jefferson fait partie des élites intellectuelles du siècle des Lumières. Il était membre puis président de la Société philosophique américaine, un cercle (Un cercle est une courbe plane fermée constituée des points situés à égale distance d'un point nommé centre. La valeur de cette distance est appelée rayon...) de discussions fondé par Benjamin Franklin.

Portrait

Selon les critères du XVIIIe siècle, Jefferson avait un physique (La physique (du grec φυσις, la nature) est étymologiquement la « science de la nature ». Dans un sens...) agréable, sans être particulièrement beau[21]. Il était mince et mesurait 1,87 mètre (Le mètre (symbole m, du grec metron, mesure) est l'unité de base de longueur du Système international (SI). Il est défini, depuis 1983, comme la distance parcourue par la lumière dans le vide en...)[21]. Ses cheveux étaient blonds roux et ses yeux gris. Il souffrait de migraines périodiques[22]. On sait peu de choses sur la vie privée et le caractère de Jefferson car il ne se livrait pas beaucoup dans ses écrits. En public, on le disait réservé et timide[18][23], les Français le trouvaient froid (Le froid est la sensation contraire du chaud, associé aux températures basses.). Ses contemporains louaient ses bonnes manières et sa générosité : les banquets qu’il donnait en tant que président des États-Unis étaient fastueux. Il accueillait ses amis et sa famille dans sa propriété de Monticello, qui pouvait héberger jusqu'à 50 personnes. Mais toutes ces dépenses finirent par le ruiner[20]. Ses talents d'écrivain et de diplomate (il était " doué pour les relations humaines "[24]) ont servi sa carrière politique. Sa vie privée reste mal connue : on sait qu'il s'était épris d'une certaine Rebecca Burwell pendant ses études et qu'il était sincèrement amoureux de sa femme[25]. Pour le reste, beaucoup de rumeurs circulaient sur ses relations avec Maria Cosway à Paris[26], avec Betsey Walker (la femme de son ami d’enfance),et enfin avec son esclave Sally Hemings. Ces rumeurs émanaient souvent de ses ennemis politiques, en particulier du camp fédéraliste.

Idéaux

Thomas Jefferson a toujours défendu l'idée d'une république : dans la Déclaration d'Indépendance de 1776, il affirmait que le pouvoir royal est tyrannique. Lorsqu'il séjourna en France en tant qu'ambassadeur, il critiqua la monarchie absolue de Louis XVI. Il soutenait les valeurs de liberté et d'égalité dans ses œuvres et dans sa correspondance. Jefferson voulait limiter les pouvoirs du président : en 1787, il souhaitait restreindre son mandat à sept ans non renouvelables[27]. Il était opposé ( En mathématique, l'opposé d’un nombre est le nombre tel que, lorsqu’il est à ajouté à n donne zéro. En botanique, les organes d'une plante...) à tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou l'univers.) faste cérémonial qui rappellerait la monarchie : lorsqu’il était président, il a toujours refusé de prononcer en personne le message (La théorie de l'information fut mise au point pour déterminer mathématiquement le taux d’information transmis dans la communication d’un message par un canal de communication, notamment en présence de parasites...) annuel au Congrès, parce que cela lui rappelait le discours du trône du roi d’Angleterre.

Afin d'établir un régime républicain, Jefferson croyait aux vertus de la raison et de l’éducation. Il voulait généraliser l’enseignement primaire en Virginie : à la fin des années 1770, il souhaitait ouvrir les écoles primaires à tous les enfants libres, garçons et filles. Il imagina un enseignement (L'enseignement (du latin "insignis", remarquable, marqué d'un signe, distingué) est une pratique d'éducation visant à développer les connaissances d'un élève par le...) secondaire gratuit pour les pauvres. Mais ces propositions ne furent pas retenues à cause de leur coût jugé trop élevé pour l'État. C’est sous son premier mandat présidentiel que fut fondé West Point (Graphie), qui était à l’origine une école d’ingénieurs. En 1819, Jefferson organisa l'Université de Virginie et en devint le recteur. Cependant, il préférait la démocratie représentative à la démocratie directe et considérait que tous les Hommes ne sont pas égaux en intelligence[28]. Comme les autres Père fondateurs, il se méfiait des excès du peuple. La liberté de la presse fut l’un de ses principaux chevaux de bataille. Il l'estimait nécessaire à la bonne marche (La marche (le pléonasme marche à pied est également souvent utilisé) est un mode de locomotion naturel. Il consiste en un déplacement en appui...) de la démocratie, à la formation du citoyen et de l'opinion publique.

Selon Jefferson, l’égalité devait passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques Brisson (1723-1806) en 1760.) par l’abolition du droit d'aînesse, afin d’empêcher la concentration des terres dans les mains des grands propriétaires. Inspiré par les idées de Rousseau, Jefferson rêvait d'une société de petits propriétaires terriens libres et égaux[29]. Quant à l'égalité politique, elle excluait les femmes, les Noirs et les Indiens. Il était persuadé que la démocratie ne pouvait pas s’épanouir si la majorité de la population restait pauvre.

Pour Jefferson, le bonheur fait partie des droits inaliénables de l'Homme, comme la vie et la liberté[30]. Les historiens et les philosophes ont beaucoup débattu sur le sens (SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence) est un projet scientifique qui a pour but l'extension radicale de l'espérance de vie humaine. Par une évolution progressive...) donné au mot " bonheur ". Il faut sans doute y voir un concept des Lumières, associé au droit de propriété, tel que l'entendait John Locke[31].

Comme bien d'autres personnalités du XVIIIe siècle, Thomas Jefferson avait des idées qui peuvent sembler contradictoires avec ses actions sur la question de l'esclavage. Ses opinions et ses décisions ont évolué en fonction des événements et de son parcours personnel. Pendant la Révolution américaine, Jefferson semblait vouloir supprimer l'esclavage et la traite des Noirs ; mais il n'était pas suivi par le Congrès. Il connut plus de succès en Virginie, qui décida d'abolir le commerce des esclaves en 1778[32]. En 1782, Jefferson fit passer une loi facilitant l’affranchissement personnel des esclaves[33].

Pourtant, Jefferson était lui-même propriétaire de plusieurs dizaines d'esclaves sur son domaine. Il en affranchit quelques-uns[34], mais la main (La main est l’organe préhensile effecteur situé à l’extrémité de l’avant-bras et relié à ce dernier par le poignet. C'est un organe destiné à...) d'œuvre servile était nécessaire au fonctionnement de sa plantation de tabac, d'autant qu'il était couvert de dettes. Sa correspondance témoigne enfin d'arguments racistes : selon Jefferson, les Afro-Américains étaient inférieurs aux Blancs. En 1791, Benjamin Banneker, un mathématicien (Un mathématicien est au sens restreint un chercheur en mathématiques, par extension toute personne faisant des mathématiques la base de son activité principale. Ce terme recouvre une large...) et inventeur noir affranchi, envoya à Jefferson un exemplaire de son Almanach, afin de le convaincre sur les capacités intellectuelles des Noirs[35]. Jefferson a été choqué par la révolte des esclaves de Saint-Domingue en 1790-1791 : il suggéra de transporter les Noirs libres au Sierra Leone, en Afrique (D’une superficie de 30 221 532 km2 en incluant les îles, l’Afrique est un continent couvrant 6 % de la surface terrestre et 20,3 % de la surface des terres émergées. Avec une population de...)[36]. À cette époque, il était convaincu que les Noirs ne pouvaient s’assimiler et que la question de l’esclavage menaçait la fragile unité du nouveau pays.

De récentes études font penser que Jefferson eut une maîtresse noire, Sally Hemings, qu'il n'a jamais émancipée de son vivant[18]. Les analyses ADN, menées par le docteur Eugene Foster (Norman Foster, Baron Foster of Thames Bank, OM (1er juin 1935, Manchester) est un architecte britannique. Émule de Buckminster Fuller, Foster est l'un des principaux représentants de l'architecture...) sur les descendants connus de Jefferson et de Sally Hemings, semblent prouver qu'Eston Hemings était bien le fils de l'ancien président et de son esclave noire[37]. La question des esclaves noirs révèle les contradictions de la pensée jeffersonienne ainsi que la part d'ombre (Une ombre est une zone sombre créée par l'interposition d'un objet opaque (ou seulement partiellement opaque) entre une source de lumière et la surface sur laquelle se réfléchit cette lumière. Elle se...) de sa vie privée.

Passionné par les cultures précolombiennes, Jefferson prit la défense des Amérindiens. Il les disait " doués de raison "[38]. Dans sa deuxième adresse (Les adresses forment une notion importante en communication, elles permettent à une entité de s'adresser à une autre parmi un ensemble d'entités. Pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté,...) inaugurale en 1805, il dit que les Indiens devaient être traités à égalité avec les Blancs[39]. Mais il souhaitait également assimiler les indigènes [40] :

" […] La chasse est devenue insuffisante pour la fourniture de vêtements et de nourriture aux Indiens. C’est pourquoi la promotion de l’agriculture et l’industrie à domicile sont essentielles dans leur préservation, et je suis disposé à les aider et à les encourager largement. Ceci les rendra capables de vivre sur des espaces plus restreints et rendra donc leurs vastes forêts sans utilité, sauf pour le bétail [...]. " 

Pourtant le président proposait aussi leur transfert à l’ouest, sur les territoires vendus par la France : la plupart des tribus ont refusé, sauf celle des Chickamaugas qui se sont installés au nord-ouest de l’Arkansas[41].

Enfin, Jefferson niait la divinité de Jésus[20] et souhaitait la séparation des Églises et de l'État : dans l'une de ses lettres envoyée à une association baptiste, il évoquait le besoin (Les besoins se situent au niveau de l'interaction entre l'individu et l'environnement. Il est souvent fait un classement des besoins humains en trois grandes...) d’un " mur de séparation " entre l’État et les Églises[42]. Pourtant, la Déclaration d'Indépendance fait clairement référence au Créateur, sans mention d'aucune religion : Jefferson était un déiste éclairé[43] favorable à la laïcité, comme en témoigne ses écrits :

" J'ai toujours considéré qu'il s'agissait d'une affaire entre l'homme et son créateur, dans laquelle personne d'autre, et surtout pas le public, n'avait le droit d'intervenir[44]. " 

On sait qu'il ne se passionnait pas pour la théologie et qu'il empêcha sa fille de devenir catholique au cours de son séjour à Paris. Contrairement aux autres universités américaines de l’époque, et conformément aux vœux de Jefferson, l’Université de Virginie ne donnait pas de cours de théologie. Ses détracteurs ont utilisé son déisme pour lui nuire et l'accusaient de manquer de foi[45].

Un collectionneur et un bibliophile passionné

À la manière des humanistes de la Renaissance, Jefferson se constitua une collection importante d'objets, qui vinrent agrémenter sa maison de Monticello. Lorsqu'il était en poste à Paris, il fit envoyer en Virginie des livres, des graines, des plantes, des statues, des meubles, des objets d'art, des instruments scientifiques et des dessins d'architecture (L’architecture peut se définir comme l’art de bâtir des édifices.) du Vieux Continent (Le mot continent vient du latin continere pour « tenir ensemble », ou continens terra, les « terres continues ». Au sens propre, ce terme désigne une vaste étendue continue de terre à la...). Jefferson chargea Lewis et Clark de collecter divers objets de l'Ouest américain (L'Ouest américain, parfois appelé Far West (Extrême-Ouest en anglais, pendant occidental du Far East, Extrême-Orient pour les anglophones), est une région située à l'ouest des...) (peaux d'animaux, cornes, os et artisanat (L'artisanat est une technique de production artisanale, c'est-à-dire une production manuelle ou de petite envergure. Par extension, elle inclut les...) indien). Une partie de ces collections sont toujours visibles à Monticello.

Jefferson disposait de la plus importante bibliothèque privée des États-Unis (6 500 ouvrages environ en 1815). Il décida de les vendre à la Bibliothèque du Congrès après l'incendie de celle-ci par les troupes britanniques[35]. Cela lui permit de rembourser une partie de ses dettes. Il mit au point un système de classification original des livres, retenu par la Bibliothèque du congrès.

On crédite souvent Thomas Jefferson de l'invention des bibliothèques publiques et de la notion de fair use qui leur est attachée[46].

Des centres d'intérêt divers

En tant qu'homme des Lumières, Jefferson s'intéressait à de multiples domaines de la connaissance tels que l'éducation, la musique, la linguistique ou la botanique (La botanique est la science consacrée à l'étude des végétaux (du grec βοτάνιϰή; féminin du mot...). Il devait en même temps s'occuper de ses terres et de sa propriété.

Architecture

Thomas Jefferson a manifesté un intérêt constant pour l'architecture. Il fut initié à cette discipline par son père dans sa jeunesse et sensibilisé au cours de ses voyages en Europe. Il prenait de nombreux croquis des bâtiments qui l’intéressaient et étudiait l’œuvre de l’architecte Palladio dans les Quatri Libri dont il posséda plusieurs exemplaires. Son séjour en France le mit en contact avec l’architecture romaine (Maison Carrée de Nîmes, Pont (Un pont est une construction qui permet de franchir une dépression ou un obstacle (cours d'eau, voie de communication, vallée, etc.) en passant par-dessus cette séparation. Le...) du Gard) et classique (Hôtel de Salm). De retour en Amérique, il souhaite créer des édifices qui reflètent ses idéaux républicains et démocratiques. Il contribua à développer le style fédéral dans son pays et à adapter l'architecture néoclassique (L'Architecture néoclassique est une période architecturale procédant du néoclassicisme de la seconde moitié du XVIIIe siècle et du début du...) européenne aux valeurs républicaines nées de la Révolution américaine.

Alors qu’il était Secrétaire d’État, Jefferson a participé aux travaux de la commission chargée d’établir les plans de la nouvelle capitale Washington DC. À une autre échelle, il a élaboré plusieurs plans d'édifices situés en Virginie , parmi lesquels sa maison de Monticello, près de Charlottesville. Jefferson contribua également au plan de l'université de Virginie, construite à partir de 1817. Pour le Capitole de Richmond (1785-1796), Jefferson a pris le parti d'imiter la Maison Carrée de Nîmes, mais en choisissant l'ordre ionique (L'ordre ionique (appelé également colonne ionique) se caractérise notamment par son chapiteau à volutes, par son fût orné de 24 cannelures et par sa base moulurée.) pour ses colonnes. Il fut secondé par l'architecte français Charles-Louis Clérisseau.

Archéologie

Thomas Jefferson s'intéressait aussi à l'archéologie, une science (La science (latin scientia, « connaissance ») est, d'après le dictionnaire Le Robert, « Ce que l'on sait pour l'avoir appris, ce que l'on tient pour...) nouvelle, et les Américains le surnommaient " le père de l'archéologie " en référence aux techniques d'excavation qu'il avait développées. C'est à partir de 1784 que Jefferson décida de fouiller systématiquement les tertres amérindiens de sa propriété en Virginie. Pour comprendre le site, il mit au point une méthode archéologique (la stratigraphie) toujours utilisée par les archéologues : il creusa un fossé autour (Autour est le nom que la nomenclature aviaire en langue française (mise à jour) donne à 31 espèces d'oiseaux qui, soit appartiennent au genre Accipiter, soit constituent...) pour y pénétrer et étudia les différentes couches au lieu d'utiliser la technique prévalant à l'époque, creuser jusqu'à ce qu'on trouvât quelque chose. Les fouilles révélèrent des témoignages archéologiques des Mound Builders.

Œnologie

Jefferson était aussi œnologue et amateur de bonne cuisine (La cuisine est l'ensemble des techniques de préparation des aliments en vue de leur consommation par les êtres humains (voir cuisinerie). La cuisine est diverse à travers le monde, fruit des ressources naturelles...). Ainsi, pendant sa présidence, il offrait toujours les meilleurs vins à ses convives. Il aurait introduit aux États-Unis la crème glacée, les gaufres et les macaronis. Pendant son séjour en tant qu'ambassadeur en France (1784-1789) il fit de nombreux voyages et ramena le meilleur aux États-Unis. Il était convaincu qu'il était possible " de faire de nombreux vins aux États-Unis, pas exactement les mêmes, mais aussi bons ". Il fit pousser de la vigne (Les vignes sont des lianes de la famille des Vitaceae. Ce sont des plantes du genre Vitis largement cultivées pour leur fruit en grappes, le raisin, dont on...) à Monticello mais elle fut affaiblie par des maladies locales. Jefferson ne put jamais produire du vin comme en Europe.

Sciences et techniques

Polygraphe de Jefferson, 1804
Polygraphe de Jefferson, 1804

D'une manière générale, Jefferson s'intéressait aux mathématiques (Les mathématiques constituent un domaine de connaissances abstraites construites à l'aide de raisonnements logiques sur des concepts tels que les...), aux sciences et aux techniques. En France, il étudia le canal du Midi. Il s'intéressa notamment à l'amélioration de techniques agricoles : il tenait des carnets de notes agronomiques et correspondait avec l’agronome britannique Arthur Young. Sur son exploitation virginienne, il expérimenta plusieurs rotations des cultures il essaya d’améliorer la charrue. Il se passionnait pour l'agronomie et cherchait de nouvelles semences pour améliorer les rendements.

Jefferson inventa ou améliora aussi divers objets comme la machine de cryptage (En cryptographie, le chiffrement (parfois appelé à tort cryptage) est le procédé grâce auquel on peut rendre la compréhension d'un document impossible à...) à rouleaux, la machine à macaronis, le polygraphe, le cylindre (Un cylindre est une surface dans l'espace définie par une droite (d), appelée génératrice, passant par un point variable décrivant...) de Jefferson et divers objets (horloges, chaise tournante ...) dont certains sont visibles dans sa villa de Monticello. Il participa à l'établissement du bureau américain des brevets (US Patent and Trademark Office, USPTO), mais défendit une vision restrictive de la notion de brevet, en s'opposant notamment au brevetage des idées [47].

Il rencontra le naturaliste (Le mot naturaliste fait référence au domaine des sciences naturelles. L'adjectif qualifie une personne ou un groupe (association, société savante.. )) allemand Alexandre de Humboldt en 1804. Il collectionnait et classait les fossiles. Il faisait des relevés météorologiques[21]. Il s'intéressa de près à l'exhumation d'un squelette (Le squelette est une charpente animale rigide servant de support pour les muscles. Il est à la base de l'evolution des vertébrés. Celui ci leur a fourni un avantage sélectif conséquent suite au besoin d'un organisme...) de mastodonte (Mastodonte est un terme ambigu en français. Les mastodontes sont des proboscidiens vivant au tertiaire et aujourd'hui éteints. Ils...), trouvé près de Newburgh par Charles Willson Peale.

Jefferson s'intéressait également à la géographie (La géographie (du grec ancien γεωγραφία - geographia, composé de "η γη" (hê gê) la...), comme le montre l'expédition Lewis et Clark. Il fut l'instigateur de la loi de 1796 qui cadastre (Le terme cadastre (terme provençal venant du grec κατ?στιχον), ou un mot apparenté étymologiquement, se retrouve dans de nombreuses langues. Bien que les...) les parcelles vendues aux colons : le découpage se faisait selon le principe d'une grille ( Un grille-pain est un petit appareil électroménager. Une grille écran est un élément du tube de télévision. Une grille d'arrêt est un élément du tube de télévision. Une grille de contrôle est un élément du tube de...) géométrique qui délimitait des parcelles carrées d'un mile de côté, pour une surface de 256 hectares. Jefferson appliquait ainsi au territoire le rationalisme des Lumières

Traduction

Jefferson était polyglotte : il avait appris plusieurs langues dans ses études,et avait perfectionné son français lorsqu'il était ambassadeur. Il pratiquait l'anglais, le latin, le grec, le français, l'espagnol et l'italien[21]. Il lisait La République de Platon dans le texte original[21]et a élaboré la première classification des langages amérindiens.

Écriture

Lettre de Jefferson à Mordecai Noah, 1818
Lettre de Jefferson à Mordecai Noah, 1818

Jefferson entretenait une correspondance étendue, particulièrement avec des scientifiques : il écrivit plusieurs lettres à Alexandre de Humboldt[48]Condorcet, Jean-Baptiste Say, Joseph Priestley, Jenner ou encore au comte de Buffon. Il gardait et classait ses lettres avec le plus grand soin. Ses amis lui demandaient souvent conseil. Il a également écrit plusieurs témoignages sur les pays qu'il a visités, en décrivant les problèmes économiques et les plus beaux monuments. Ses principales œuvres restent ses pamphlets au moment de la Révolution, la Déclaration d'Indépendance, les Observations sur la Virginie et une autobiographie, écrite à la fin de sa vie.

Hommages

Les Américains affirment " vénérer Washington, aimer Lincoln et se rappeler Jefferson " [49]. Selon un classement dressé par des historiens pour le magazine The Atlantic Montly, il est le troisième Américain le plus influent de l'Histoire, derrière Lincoln et Washington[50]. Pourtant, nombreux sont les hommages rendus au troisième président des États-Unis : 29 comtés et 24 villes (dont la capitale du Missouri, Jefferson City) portent son nom de famille. Jefferson est représenté sur le Mont Rushmore. Il a son sommet (le Mount Jefferson), son monument dans la capitale fédérale (le Jefferson Memorial), son effigie figure sur le billet de deux dollars et sur la pièce de cinq cents.

L'image de Jefferson a évolué dans l'opinion : en France, il demeure moins connu que Benjamin Franklin. Une plaque commémorative se trouve à Paris au coin rue (La rue est un espace de circulation dans la ville qui dessert les logements et les lieux d'activité économique. Elle met en relation et structure les...) de Berry et des Champs-Élysées pour indiquer la résidence (Le nom de résidence est donné à un ensemble de voies souvent qui forment une boucle ayant la particularité de desservir des mêmes logements appelées également résidence. Ce terme vient du verbe latin residere qui signifie...) parisienne de Jefferson, et sa statue se trouve aux abords de la passerelle de Solférino. Aux États-Unis, on a d'abord vu en lui un Virginien aristocrate et propriétaire d’esclaves. Il a ensuite été sacralisé pendant le New Deal. Enfin, on en a fait un homme progressiste, pragmatique, attaché aux libertés fondamentales et apôtre de l’expansionnisme américain : à Saint Louis (Missouri), le Jefferson National Expansion Memorial célèbre le départ de l'expédition Lewis et Clark. On n‘oublie pas non plus qu‘il fut un homme des Lumières, comme en témoignent le Laboratoire Jefferson (Jefferson Lab) ou encore le Magalonyx Jeffersoni, un animal (Un animal (du latin animus, esprit, ou principe vital) est, selon la classification classique, un être vivant hétérotrophe, c’est-à-dire qu’il...) disparu. Ses talents d’architecte sont reconnus par le classement en 1987 de l’université de Virginie et de Monticello sur la liste du patrimoine mondial de l’Humanité. Le film Jefferson à Paris (Jefferson in Paris), réalisé par James Ivory rappelle qu’il fut un francophile convaincu.

Le portrait de Jefferson apparaît sur les billets de 2 dollars (1953)
Le portrait de Jefferson apparaît sur les billets de 2 dollars (1953)
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