Homéopathie - Définition

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Introduction

Remèdes homéopathiques des tubes de granules et des flacons à gouttes
Médecine non conventionnelle
Acupuncture • Médecine anthroposophique • Ayurveda • Chiropratique • Herboristerie • Homéopathie • Naturopathie • Osteopathie • Médecine traditionnelle (Chinoise • Tibétaine)

L’homéopathie ou homœopathie (du grec όμοιος / hómoios, « similaire » et πάθος / páthos, « souffrance » ou « maladie ») est une médecine non conventionnelle, inventée par Samuel Hahnemann en 1796 qui consiste à administrer au malade des doses faibles ou infinitésimales obtenues par dilution et agitation (la dynamisation) d'une substance choisie en fonction de l'état physique et psychique du patient.

Elle repose sur le principe dit « de similitude ». Ce principe énonce qu'une personne atteinte d'une maladie peut être traitée au moyen de la substance produisant des symptômes semblables à ceux de la maladie chez une personne en bonne santé.

L'homéopathie est considérée par la majeure partie de la communauté scientifique internationale comme une pseudo-science sans validité scientifique ni efficacité clinique.

L'homéopathie est en contradiction totale avec les principes fondamentaux de la chimie et de la physique contemporaines. L'effet supposé des médicaments homéopathiques est le plus souvent considéré comme le résultat de l'effet placébo.

La pratique de l'homeopathie est inégalement répartie dans le monde. Le taux de recours annuel va de 2 % au Royaume-Uni à 36 % en France. En France, les médicaments homéopathiques représentent entre 1,2 et 2 % des remboursements de la CNAM.

L'industrie homéopathique est dominée au plan mondial par les Laboratoires Boiron qui sont aussi le deuxième plus gros fabricant de médicaments en vente libre de France.

Histoire

Samuel Hahnemann, théoricien de l'homéopathie

Utilisé dans l'Antiquité[citation nécessaire], le principe dit de similitude fut « redécouvert » par un médecin saxon, Samuel Hahnemann (1755-1843), lorsqu'il réalisa que l'écorce de quinquina provoquait les mêmes symptômes que la « fièvre tierce ».

En 1796, il pose les bases de l'homéopathie dans un essai, puis c'est en 1810, qu'il finalise sa théorie avec « Organon der heilkunst » (Organon de l'art de guérir).

Dans les années 1830, l'homéopathie commença à se répandre en France, mais aussi aux États-Unis. Les pharmaciens refusant de produire ces produits[citation nécessaire], les disciples d'Hahnemann durent les fabriquer eux-mêmes.

À la mort d'Hahnemann, en 1843, l'homéopathie déclina en Europe et, ce n'est qu'au début du XXe siècle, avec l'apparition des premiers laboratoires puis l'engouement pour les paramédecines, qu'elle commença son histoire industrielle et sa large diffusion auprès des patients.

Principes

L'homéopathie est construite sur un principe et ses corollaires formulés ensemble par Hahnemann à la fin du XVIIIe siècle.

  • Le principe de « similitude » : la cure d'un ensemble de symptômes est apportée par une substance (végétale, minérale ou animale) qui provoque des symptômes semblables chez un sujet sain : Similia similibus curantur.
  • L'« adaptation » du traitement au patient : l'application du principe de similitude, puis sa vérification, ont lieu chaque fois que la recherche du remède le plus semblable a été effectuée de manière consciencieuse par le praticien : c'est « l'individualisation ». Chaque traitement est ainsi personnalisé à chaque patient, quel que soit le nom de la maladie, la recherche de la « totalité » des symptômes présentés par le patient étant au centre de la méthode. Elle explique la longueur du dialogue entre le médecin et le patient. L'étape d'observation des symptômes provoqués par une substance chez l'individu sain, qui précède toujours l'application du principe de similitude, et sa retranscription correspond à l'établissement d'une pathogénésie. Dans la pratique, les médicaments homéopathiques les plus connus (Oscillococcinum, Sédatif PC...) sont au contraire produits à échelle industrielle et prescrits à de nombreux patients.
  • La « dynamisation » : après chaque dilution la préparation est secouée (succussions) énergiquement, manuellement ou mécaniquement, ce qui permettrait à la préparation homéopathique de conserver ses effets pharmacologiques malgré des dilutions importantes.

L'homéopathie s'oppose à l'allopathie, terme également inventé par Hahnemann et qui désigne tout traitement médicamenteux qui ne s'appuie pas sur la similitude lors du choix thérapeutique, mais sur le « principe des contraires ». Ainsi, la phytothérapie est une méthode de soin allopathique. Néanmoins, les notions de « principe des contraires » ou « principe de similitude » ne possèdent pas de fondements scientifiques ou même empiriques.

L'adjectif correspondant est « homéopathique » et la personne appliquant cette méthode est un « homéopathe ». Par glissement sémantique, « homéopathique » désigne souvent dans le langage courant une dose minime d'un produit, par référence aux caractéristiques actuelles de l'homéopathie, alors que la signification originelle du terme homéopathie est traiter par similitude : la substance choisie pour traiter la personne malade est dite « homéopathique du malade ».

La similitude

L'homéopathie repose sur le principe de similitude formalisé par Hahnemann après la seule observation de l'effet de l'écorce de quinquina : le paludisme s'accompagne de fièvre et l'écorce de quinine quinquina à forte dose provoque une intoxication également accompagnée de fièvre, Hahnemann a supposé que celle-ci activait un mécanisme de défense contre la fièvre, quelle qu'en fût la cause.

C'est lors de la généralisation de sa théorie à d'autres maladies, que les effets néfastes provoqués l'ont contraint à baisser les doses en pratiquant des dilutions. À son grand regret, la dilution classique, si elle diminuait les effets toxiques, effaçait également les effets pharmacologiques. Il découvrit alors la méthode de la dynamisation, qui, de manière surprenante selon ses propres dires, conservait et modifiait les effets pharmacologiques de la substance.

Le cas de l'Oscillococcinum, des laboratoires Boiron, est plus complexe. Le médicament a été conçu par Joseph Roy selon les principes de l'homéopathie, par dynamisation d'oscillocoques, un microbe imaginaire que Roy prétendit découvrir dans divers cas d'infection et en particulier dans des cas de grippe. L'existence de l'oscillocoque n'a jamais été confirmée et les observations de Roy n'ont jamais été reproduites. De ce fait, Oscillococcinum est simplement une préparation à base d'autolysat filtré de foie et de cœur de Anas barbariae (canard de Barbarie) dynamisé à la 200e K, pour laquelle il n'existe pas de pathogénésie complète. Selon certains homéopathes, Oscillococcinum n'est donc généralement pas prescrit de façon homéopathique. Son mode de fabrication s'apparente cependant à celui d'autres remèdes homéopathiques et il possède généralement, dans les pays où il est commercialisé, le statut officiel de médicament homéopathique.

Adaptation du soin au patient

Ce corollaire découle du principe de similitude, énonce qu'il n'y a pas de soin universel d'une maladie, d'un symptôme, et que l'on peut adapter le soin en fonction du patient. Il s'agit là de ce qui est couramment nommé « individualisation ».

L'homéopathe analyse les symptômes spécifiques présentés par le patient dans sa globalité et non pas seulement les symptômes classiques de sa maladie. Une pratique ne reposant pas sur cette analyse des symptômes spécifiques du patient n'est pas en droit de se réclamer de l'homéopathie au sens de Hahnemann.

De ce fait, les mélanges de substances diluées, telles un antigrippal et un sédatif, ne sont pas utilisés dans les spécialités homéopathiques.

Les substances vendues librement pour des traitements symptomatiques ne respectent pas cette individualisation, puisqu'elles sont présentées comme pouvant traiter le symptôme quelle que soit la personne. Cet argument ad absurdum est utilisé par la communauté scientifique pour qualifier de fraude l'homéopathie.

La dynamisation (dilution associée à la succussion)

L'effet des substances dépend de la quantité administrée ; Paracelse disait d'ailleurs en substance que « c'est la dose qui fait le poison ». Par exemple, en thérapeutique classique, les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont, selon la dose, antalgiques ou anti-inflammatoires. Ce n'est pas la dilution en soi qui produit cet effet, mais bien la dose finale ; la dilution ne sert qu'à diminuer la dose administrée.

Les expérimentations d'Hahnemann lui auraient montré que le fait de secouer la solution après chaque dilution permettrait de conserver une certaine efficacité thérapeutique ; cependant, il proscrit l'emploi de sucre pour administrer ses préparations qu'il conseille d'administrer liquide juste après les avoir préparées et sans les laisser reposer. Cette succussion n'aurait pas pour but de bien mélanger la solution avant de la diluer à nouveau, mais de produire des chocs sans lesquels les qualités thérapeutiques du remède homéopathique n'apparaîtraient pas. Ce procédé, sans lequel les dilutions seraient peu ou pas actives, a été nommé « dynamisation » par Hahnemann.

Le solvant, le plus souvent l'eau et l'alcool, est utilisé pour effectuer des dilutions successives, au dixième (DH) ou le plus souvent au centième (CH) d'une solution de teinture mère. La dilution d'une solution de teinture mère dans 99 volumes de solvant est une dilution d'une centésimale hahnemannienne (1 CH, c'est-à-dire un taux de 0,01, ou encore 1 %), la dilution au centième de celle-ci est une dilution de 2 CH (soit au dix millième T = 0,000 1 = 10-4, ou encore 0,01%). Une dilution de n CH est une dilution de 10-2 × n ; 3 CH représente un millionième, 6 CH un millième de milliardième…

Les dilutions courantes en France vont jusqu'à 30 CH, le taux de dilution est donc de 10-60. Dans de nombreux pays sont utilisées des dynamisations et dilutions allant jusqu'à 200 CH. Pour donner une idée plus juste :

  • Une goutte d'eau (environ 0,05 mL) dans le lac Léman (88 900 millions de m3) représente une dilution d'environ 6×10-19, soit l'équivalent de 10 CH ;
  • Une molécule d'eau noyée dans la somme des océans sur terre représente une dilution de un pour 8,4×10-45 molécules, soit approximativement 23 CH
  • Une dilution à 40 CH correspond à 1 molécule d'une substance mère dans une masse de solvant supérieur à la masse totale de l'univers (la quantité totale d'atomes de l'univers est estimé à 1080 atomes).

Plus simplement, on peut dire qu'il n'existe aucune molécule de la substance active dans les préparations homéopathiques. Les substances insolubles sont triturées dans du lactose jusqu'à obtention du seuil de solubilité permettant de préparer la première dilution liquide. Le reste des opérations suit le même procédé que pour les substances solubles.

La dynamisation de Semen Korsakov

Le Russe Semen Korsakov est l'auteur d'un système de dilution différent, qui porte son nom. Au lieu de changer de flacon à chaque dynamisation, ce procédé vide simplement le flacon après chaque dynamisation, en considérant qu'il demeure environ un centième du volume initial (ce qui est probablement approximatif). Cette méthode a permis d'automatiser le procédé, et a conduit à l'obtention de dynamisations très poussées, jusqu'à un million de fois (MM Korsakov). Hahnemann considéra cette méthode comme aussi efficace que la sienne. En réalité, si le nombre de secousses auxquelles a été soumise la préparation est très élevé (100 millions de coups pour la MMK), la dilution est fortement modifiée, parfois beaucoup plus faible que celle attendue et strictement non mesurable.

Appliquée à des substances radioactives bêta, on a compté avec la dynamisation hahnemannienne le nombre d'électrons émis. L'expérience a montré qu'il n'y a plus de radioactivité au-delà de 12 CH. Celle-ci persiste pour une dynamisation korsakovienne de 3000 K. Ceci montrerait que la dilution korsakovienne est beaucoup moins poussée que ce que Korsakov lui-même pensait. Cela s'explique probablement par l'interaction entre la substance à diluer et la paroi : les molécules peuvent s'accrocher fortement à la paroi, et le volume n'est alors pas pertinent (le relargage en solution n'est pas proportionnel au volume qui est passé dans le flacon, mais à l'efficacité du lavage de la paroi, c'est-à-dire qu'il n'est pas exponentiel mais logarithmique par rapport au nombre de passages).

Inversement, si les molécules actives n'ont aucune affinité avec la paroi, cet effet est négligeable et on retombe sur le cas de la dilution hahnemannienne. L'eau étant le meilleur des solvants, dès que l'eau est contenue dans un récipient ou passe dans un conduit, elle détache quelques molécules de la paroi. La pureté de l'eau nécessaire aux dilutions homéopathiques n'existe pas. Passé le cap de 10 CH, les impuretés du solvant sont des millions de fois plus concentrées que la substance-mère de départ. Ces impuretés donnent aussi leur « empreinte » lors des succussions subséquentes, ce qui fait que, quelle que soit la substance-mère de départ… on obtient toujours la même chose à 30 CH : une solution constituée d'eau avec les impuretés de l'eau utilisée et où les composants dilués sont les matières sèches énumérées sur la constitution de toute eau sans trace de la substance supposée active.

Au sujet des principes de l'homéopathie

Dilution

Le médicament homéopathique est obtenu par une succession de dilutions d'une teinture mère. La plus utilisée, la dilution par 100 est notée CH pour centésimal hahnemannienne, et se comprend par la formule suivante : n dilutions CH = 100-n = 10-2n dilutions soit une concentration en produit actif divisée par 102n. Par exemple : 12 CH = 1/1 000 000 000 000 000 000 000 000 ou 10-24 de la concentration initiale.

Potentialisation de la dilution centésimal selon hahnemann
Dilution Échelle Expression Exemples/Commentaire
1DH 0,1 1 : dix 1 dl (un verre de vin) dans 1 litre d'eau
1CH 0,01 1 : cent 1 centilitre dans 1 litre d'eau
2CH 0,0001 1 : 10 milles 1 millilitre dans 10 litres d'eau
3CH 0,000001 1 : 1 million 1 millilitre (soit 1cm3) dans 1 mètre cube d'eau (1000 litres)
4CH 0,00000001 1 : 100 millions 0,25 litre (un demi de bière) dans 25000 m3 d'eau, soit 10 piscines olympiques de 50m de longueur, 25m de largeur et 2m de profondeur)
5CH 0,0000000001 1 : 10 milliards Le même verre de bière dans 1000 piscines olympiques aux mêmes dimensions
7CH 0,00000000000001 1 : 100 billions 8,9 décilitre (~1 litre) dans le lac Léman
9CH 0,000000000000000001 1 : 1 trillion 1,32m3 d'eau dilué dans la totalité des océans de la terre (1 320 000 000 km3)
12CH 0,000000000000000000000001 1 : 1 quadrillion 11,5CH donne une molécule dans 3 grammes d'eau (ex. : dé à coudre). Au-delà de cette dilution, il n'y a statistiquement plus aucune chance qu'une molécule active soit présente dans la solution (voir nombre d'Avogadro)
15CH 0,000000000000000000000000000001 1 : 1 quintillion Une molécule dans 30 tonnes d'eau (30m3 d'eau, un camion-citerne)
30CH 0,000000000000000000000000000000
000000000000000000000000000001
1 : 1 décillion 1 litre d'eau dans la galaxie de la Voie lactée (voir aussi les ordres de grandeurs)
40CH 0,000000000000000000000000000000
0000000000000000000000000000000
0000000000000000001
1: 100 trédécillions Une molécule d'eau dans l'ensemble de l'univers observable (la masse de l'univers est estimé à environ 1080 atomes)
200CH 1x10-400 1:10400 Dilution du remède populaire contre la grippe Oscillococcinum

Le calcul permet donc de prouver qu'à partir d'un certain nombre de dilutions, selon la préparation initiale, la solution ne contient statistiquement plus de molécules actives.

Cette absence de « molécule active » constitue l'argument fondamental des opposants à l'homéopathie pour contester la possibilité d'un effet autre que celui du placebo (constitué de sucre). D'un autre côté, l'homéopathie ayant été développée au XIXe siècle, aucune théorie n'existait pour expliquer son mode d'action. De ce fait, les laboratoires financèrent des recherches dans ce sens qui aboutirent sur la théorie de la mémoire de l'eau selon laquelle l'eau pouvait garder les propriétés de substances qu'on y a diluées même en l'absence de ces substances (rémanence de l'empreinte électromagnétique de la molécule), proposée par Jacques Benveniste en 1988.

Des erreurs méthodologiques grossières ont été remarquées dans les travaux du Dr Benveniste visant à prouver l'effet des hautes dilutions. Ce dernier a cependant perfectionné ses protocoles expérimentaux afin d'éviter tout risque d'artefact. Dans ses derniers travaux il serait parvenu à un dispositif « très propre » mais qui ne permet pas de conclure définitivement quant à la nature des phénomènes observés (voir l'hypothèse de F. Beauvais sur les corrélations non-locales).

Toutefois, une expérience menée en 2001 montra que dans certains liquides tels que l'eau les molécules extrêmement diluées se rassemblaient en agrégats, ce qui relança la controverse sur les effets de l'homéopathie.

Succussion

Le fait de « dynamiser » une solution diluée en l'agitant (succussion) n'a pas de fondement scientifique et ne permet pas de prouver l'utilité thérapeutique d'une telle préparation. Le seul résultat de l'opération appelée « succussion » est d'homogénéiser et d'aérer le liquide. La solution hautement diluée peut être contaminée (érosion des parois du récipient, désorption, etc.) et rendre la composition des liquides obtenus imprévisible.

En pratique, la pureté du solvant n'est jamais absolue. Les produits en solution dans ce solvant subissant le même traitement de dynamisation que le principe actif initial, il faut donc expliquer pourquoi ce cocktail n'a pas un effet sensible dans la préparation du médicament.

L'homéopathie moderne admet la nature moléculaire de la matière qui sous-tend le raisonnement indiqué au-dessus (les théories moléculaires vérifiées expérimentalement sont postérieures à la formulation de l'homéopathie par Hahnemann). Elle a donc cherché à expliquer une efficacité en l'absence des substances initialement introduites dans la préparation, notamment en postulant que l'eau garderait une mémoire des solutés après même que toute trace en aurait disparu. D'autres travaux in vitro visant à expliquer l'éventuel mode d'action d'une solution extrêmement diluée sont régulièrement entrepris depuis l'affaire de la mémoire de l'eau, mais sans résultats définitivement acceptés.

Finalement, même en acceptant l'idée d'une éventuelle mémoire de l'eau ou d'une modification des propriétés chimico-physiques du solvant par le fait d'agiter fortement et longuement une solution, il faut constater que la grande majorité des préparations homéopathiques se prennent sous forme de granules.

Le fait que les granules, à base de sucre de canne ou d'un mélange de saccharose et de lactose, soient imprégnés par la préparation et puis séchés implique implicitement l'existence d'un transfert de la valeur thérapeutique du remède de la dilution dynamisée au sucre qui ne contient plus d'eau après séchage.

On peut se poser la question scientifique de savoir comment la dynamisation peut se transmettre aux molécules de sucre, être stockée dans le sucre sec puis être restituée lors de la dilution dans la salive du patient sous la langue pour pénétrer via les muqueuses de la bouche dans l'organisme à soigner. Les granules dont le poids et la porosité sont soigneusement contrôlés sont absorbés par voie buccale et sublinguale (en laissant fondre sous la langue).

À ce sujet, Hahnemann lui-même remarquait dans un opuscule sur le traitement homéopathique de la scarlatine, que la prise de la préparation homéopathique avec du sucre la rendait inefficace :

« En général, il est incroyable combien ce médicament, de même que tout autre, perd de sa force lorsqu'on le fait prendre sur du sucre, par exemple, ou qu'après l'avoir instillé dans une liqueur, on ne remue pas celle-ci. Mais il ne faut pas non plus, après avoir remué la dose, la laisser plusieurs heures sans l'administrer : le véhicule, ainsi tranquille, subit toujours quelque peu de décomposition, ce qui affaiblit ou même détruit les médicaments végétaux mêlés avec lui. »

On constate que la pratique homéopathique moderne est bien éloignée des préconisations d'Hahnemann.

Similitude

Selon les tenants de l'homéopathie, ce principe déjà cité par Hippocrate (Ve siècle av. J.-C.) aurait mené à quelques thérapeutiques connues et efficaces dont la quinine dans le traitement du paludisme. Néanmoins, la découverte de la quinine provient en réalité d'une démarche empirique d'imitation des peuples d'amérique et notamment des incas qui l'utilisaient contre la malaria. Aucun élément ne permet de croire que les incas avaient forgé un concept tel que celui de similitude.

On cite également souvent la vaccination (où on administre un agent infectieux afin d'apprendre au corps à se défendre). Cette découverte était bien fondée à l'époque sur un principe de similitude ; elle résultait d'une observation : la résistance à la variole des garçons et filles de ferme, exposés à une maladie bovine et n'existait pas encore alors de théorie sous-jacente. Les travaux de Pasteur et le développement de l'immunologie ont clarifié les choses depuis.

La vaccination et le médicament homéopathique diffèrent cependant sur des points notables :

  • le vaccin relève de la prophylaxie (immunité active) en entraînant le système à se défendre contre un mal futur tandis que le médicament homéopathique est souvent utilisé en thérapie, une fois le mal installé ; contre-exemple bien connu cependant : la vaccination antirabique, qui a lieu après la contamination (mais avant que celle-ci ne gagne les centres nerveux) ;
  • le vaccin est appliqué de manière identique à tout un chacun, non de façon adaptée à tel ou tel patient ; celui-ci, d'ailleurs, n'étant pas en général malade, ne présente pas non plus de symptôme spécifique qui guiderait le médecin qui suivrait le principe homéopathique d'adaptation du traitement au patient.
  • différence de nature du produit actif : la vaccination utilise des produits liés à la cause de la maladie (microbes ou virus désactivés ou partie reconnaissable par le système immunitaire) ; l'homéopathie utilise un produit produisant le même type de symptôme sur le patient ;
  • différence de dose : l'efficacité du vaccin peut varier d'un individu à un autre, mais la dose est calibrée pour provoquer une réaction adéquate du système immunitaire sur la plupart des vaccinés ; le produit homéopathique est, lui, administré en une quantité généralement bien plus faible, censée influencer fortement l'efficacité ;
  • le mécanisme d'action de la vaccination est connu, et non celui de l'homéopathie ; la vaccination fut cependant utilisée bien avant qu'une quelconque théorie des agents infectieux ne fût développée.

L'homéopathie fut formulée à une époque où l'on ne comprenait pas pourquoi la vaccination avait un effet, et dans ce cadre, les propositions d'Hahnemann avaient un sens qu'elles ont perdu depuis. Voir aussi l'article Culte du cargo.

Au cours du XXe siècle, on élucida le mode d'action de toutes les thérapeutiques rappelant le principe des semblables; l'homéopathie resta mystérieuse, en partie parce que son action n'était pas elle-même évidente. Le hasard ou une observation attentive ont pu se montrer plus féconds que le principe des semblables.

Il convient aussi de souligner que ce principe, pourtant une des pierres angulaires de l'homéopathie, n'est pas respecté par bon nombre de médicaments homéopathiques. Par exemple, mercurius, une dilution de mercure (en supposant qu'une telle dilution soit possible, le mercure étant insoluble dans l'eau ou l'alcool), est recommandé pour le traitement de problèmes buccaux et dentaires. Or, le mercure, dont la toxicologie est bien connu, ne cause pas les symptômes dont on lui attribue le traitement. Ce médicament ne respecte donc pas le principe de similitude.

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