Histoire des bateaux - Définition

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L'Arche biblique
L'Arche biblique

L'invention du bateau remonte à plusieurs milliers d'années, et correspond au besoin que l'homme a très tôt eu de pouvoir se déplacer sur l'eau, qu'il s'agisse de rivière (En hydrographie, une rivière est un cours d'eau qui s'écoule sous l'effet de la...) ou de mer (Le terme de mer recouvre plusieurs réalités.). Les bateaux ont accompagnés l’homme dans son évolution. De la barque ( Photo d'une barque Types de bateaux Une barque est un petit bateau mû à la...) monoxyle (Le terme est composé à partir de mono- et du grec xylon, qui signifie « bois ». Il se...) du mésolithique au puissant porte-avions (Un porte-avions est un navire de guerre permettant de transporter et de mettre en œuvre des...) nucléaire (Le terme d'énergie nucléaire recouvre deux sens selon le contexte :) moderne, l'histoire des bateaux (L'invention du bateau remonte à plusieurs milliers d'années, et correspond au besoin que l'homme...) accompagne celle de l’Homme.

Préhistoire

Radeau constitué de troncs d'arbre reliés entre eux.
Radeau (Un radeau est, comme son étymologie le suggère (« ras d'eau »), une embarcation basse...) constitué de troncs d'arbre (Un arbre est une plante terrestre capable de se développer par elle-même en hauteur, en...) reliés entre eux.

Les premiers bateaux ont été construits au Néolithique, à partir de troncs d'arbre évidés à l'aide d'outils en pierre, il y a environ 10 000 ans. Ces premiers bateaux ont une fonction simple, qui est de pouvoir se déplacer sur l'eau (L’eau est un composé chimique ubiquitaire sur la Terre, essentiel pour tous les...), essentiellement pour la chasse et la pêche. On a par exemple retrouvé à Noyen-sur-Seine une pirogue (Une pirogue est une embarcation légère, longue et étroite, souvent faite d'un seul tronc d'arbre...) monoxyle, fabriquée dans un tronc (Un tronc peut être :) de pin sylvestre (Le pin sylvestre (Pinus sylvestris) est un arbre de la famille des Pinaceae naturellement...) et conservée sur une longueur (La longueur d’un objet est la distance entre ses deux extrémités les plus...) de plus de 4 mètres, datée du mésolithique (-7000 av. JC), et actuellement visible au musée de Nemours[1]. Deux autres pirogues, disposées côte-à-côte et en excellent état, ont également été découvertes en amont de Paris (Paris est une ville française, capitale de la France et le chef-lieu de la région...), à Nandy, et sont datées de 7245-6710 av J.C. pour la plus ancienne, 7040-6620 av J.C. pour l'autre, ce qui en ferait a priori les plus vieux bateaux découverts sur le plan mondial. Des répliques expérimentales de ces pirogues ont été réalisées[2].

Pirogues monoxyles amérindiennes
Pirogues monoxyles amérindiennes

Mais très vite, l'homme (Un homme est un individu de sexe masculin adulte de l'espèce appelée Homme moderne (Homo...) constate que ce moyen de locomotion offre d'immenses opportunités, tant pour la pêche que pour l'exploration (L'exploration est le fait de chercher avec l'intention de découvrir quelque chose d'inconnu.), pour faire du commerce aussi bien que pour faire la guerre. Après avoir appris à utiliser une perche en bois qu'il appuie au fond de l'eau pour diriger son embarcation (Une embarcation est un bateau de faible dimensions. Souvent non ponté, sa propulsion peut être à...), il apprend vite à fabriquer des perches à extrémité plate, des pagaies, qui, en appui sur l'eau, permettent de se déplacer dans les zones de grande profondeur.

Les plus anciennes pirogues monoxyles découvertes lors de recherches archéologiques sont la plupart du temps (Le temps est un concept développé par l'être humain pour appréhender le...) taillés dans des arbres résineux, à l'aide de simples outils en pierre. Leur forme, dérivée (La dérivée d'une fonction est le moyen de déterminer combien cette fonction varie quand la...) d'un tronc, est très allongée (jusqu'à plus de 8 m) et étroite (en général de 50 à 60 cm, espace suffisant pour asseoir le navigateur). L'extérieur est en général circulaire, les extrémités sont en cuillère. On trouve sur certaines de premières adaptations destinées à renforcer l'ensemble (En théorie des ensembles, un ensemble désigne intuitivement une collection...) de l'intérieur. L'équipement se limite à des pagaies ou à une perche, parfois accompagné d'une ancre en pierre[3].

Âge du Bronze (Le bronze est le nom générique des alliages de cuivre et d'étain. Le terme airain...)

Canoës d'Amérindiens en pêche nocturne à la torche
Canoës d'Amérindiens en pêche nocturne à la torche (Une torche est un instrument qui se présente sous la forme d’un bâton que...)

Dans les vagues, l'eau a tendance à envahir l'embarcation. Il y a environ 5 000 ans, des constructeurs, tant en Égypte que ceux vivant au bord de la rivière Åmose au Danemark commencent à creuser une rangée de trous, le long du bord supérieur de leurs pirogues, puis à l'aide de cordes en tendons ou en fibres (Une fibre est une formation élémentaire, végétale ou animale, d'aspect filamenteux, se...) végétales, ils " cousent " sur les flancs de la pirogue une planche portant des trous en position concordante. Ils inventent ainsi le bordage cousu, qui permettra progressivement d'augmenter la taille des embarcations. Ce bordage, en surélevant les bords, protège des entrées d'eau, mais permet du même coup d'augmenter significativement la capacité de charge (La charge utile (payload en anglais ; la charge payante) représente ce qui est effectivement...) de l'embarcation. Les amérindiens, qui lors de la découverte de l'Amérique (L’Amérique est un continent séparé, à l'ouest, de l'Asie et...) par les Européens, en sont technologiquement au stade (Un stade (du grec ancien στ?διον stadion, du verbe...) de l'âge de pierre, construisent des canoës, structures très légères et maniables, constituées de lames d'écorce (L'écorce est le revêtement extérieur du tronc, des branches et des racines des arbres, et plus...) de bouleaux cousues sur une charpente en frêne (Les frênes, les arbres du genre Fraxinus, appartiennent à la famille des...).

De la pirogue monoxyle, il ne reste bientôt que la quille des bateaux, qui perdure encore aujourd'hui dans les constructions en bois.

Pirogue de l'île des Pins (Nouvelle-Calédonie)
Pirogue de l'île (Une île est une étendue de terre entourée d'eau, que cette eau soit celle d'un cours d'eau, d'un...) des Pins (Nouvelle-Calédonie)

Parallèlement, les premiers navigateurs constatent qu'en déployant une peau (La peau est un organe composé de plusieurs couches de tissus. Elle joue, entre autres, le...) de bête ou une toile végétale tressée, tendue au bout d'une perche plus ou moins verticale (La verticale est une droite parallèle à la direction de la pesanteur, donnée notamment par le...) fixée au fond de l'embarcation, il peuvent utiliser la force (Le mot force peut désigner un pouvoir mécanique sur les choses, et aussi, métaphoriquement, un...) de propulsion (La propulsion est le principe qui permet à un corps de se mouvoir dans son espace environnant....) du vent : la voile est née. Les premiers voiliers ne savent utiliser le vent (Le vent est le mouvement d’une atmosphère, masse de gaz située à la surface...) que lorsqu'il vient de l'arrière, dans les autres cas, la rame reste indispensable. Mais les meilleurs navigateurs apprennent vite à domestiquer ce vent indispensable. C'est ainsi, avec de simples pirogues à bordage cousu, et une voile rudimentaire, que débutera le peuplement de l'Océanie (L'Océanie est une vaste région regroupant des territoires situés dans l'océan...) il y a 3000 ans, les austronésiens, navigateurs expérimentés, parcourant déjà des milliers de kilomètres (Le mètre (symbole m, du grec metron, mesure) est l'unité de base de longueur du Système...) en plein océan (Un océan est souvent défini, en géographie, comme une vaste étendue d'eau...)[4] sur des pirogues pouvant embarquer jusqu’à une cinquantaine de passagers.


Antiquité

Voyage vers Abydos - Tombeau de Menna
Voyage (Un voyage est un déplacement effectué vers un point plus ou moins éloigné dans un but personnel...) vers Abydos - Tombeau de Menna

Les Égyptiens, il y a 5000 ans, ont déjà une parfaite maîtrise (La maîtrise est un grade ou un diplôme universitaire correspondant au grade ou titre de...) de la construction des voiliers, dont on a retrouvé un exemplaire remarquable, la célèbre barque solaire, devant la pyramide (Une pyramide (du grec pyramis) à n côtés est un polyèdre formé en reliant...) de Gyzeh. La barque, en bois de cèdre (Le cèdre est un genre de conifère de la famille des pinacées, originaire du...), à bordage cousu, mesure 43,5 m de long, sa proue (La proue est le nom donné à la partie avant d'un bateau ; le terme est aujourd'hui...) s'élève à 5 m et sa poupe à 7 m. Si cette barque est un outil (Un outil est un objet finalisé utilisé par un être vivant dans le but d'augmenter son...) de culte funéraire, il est évident qu'elle a été construite par simple copie des techniques alors maîtrisées par les égyptiens. Selon les dernières études réalisées, il semble très probable que ce voilier (Un voilier (ou bateau à voiles, navire à voiles) est un bateau ou navire propulsé par la force...) ait été théoriquement capable de remonter au vent, et de naviguer en haute mer, mais la démonstration (En mathématiques, une démonstration permet d'établir une proposition à partir...) grandeur nature reste à faire. Les Égyptiens savent déjà à l'évidence naviguer autant sur le Nil qu'en mer. Le pharaon Sésostris III (1878 av. JC - 1839 av. JC) fait creuser un canal dirigé d'ouest (L’ouest est un point cardinal, opposé à l'est. C'est la direction vers laquelle se...) en est à travers le Wadi Tumilat, ancêtre du canal de Suez, faisant se joindre le Nil et la mer Rouge (La mer Rouge (arabe : ????? ?????? Bahr el-Ahmar) est une mer intra continentale de l'océan...). D'après Hérodote [5], les Égyptiens réalisent vers 600 avant notre ère une première circumnavigation autour (Autour est le nom que la nomenclature aviaire en langue française (mise à jour) donne...) de l'Afrique (D’une superficie de 30 221 532 km2 en incluant les îles,...).

Gravure de Martin Heemskerck représentant le Phare d'Alexandrie.
Gravure de Martin Heemskerck représentant le Phare d'Alexandrie (Alexandrie (grec :?λεξ?νδρεια, Copte :...).

S'inspirant des techniques égyptiennes, les Phéniciens et les Grecs achèvent progressivement de maîtriser la navigation (La navigation est la science et l'ensemble des techniques qui permettent de :) en mer à bord des trières, explorent puis colonisent toute la Méditerranée à bord de leurs navires. Ptolémée (Claudius Ptolemaeus (en grec : Κλαύδιος...) Ier fait construire pour guider les marins le Phare d'Alexandrie. Mais la plupart du temps, ceux-ci font du cabotage (Le cabotage désigne un genre de navigation maritime qui consiste à se déplacer de port en port...), et ne s'aventurent que rarement hors de vue (La vue est le sens qui permet d'observer et d'analyser l'environnement par la réception et...) des côtes. Leurs navires ont principalement une fonction de commerce et de transport (Le transport est le fait de porter quelque chose, ou quelqu'un, d'un lieu à un autre, le plus...) de personnes, bien qu'ils ne dédaignent pas les utiliser parfois pour faire la guerre. Mais le navire (Un navire est un bateau destiné à la navigation maritime, c'est-à-dire prévu...) reste alors un simple moyen de transport, permettant éventuellement l'utilisation d'armes de jet pour affaiblir l'adversaire avant l'abordage du navire ennemi.

Vers 340 avant J.-C., un scientifique (Un scientifique est une personne qui se consacre à l'étude d'une science ou des sciences et qui...) et explorateur grec de Massalia, Pythéas, franchit à bord de son navire les colonnes d'Hercule (détroit de Gibraltar), remonte les côtes de la Gaule, accoste en Bretagne (l'actuelle Angleterre), passe les îles Orcades (Les Orcades (Orkney Islands en anglais) sont un archipel situés au nord de l'Écosse. Cet...) et, poussant plus au nord (Le nord est un point cardinal, opposé au sud.), atteint un pays (Pays vient du latin pagus qui désignait une subdivision territoriale et tribale d'étendue...) nommé Thulé qu'il ne peut dépasser, bloqué par la banquise (La banquise est une étendue de mer gelée. Elle se forme durant l'hiver polaire, lorsque la...). Pythéas rapporte de son voyage la preuve de la rotondité de la terre (La Terre est la troisième planète du Système solaire par ordre de distance...), ce que la majorité des astronomes de l'époque supputent. Ses mesures de latitude (La latitude est une valeur angulaire, expression du positionnement nord-sud d'un point sur Terre...), à l'aide d'un gnomon (Un gnomon est le nom du plus simple cadran solaire : un bâton planté verticalement dans le...), sont d'une précision étonnante pour l'époque. Aristote (Aristote (en grec ancien...) l'a démontré indirectement à la fin du VIe siècle av. J.-C. par le calcul, Pythéas le confirme par un relevé des positions stellaires, et par la mesure des durées diurnes et nocturnes.

Moyen Âge

Jusqu'à la Renaissance, à part quelques exceptions, les bateaux, qu'ils soient à rame ou à voile, vont conserver cette caractéristique polyvalente. Les vikings, comme en témoigne la tapisserie de Bayeux, utilisent le même navire, un knörr mi-rameur mi-voilier, pour explorer l'Amérique du Nord, commercer dans la mer Baltique ou envahir la Normandie et remonter la Seine jusqu'aux portes de Paris.

Fragment de la tapisserie de Bayeux montrant un bateau scandinave du XIe siècle
Fragment de la tapisserie de Bayeux montrant un bateau (Un bateau est une construction humaine capable de flotter sur l'eau et de s'y déplacer,...) scandinave du XIe siècle
dromon byzantin
dromon (Un dromon (du grec δρ?μων « courreur ») est un navire long,...) byzantin

Comme on peut le constater en comparant les bateaux égyptiens (image ci-dessus) et les bateaux viking ou les dromons byzantins (images ci-contre), il n'y a quasiment aucune évolution technique des bateaux sur cette période de 6000 ans. La technologie (Le mot technologie possède deux acceptions de fait :) de la navigation, jusqu'à la Renaissance, reste primitive, basée sur les acquis techniques des civilisations méditerranéennes de l'Antiquité.

L'absence d'avancée technique notable n'empêche pas certaines civilisations de prospérer grâce à leur maîtrise de la navigation, comme les républiques maritimes de Gênes (Gênes (Genova en italien, Zena en ligurien) est une ville italienne, capitale de la Ligurie,...) et de Venise, ou encore la Marine byzantine. Mehmed pacha Sokolovi?, grand vizir de Soliman le Magnifique, afin d'aider à l'expansion de l'Empire ottoman, entame des travaux de restauration du canal de suez, mais ne peut les mener à terme.

On sait aujourd'hui, grâce au site de l'Anse aux Meadows que les Vikings sont allés très tôt jusqu'au continent (Le mot continent vient du latin continere pour « tenir ensemble », ou continens...) américain. L'établissement fondé plus de 500 ans avant Christophe Colomb abrite les plus anciennes traces de la présence européenne en Amérique du Nord. On pense qu'il pourrait s'agir de la colonie quasi légendaire de " Vinland " fondée par l'explorateur Leif Ericson aux alentours de l'an mil.


Les inventions décisives

Nombre (La notion de nombre en linguistique est traitée à l’article « Nombre...) d'inventions ont permis de faire évoluer les bateaux. Mais quelques unes ont été décisives, permettant un bon technologique offrant de nouvelles opportunités dans les capacités des bateaux, et motivant par effet d'entrainement de nombreuses autres améliorations. Pouvoir mieux naviguer incite à la témérité, qui impose d'améliorer la structure globale des bateaux.

La boussole (Une boussole est un instrument de navigation constitué d’une aiguille...)

Boussole chinoise Si Nan de la dynastie Han
Boussole chinoise Si Nan (NaN (« Not a Number », en français « pas un nombre »)...) de la dynastie Han

La cuillère pivote, pointant son manche vers le sud (Le sud est un point cardinal, opposé au nord.). Il ne reste qu'à appliquer les règles du feng shui, la géomancie chinoise, pour déterminer l'orientation (Au sens littéral, l'orientation désigne ou matérialise la direction de l'Orient (lever du soleil...) la meilleure pour la tombe ou le palais. L'invention de la boussole ne doit rien au désir d'explorer, elle a été conçue par les devins taoïstes afin d'inscrire harmonieusement les constructions humaines au sein d'une nature parcourue de courants telluriques.

Avant l'introduction de la boussole, la navigation en mer se fait principalement par la navigation célestielle (le terme " célestiel " faisant référence à l'approche divine de l'astronomie). Les difficultés surgissent quand les conditions atmosphériques ne permettent pas de voir le soleil (Le Soleil (Sol en latin, Helios ou Ήλιος en grec) est l'étoile...) ou les étoiles.

les Arabes peuvent généralement compter sur un ciel (Le ciel est l'atmosphère de la Terre telle qu'elle est vue depuis le sol de la planète.) clair pour naviguer dans le golfe Persique (Le Golfe Persique (Persan : ???? ????, khalij-e fârs) est une mer épicontinentale de...) et l'océan Indien (L’océan Indien s'étend sur une surface de 75 000 000 km². Il est limité au nord...). Les marins en mer Baltique font une utilisation étendue des sondages. Dans le bassin méditerranéen, cependant, depuis l'antiquité, les voyages en mer ne se font pas entre octobre et avril, du fait de l'absence de ciel clair pendant l'hiver (L'hiver est une des quatre saisons des zones tempérées.) méditerranéen.

Joseph Needham, dans La Science chinoise et l’Occident, considère que les Chinois connaissent déjà la pierre magnétique deux siècles avant J.C. [6]. L'aiguille aimantée est mentionnée dès le IIe siècle av. J.-C. dans le Huai Nan Wan Pi Shu. Elle entre en usage (L’usage est l'action de se servir de quelque chose.) en Chine au VIe voire au IVe siècle. Il est probable qu’elle supplante la magnétite (La magnétite est une espèce minérale composée d'oxyde de fer(II,III),...) à l'époque des dynasties Sui ou Tang (VIIe et VIIIe siècles) ; son usage entraîne aussi la découverte de la déclinaison magnétique (La déclinaison magnétique est, en un point donné sur la surface de la terre, l'angle formé...), sans doute au IXe siècle.

En Chine, en 1040, le Wu Jing Zong-yao (Précis de technologie militaire) de Zeng Gongliang parle d'un " poisson indiquant le sud ", mince feuille (La feuille est l'organe spécialisé dans la photosynthèse chez les végétaux...) de fer (Le fer est un élément chimique, de symbole Fe et de numéro atomique 26. C'est le...) aimantée en la chauffant puis en la laissant refroidir tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprété comme le monde ou...) en l'orientant selon le champ magnétique terrestre (La Terre possède un champ magnétique produit par les déplacements de son noyau externe –...). Shen Gua donne dans son Meng Qi Bi Tan (écrits de l'étang (Un étang (estang, latin stagnum) est une étendue d'eau stagnante, peu profonde, de surface...) aux rêves), rédigé vers 1080, la première description précise qui soit de l'aiguille aimantée et mentionne clairement le phénomène de la déclinaison magnétique.

Carte du monde selon la Geographia de Ptolémée (vers 150). La Chine est sur le bord droit, le nord est parfaitement positionné.
Carte du monde (Le mot monde peut désigner :) selon la Geographia de Ptolémée (vers 150). La Chine est sur le bord droit, le nord est parfaitement positionné.

Cet instrument fantastique ne peut passer (Le genre Passer a été créé par le zoologiste français Mathurin Jacques...) inaperçu. Les historiens considèrent généralement que c’est en 751, lorsque les troupes chinoises des Tang furent battues par les Arabes au sud du lac (En limnologie, un lac est une grande étendue d'eau située dans un continent où il...) salé Balkhach dans le Kazakhstan, que la Boussole se transmet vers l’Occident, via les Arabes qui la récupèrent. Ceux-ci, quelques siècles plus tard, la révèlent peut-être aux Européens du Moyen Âge, durant les croisades du XIIe siècle. Une première certitude, l’Italien Flavio Gioia, de la république maritime d’Amalfi, se vante d’avoir inventé une Lapis polaris (Polaris peut se référer à :) magnes, une gravure de Jan van des Straet datée de 1570 en atteste. François Rabelais, au Quart Livre (1552), évoque également l'invention qui permet désormais la navigation au long cours et la découverte des Nouveaux Mondes, l’emblème même de cette œuvre : la boussole.

Globalement, il y a une longue et lente (La Lente est une rivière de la Toscane.) évolution en Chine, suivie d'une apparition soudaine et d'une évolution plus rapide en Occident (L'Occident, ou monde occidental, est une zone géographique qui désignait initialement...). Pour le moment, rien ne permet de savoir si la transmission s'est produite dans un contexte (Le contexte d'un évènement inclut les circonstances et conditions qui l'entourent; le...) maritime ou par une route (Le mot « route » dérive du latin (via) rupta, littéralement « voie...) terrestre, par des astronomes et des géographes utilisant la boussole pour déterminer le méridien (En géographie, un méridien est un demi grand cercle imaginaire tracé sur le globe...). Mais au XVIIe siècle encore, les aiguilles des boussoles dont se servent (Servent est la contraction du mot serveur et client.) les topographes européens indiquent le sud, comme les boussoles chinoises.

Le mot boussole vient de l'italien bussola (petite boîte). En navigation maritime (La navigation maritime concerne toute les activités humaines de circulation sur les mers et...), équipée d'une ligne de foi (repère parallèle à l'axe du navire donnant la direction suivie), elle est appelée compas. L'instrument est ensuite amélioré en compas magnétique. Il garde les caractéristiques d'une boussole, dotée d'une aiguille aimantée sur une rose montée, et inclut un système à cardan pour compenser les effets de tangage et de roulis du navire. Le compas magnétique indique le nord dit nord compas, c'est-à-dire le nord magnétique (nord géographique affecté de la déclinaison) affecté de l'effet du champ (Un champ correspond à une notion d'espace défini:) propre dû au navire appelé déviation.

Lastrolabe

Astrolabe du XVIe siècle.
Astrolabe (L'astrolabe (du grec astrolabos signifiant « instrument pour prendre la hauteur des...) du XVIe siècle.

L'astrolabe, utilisé en voyage, permet d'ajuster la représentation du ciel local en fonction de la latitude du lieu. L'utilisation de l'instrument, en conjonction avec la boussole, permet de grands progrès dans la capacité des navigateurs à se repérer en mer.

L'astrolabe a probablement été inventé vers le IIe siècle av. J.-C. par Hipparque et amélioré dans le monde islamique, avant d'atteindre l'Europe (L’Europe est une région terrestre qui peut être considérée comme un...) vers 970, par l'intermédiaire du moine Gerbert d'Aurillac, qui le ramène d'Espagne, d'où il rapporte nombre de connaissances scientifiques transmises par les Arabes. L'auteur anglais Geoffrey Chaucer (v.1343–1400) écrit un traité sur l'astrolabe pour son fils. Au XVe siècle, le fabricant français d'instruments Jean Fusoris (v.1365–1436) commence à les vendre.

On pourra mentionner parallèlement la machine d'Anticythère[7], qu'on pense être un mécanisme permettant de calculer la position de certains astres, tels que le Soleil et la Lune (La Lune est l'unique satellite naturel de la Terre et le cinquième plus grand satellite du...). Mais cette machine, datée du Ier siècle av. J.-C., et découverte en Crête en 1900, n'a pas encore dévoilé en 2006 tous ses secrets. La complexité (La complexité est une notion utilisée en philosophie, épistémologie (par...) de sa mécanique (Dans le langage courant, la mécanique est le domaine des machines, moteurs, véhicules, organes...) laisse perplexes historiens comme scientifiques, tant elle semble être en avance sur son temps.

Le gouvernail (Le gouvernail est une partie mobile d'un bateau, ou d'un avion.)

Voyage vers Abydos - Tombeau de Menna)
Voyage vers Abydos - Tombeau de Menna)

L'existence du gouvernail est attestée en chine, selon Joseph Needham, toujours dans La Science chinoise et l’Occident, dès le Ier siècle av. J.-C. avant Jésus-Christ alors qu'en Occident les premières traces de son utilisation ne remontent pas au-delà du XIIe siècle de notre ère.

Il y a 5000 ans, les Égyptiens manœuvrent leurs barques à l'aide de rames retenues par la seule force humaine, comme en attestent la barque solaire, ou encore les gravures du Moyen Empire égyptien il y a 4000 ans. Certaines peintures, comme celle du tombeau de Menna, laissent toutefois clairement penser que la rame, surdimensionnée, est fixée à la quille. Mais on peut difficilement encore parler de gouvernail à proprement parler.

Au début du Ve siècle av. J.-C. la flotte athénienne n'est presque encore équipée que de pentécontères et de triacontères[8], mais la guerre qu'elle mène contre le danger perse lui impose de moderniser ses navires. En -482 Thémistocle lance un vaste programme afin de renouveler la flotte, ces navires ne sont pontés qu'un demi-siècle plus tard. La trière (Une trière ou trirème (en grec ancien Τρι?ρεις / Tri?reis),...) grecque est progressivement équipée d'une ébauche de gouvernail, sorte d'aviron à la forme différente (En mathématiques, la différente est définie en théorie algébrique des...), de faible efficacité en mer, les rameurs restant la principale force de manœuvre. Selon Polyen et au moins par mauvais temps, la trière est équipée de deux gouvernails, le second placé vers la proue.

Le gouvernail d'étambot (L’étambot est la partie arrière d'un navire, anciennement appelée poupe. On l'appelle...) arrive en Europe à la fin du 1er millénaire (Un millénaire est une période de mille années, c'est-à-dire de dix siècles.), là encore via les Arabes. D'abord manœuvré à la main (La main est l’organe préhensile effecteur situé à...) avec une simple barre, il se voit rapidement assisté par un jeu de poulies et de cordages afin de démultiplier la force du barreur, puis sur les plus gros navires par une " manuelle ", système de démultiplication mécanique à levier de l'effort sur la barre. Ce n'est que dans le courant du XVIIIe siècle qu'apparaîtra sur les plus gros vaisseaux la barre à roue (La roue est un organe ou pièce mécanique de forme circulaire tournant autour d'un axe...) avec son tambour, et les thoniers dundee de la première moitié du XXe siècle utilisent encore une simple barre de gouvernail.

Renaissance

La caraque Santa Maria de Christophe Colomb
La caraque (La caraque ou nef est un grand navire, de la fin du Moyen Âge, caractérisé par sa coque arrondie...) Santa Maria de Christophe Colomb

La prise de possession de ces découvertes par les européens, simultanément avec le début d'une nouvelle ère (Une nouvelle ère (1/2) et Une nouvelle ère (2/2) sont des épisodes de la série...) de prospérité politique, enclenche un processus d'amélioration continue de la technologie des bateaux.

Vers la fin du XIVe siècle, des navires comme les cogues commencent à être systématiquement équipés de tours installées sur le pont (Un pont est une construction qui permet de franchir une dépression ou un obstacle (cours...), à la proue et à la poupe. Ces tours permettent d'augmenter la distance de tir en donnant l'avantage de la hauteur (La hauteur a plusieurs significations suivant le domaine abordé.) en particulier aux archers, et permettent aussi de provoquer des dégâts importants sur les navires adverses avant de passer à l'abordage. Mais ces navires restent polyvalents, et servent autant au commerce et à la guerre qu'à l'exploration.

Ces tours rendent le navire instable, et au XVe siècle, les caraques et les caravelles, qui ont supplantées les cogues, abandonnent la fonction militaire qui est confiée à des navires beaucoup plus stables et mieux préparés à cette mission. Les tours sont progressivement remplacées par des châteaux installés à la proue et à la poupe, comme sur la Santa Maria de Christophe Colomb, faisant partie intégrante du navire.

Surtout, une invention va révolutionner la marine. L'invention (ou la redécouverte) du bordage à franc-bord permet une autre innovation beaucoup plus décisive, celle du sabord (Le sabord est un terme d'architecture navale désignant une ouverture dans le flanc d'un navire,...), et de l'artillerie qui y est associée. Le bordage à franc-bord existe pourtant depuis l’Antiquité, et est utilisé sur les trirèmes par les grecs qui le montent à l'aide de tenons et de mortaises. Mais le bordage à clin (les virures se chevauchent les unes les autres, comme un toit (Le toit est la structure couvrant la partie supérieure d'un édifice, permettant...) de tuiles) lui est longtemps préféré, pour des raisons d’étanchéité. Le calfatage (Le calfatage est l'action qui consiste à remplir tous les joints et interstices entre les planches...) efficace des virures permet de redécouvrir les vertus du franc-bord. Ce bordage robuste et étanche, solidement fixé à la membrure (La membrure, en construction navale traditionnelle, est l'assemblage de diverses pièces de bois ou...) de la charpente du bateau par des clous en fer et des gournables en bois, permet d'envisager d'y créer des ouvertures obstruables, sans fragiliser l'ensemble.

L'Invincible Armada espagnole, au départ de Ferrol
L'Invincible Armada espagnole, au départ de Ferrol

Au XVIe siècle, l'usage du franc-bord et des sabords se généralise sur les galions, qui, bien que mieux adaptés aux missions militaires, conservent encore un usage polyvalent. Ces sabords incitent à une autre innovation, celle des ponts multiples, qui permettent d'augmenter le nombre de sabords et donc la puissance (Le mot puissance est employé dans plusieurs domaines avec une signification particulière :) de feu (Le feu est la production d'une flamme par une réaction chimique exothermique d'oxydation...). Le combat au canon impose de se doter de navires plus rapides, plus faciles à manœuvrer. Les Anglais modifient leurs navires en conséquence, et font la preuve de l'efficacité de leur doctrine. En 1588, ils vainquent l'Invincible Armada, flotte d'invasion armée par Philippe II d'Espagne pour conquérir l'Angleterre (L’Angleterre (England en anglais) est l'une des quatre nations constitutives du Royaume-Uni....). Abandonnant l'idée d'abordage systématique (En sciences de la vie et en histoire naturelle, la systématique est la science qui a pour...), ils concentrent leurs efforts sur la puissance de feu et la formation des canonniers, afin d'anéantir la flotte ennemie. La marine de guerre est née.

Parallèlement à la spécialisation militaire, on constate entre l’Antiquité et la Renaissance une différenciation de plus en plus nette (Le terme Nette est un nom vernaculaire attribué en français à plusieurs espèces...) entre marine de pêche et marine commerciale. La pêche reste, et restera jusqu'à la fin du XIXe siècle, une activité (Le terme d'activité peut désigner une profession.) essentiellement côtière, de cabotage, pratiquée par des individus ayant par ailleurs peu de moyens financiers, donc utilisant des bateaux de petite taille. Le commerce maritime, lui, connait un essor progressif qui pousse (Pousse est le nom donné à une course automobile illégale à la Réunion.) à l'emploi de grands navires, tels que les gabares, affrétés par des compagnies maritimes aux moyens financiers importants. Cette activité de commerce reste également associée, en Europe du moins, à l'activité exploratoire, qui s'autofinance par les retombées commerciales de l'exploration.

XVIIe siècle et XVIIIe siècle

Joseph Vernet - 1755
Joseph Vernet - 1755

Au début du XVIIe siècle, le Royaume d'Angleterre compte environ 150 vaisseaux de guerre armant de 30 à 100 canons. À la fin de ce siècle (Un siècle est maintenant une période de cent années. Le mot vient du latin saeculum, i, qui...), sous le règne de Louis XIV et l'impulsion de Colbert, la France rattrape son retard et compte une centaine de vaisseaux de guerre actifs, et à la mort (La mort est l'état définitif d'un organisme biologique qui cesse de vivre (même si...) de Louis XIV, la Royale en a fait construire 381.

Lors de la première moitié du XVIIIe siècle, la marine française met au point (Graphie) progressivement un nouveau type de navire de ligne (Le navire de ligne est le navire de guerre qui fut le fondement de la guerre navale entre les...) du second rang ( Mathématiques En algèbre linéaire, le rang d'une famille de vecteurs est la dimension du...), portant soixante quatorze canons, dont le premier représentant est le Bourbon. Un grand nombre d'exemplaire est construit, variant pour les dimensions (Dans le sens commun, la notion de dimension renvoie à la taille ; les dimensions d'une pièce...) et quelque peu pour la disposition de l'armement.

Un certain nombre d'exemplaires sont capturés, en particulier par la Royal Navy, qui après les avoir utilisés, entreprend de construire des modèles similaires. Finalement, ce type de navire devient vite l'ossature de toutes les flottes de combat européennes.

À la sortie de la guerre de Sept Ans, sa flotte décimée, la France lance un nouveau programme de constructions navales. Sous l'impulsion du chevalier Jean-Charles de Borda, assisté par l'ingénieur (« Le métier de base de l'ingénieur consiste à résoudre des problèmes de nature...) naval (Naval est une municipalité de la province de Biliran sur l'île de Biliran aux Philippines.) Jacques-Noël Sané, les types de bâtiments sont normalisés, grâce à l'établissement de plans à l'échelle 1/48, et les pièces, en particulier la mâture, sont standardisées. Le plan du vaisseau de 74 canons (Le vaisseau de 74 canons est généralement considéré comme le plus performant des vaisseaux...) est dressé pour la construction du vaisseau Téméraire ( Charles le Téméraire (1433-1477) est un duc de Bourgogne. Téméraire est un bateau de guerre...), qui devient ainsi le chef de file d'une longue série, suivie de la classe Tonnant (Comme les vaiseaux de la classe Téméraire, les trente cinq navires de la classe Tonnant, était...), navires de ligne à quatre vingt canons. Ces vaisseaux de 56 mètres de long nécessitent chacun 2800 chênes centenaires pour leur construction, ainsi que 40 km de cordage. Ils emportent un équipage de près de 800 marins et soldats.

La création préalable quasi systématique de modèles au 1/48e permet aujourd'hui d'admirer dans les musées nationaux des grandes nations maritimes ces bateaux richement décorés, qui représentent le sommet dans l'art de la marine à voile.

Asie (L'Asie est un des cinq continents ou une partie des supercontinents Eurasie ou Afro-Eurasie de la...)

Des samouraïs japonais en train d'aborder des navires mongols en 1281
Des samouraïs japonais en train (Un train est un véhicule guidé circulant sur des rails. Un train est composé de...) d'aborder des navires mongols en 1281

À l'autre bout du globe, une autre culture (La définition que donne l'UNESCO de la culture est la suivante [1] :) se développe au moins autant que la culture (La Culture est une civilisation pan-galactique inventée par Iain M. Banks au travers de ses...) européenne. La technique maritime dans la partie asiatique du globe se développe d'une façon a priori assez similaire à celle de l'Europe, en terme d'efficacité et de complexité des bateaux. On peut noter des références d'actions navales japonaises dans les rapports de l'invasion mongole du Japon par la marine de Kubilai Khan en 1281. Marco Polo rapporte que Koubilaï Khan entretient 15 000 navires près de l'embouchure du fleuve (En hydrographie francophone, un fleuve est un cours d'eau qui se jette dans la mer ou dans...) jaune (Il existe (au minimum) cinq définitions du jaune qui désignent à peu près la même...). Le Japon ne dispose pas d'une Marine comparable à la Marine mongole. Bien que très peu de documents existent relatifs à la marine mongole, il est probable qu'ils permettent à cette époque le lien entre connaissances technologiques européennes et asiatiques.

Jonque du XIVe siècle, dynastie Yuan.
Jonque (Une jonque est un bateau à coque compartimenté comme la structure du bambou, à voiles aux "trois...) du XIVe siècle, dynastie Yuan.

En Chine, la navigation en haute mer évolue très tôt et très rapidement. Les premières traces de l'existence de navires en Chine nous font remonter aussi loin que le troisième millénaire avant Jésus-Christ. On sait, par un document (Dans son acception courante un document est généralement défini comme le support physique d'une...) chinois, qu'au début de notre ère une ambassade romaine fut envoyée en Chine et que la dernière partie de son voyage se fit vraisemblablement à bord d'une jonque chinoise. Le mot jonque a lui-même fait un long chemin avant d'arriver jusqu'à nous puisqu'il serait un emprunt au portugais junco, lui-même un emprunt au javanais djong ou au malais adjong, emprunté au chinois chuan.

Les chinois sont également les inventeurs de la boussole et du gouvernail.

50 ans avant Christophe Colomb, Zheng He (Zheng = gouverner, " être à la barre ") parcourt le monde à la tête d'une armada gigantesque pour l'époque, dont les plus grandes jonques comptent 9 mâts, mesurent 130 mètres de long et 55 mètres de large, à comparer aux 30 mètres de long et 8 mètres de large de la Santa Maria ! L'armada de Zheng He emporte 30 000 hommes à bord de 70 vaisseaux. Pour bien imaginer l'avance technologique que la marine chinoise possède alors sur la marine européenne, il faut comprendre qu'une telle armada aurait anéanti sans difficulté l'ensemble des flottes européennes, et aurait pu permettre la colonisation de l'ensemble de l'Europe et de la Méditerranée.

Mais la culture chinoise n'est alors pas une culture prédatrice comme celle des européens, et leurs intentions sont pacifiques, l'objectif des expéditions se limitant à vanter la gloire (La Gloire fut le premier cuirassé de haute mer de l'histoire. Elle fut lancée en 1859 pour la...) de l'empereur chinois et établir des relations avec les autres cultures. Les expéditions ne peuvent pas s'autofinancer par l'exploitation des terres et des populations colonisées. La poussée (En aérodynamique, la poussée est la force exercée par le déplacement de l'air...) mongole le long des frontières nord de l'Empire du milieu contraint l'empereur à abandonner sa marine afin de consacrer toute sa puissance financière à la construction et au renforcement de la grande muraille (Une muraille est un mur de grande hauteur destiné à protéger un ensemble de...) de Chine, au point de faire détruire tous les documents relatifs à la technique de construction des jonques. Faute de moyens et de volonté politique, la marine chinoise disparaît et ne réapparaîtra qu'au milieu du XXe siècle. Si la marine " nationale " disparaît, il n'en est pas de même des bateaux. Au XVIIIe siècle le père Bernardine, des missions portugaises, écrit qu’il existe tellement de bateaux que l'on dit communément que l'empereur pourrait établir un pont de bateaux entre la Chine et Malacca qui est à 500 lieues de distances. Au XIXe siècle les Britanniques estiment qu'il y a plus de 40 000 navires dans le seul port de Canton et ses environs.

Un Atakebune du XVIe siècle
Un Atakebune (L'Atakebune était le plus grand des types de navires construits au Japon aux XVIe siècle et...) du XVIe siècle

Le Japon entreprend un considérable effort de construction navale au cours de l'époque Sengoku (XVe au XVIIe siècle); les grands féodaux qui luttent pour la suprématie font construire de grandes flottes côtières de plusieurs centaines de bateaux ; les plus grands navires construits au Japon aux XVIe et XVIIe siècles sont appelés Atakebune. Il semble que ce soit à cette période que le Japon développe les premiers navires cuirassés de guerre de l'histoire, quand Oda Nobunaga fait construire, en 1576, six " Tekk?sen " (bateaux cuirassés de fer). Ce sont des barges armées, capables de vaincre les plus grands des vaisseaux ennemis. Ces bateaux sont considérés comme des forteresses flottantes, plutôt que comme de véritables navires de guerre et ne seront utilisés que dans des actions côtières.

Un navire shuinsen de 1634, qui associe les technologies des bateaux orientaux et occidentaux.
Un navire shuinsen de 1634, qui associe les technologies des bateaux orientaux et occidentaux.

Le Japon construit ses premiers navires océaniques au début du XVIIe siècle. En 1614, le daimyo de Sendai construit le San Juan Bautista, un navire semblable à un galion (Un galion était un navire à voiles à plusieurs ponts utilisé en Europe et particulièrement en...) de 500 tonneaux, qui transporte l'ambassadeur japonais en Amérique, et qui, de là, part pour l'Europe. Toujours à la même période, 350 navires shuinsen sont commandés à Bakufu, dotés d'un armement traditionnel, mais incorporant quelques-unes des technologies européennes, pour le commerce avec l'Asie. Quoi qu'il en soit, peu de temps après, et pour deux siècles, le Japon opte pour une politique isolationniste qui interdit la construction de navires capables d'affronter l'océan.


Révolution industrielle

The Fighting Téméraire tugged to her last Berth to be broken, de Turner (1838) symbolise le déclin de la marine à voile au profit de la vapeur.
The Fighting Téméraire tugged to her last Berth to be broken, de Turner (1838) symbolise le déclin de la marine à voile au profit de la vapeur ().

La différentiation des fonctions des navires évolue peu jusqu'à la fin du XIXe siècle. La révolution industrielle déclenche par contre une explosion (Une explosion est la transformation rapide d'une matière en une autre matière ayant un...) des différentiations. Le besoin (Les besoins se situent au niveau de l'interaction entre l'individu et l'environnement. Il est...) d'avoir des bateaux de plus en plus efficaces pour les missions qui leur sont confiées, la fin des conflits systématiques pour la suprématie maritime, l'augmentation des capacités financières des puissances industrielles, engendrent une prolifération de bateaux à usage de plus en plus spécialisé, autant dans les domaines de la pêche et du commerce que dans le domaine militaire ou de la croisière. On voit également apparaitre des navires très spécialisés dans des fonctions nouvelles, comme les bateaux de sauvetage, les navires scientifiques, les bateaux pompiers.

La puissance des nations se mesure à leur capacité à construire les navires militaires les plus puissants, leur fierté les poussent à construire des paquebots de prestige gigantesques, comme le Normandie, le Queen Mary ou le France.


Les sous-marins

L’idée de pouvoir aller sous l’eau prend ses racines dans la lointaine antiquité. La première trace (TRACES (TRAde Control and Expert System) est un réseau vétérinaire sanitaire de...) vérifiée de tentative pour mettre cette idée en pratique semble être celle d’Alexandre le Grand, qui, selon Aristote, développe un submersible pour des missions de reconnaissance en 332 av. J-C. Un engin un peu similaire est réalisé en Chine vers 200 av. J-C.

Mais la première conception effective est de William Bourne, qui dessine un prototype de sous-marin (Un sous-marin est un navire capable de se déplacer dans les trois dimensions, sous la surface de...) en 1578. Son idée n’est malheureusement pas développée (En géométrie, la développée d'une courbe plane est le lieu de ses centres de...). Au XVIIe siècle, les Cosaques utilisent une sorte de barque fluviale renversée appelée " Chaïka " utilisée sous l’eau pour la reconnaissance et les infiltrations en territoire (La notion de territoire a pris une importance croissante en géographie et notamment en...) ennemi. Le modèle semble être réalisé sur la base des descriptions d’Aristote. Les Chaïkas peuvent être submergées, l’équipage pouvant continuer à respirer dans la poche d’air contenue dans la barque, et déplaçant la barque en marchant au fond de l’eau. Des tuyaux dépassant de la surface (Une surface désigne généralement la couche superficielle d'un objet. Le terme a...) permettent le renouvellement d’air.

Le Nautilus (1800)
Le Nautilus (1800)

Le premier vrai sous-marin construit l’est en 1620 par le Hollandais Cornelius Jacobszoon Drebbel, sur la base des dessins de Bourne. Il est propulsé à l’aide rames. La nature précise de l’engin est sujette à controverses, certains prétendant qu’il s’agit en fait d’une cloche de plongée. Deux exemplaires sont réalisés entre 1620 et 1624.

Si les premiers sous-marins ont pour objet (De manière générale, le mot objet (du latin objectum, 1361) désigne une entité définie dans...) d’observer les fonds marins, il ne faut pas longtemps pour que les militaires perçoivent tout le potentiel d’un tel engin. Le premier sous-marin militaire est la Tortue (Turtle) de l’Américain David Bushnell (David Bushnell (1742-1824) est l’inventeur du premier sous-marin de combat, le Turtle, en...), capable de se déplacer de façon autonome sous l’eau, à l’aide de vis hélicoïdale. Robert Fulton réalise en 1800 en France le Nautilus. Il démontre sa capacité à poser des mines pour détruire des navires ennemis

Le Plongeur, premier sous-marin à propulsion non humaine
Le Plongeur, premier sous-marin à propulsion non humaine

Pendant la guerre civile américaine, les fédérés lancent un sous-marin, sur la base d’un concept français, l’Alligator, chargé à l’air comprimé et équipé d’un système de filtration (La filtration est un procédé de séparation permettant de séparer les...) de l’air. Il est équipé d’un sas permettant à un plongeur de placer une mine à détonateur (Le détonateur est un élément de la chaîne explosive dont le rôle consiste...) électrique sur les vaisseaux ennemis. Il est rapidement équipé d’une propulsion à vis, actionnée manuellement. Il mesure 14,3 mètres de long et peut accueillir un équipage de 20 hommes. Il sera suivi de nombreux autres exemplaires. Si leur impact sur la guerre civile est faible, ils démontrent tout leur potentiel militaire.

Le premier sous-marin à ne pas dépendre de la force humaine pour sa propulsion, le Plongeur, est lancé par la Marine française en 1863 ; il est propulsé à l’air comprimé par 23 réservoirs à 180 bars. Le premier sous-marin à propulsion motorisée est l’Ictineo II, lancé en 1867 par Narcisse Monturiol en Espagne, suivi en 1888 par le sous-marin à propulsion électrique ( Propulsion électrique (spatial) Propulsion électrique des navires ) de l’ingénieur espagnol Isaac (ISAAC est un algorithme capable de générer des nombres pseudo-aléatoires, tombé dans le domaine...) Peral.

Sources

  • Article Bateau avant scission ; articles détaillés sur chaque type de navire.

Notes

  1. http://www.ac-creteil.fr/svt/nemours/mpn-accu.htm ; Musée de Nemours
  2. http://archsubgras.free.fr/pnavancien.html#hauteseine
  3. http://archsubgras.free.fr/pnavancien.html#+vxbateaux
  4. http://tahiti1.com/fr/identity/maritime-ancient.htm
  5. L'Enquête d'Hérodote ; livre 4, § 42, traduit par Andrée Barguet.
  6. http://www.arts-et-metiers.net/magic.php?P=155&id=10060&lang=fra Musée des Arts et Métiers – Joseph Needham – La boussole marine, une invention chinoise
  7. http://www.antikythera-mechanism.gr Site officiel de l'équipe pluridisciplinaire de recherche (La recherche scientifique désigne en premier lieu l’ensemble des actions entreprises en vue...) sur le mécanisme d'Anticythère
  8. Thucydide, I, 14, 3.
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